Vincent Beaurin

Exposition

Sculpture

Vincent Beaurin

Passé : 17 mai → 25 juin 2014

« Mon fantasme, c’est le calme, une plaine sans personne, écrasée par le soleil, rafraîchie par la pluie, des entités aussi distinctes que le ciel, la montagne, la rivière. »

Vincent Beaurin, 2010

Représentent-elles un « horizon de la peinture » — dans tous les sens de la formule — ces nouvelles œuvres de Vincent Beaurin ? Disposées selon l’axe médian de 360°, sculpture inaugurale de l’exposition dont il ne faudra jamais oublier la présence métrique et mécanique, les quatre peintures de l’espace principal résultent d’un patient travail de recherche et de réduction de la part de l’artiste.

Ce travail, c’est celui qui consiste à mettre au point des nuances chromatiques uniques, à partir de billes de verre transparentes et colorées, puis à les articuler ensemble. Cette patience, c’est celle qui est nécessaire pour aboutir à une forme parfaite, ni évidente ni étrangère, que notre œil et notre corps peuvent à la fois fixer et ne jamais vraiment embrasser. Cette recherche, c’est celle qui permet d’exploiter au mieux les qualités d’un support (le panneau nid d’abeille aluminium), lequel a son mot à dire pour l’intensité des couleurs, le flou des contours, la qualité haptique des œuvres. Cette abstraction enfin, c’est celle qui conduit de l’horizon en peinture (des couchers de soleil abstraits façon Mark Rothko par exemple) à l’horizon de la peinture, ce « rayon vert » du soleil pictural, auquel l’artiste se consacre depuis le milieu des années 1990.

D’ailleurs, « -60’ », « -10’ », « -15’ » et « -2’ », les titres de ces quatre tableaux récents, correspondent aux minutes avant la disparition du soleil.

Le soleil, un astre qui se lève et se couche sur toute la pratique de Vincent Beaurin : depuis celui, écrasant, de l’Atelier de Cézanne où il expose en 2010, à celui, magnétique et artificiel, de son exposition Avant la panique au Crédac en 2006 ; de ses Spots des années 2009-2012 à l’omniprésente couleur jaune des œuvres du début des années 2000. Peindre et sculpter d’après le soleil, davantage que d’après la peinture et l’histoire de l’art : voici le programme d’un artiste devenu plasticien, après sa formation en ciselure et de nombreuses années à participer à l’effervescence du design français.

« Je ressens physiquement le monde comme étant entièrement constitué de poudres. Quand j’ouvre les yeux, je vois un tapis d’images qui se superposent, se confondent et s’aplatissent. Parfois, des images se décalent subitement et provoquent une fracture dans cet écran. Je peux alors entrevoir ce qu’il y a derrière. C’est noir, non la teinte par laquelle un objet peut se signaler, mais plutôt le noir d’un gouffre. »

Vincent Beaurin, 2007

Peut-être y a-t-il, pour un artiste, deux manières de poursuivre son œuvre. Soit ne jamais cesser d’expérimenter de nouvelles voies ; soit soumettre ses recherches à une tension fondatrice et immanente toujours plus précise. Sans doute, Vincent Beaurin appartient-il à cette deuxième catégorie, lui qui, depuis les années 1990, ne cesse d’interroger couleur(s), forme(s), tradition(s) picturale(s) et manières dont le langage plastique se déploie dans l’espace. Cette nouvelle exposition en témoigne, soulignant la profonde rigueur avec laquelle il avance, étape après étape, dans sa compréhension et sa mise à nu des phénomènes optiques et picturaux. Ici, semblant en apparence tourner le dos à la virtuosité tri-dimensionnelle des Spots, il offre la fantaisie d’une recherche radicale sur les limites.

Face à la surface colorée, presque lisse, nous regardons la forme tableau. Cette forme canonique, l’artiste l’a modifiée afin que notre regard puisse passer, avec souplesse, de l’intérieur à l’extérieur, de la surface à la profondeur du champ, du tissé au minéral, de la peinture à la sculpture ; et ainsi s’y perdre et s’y retrouver. La texture même des œuvres joue de ces idées de frontière et de mise au point : leur couleur et leur apparence varient en fonction de notre positionnement et de leur rapprochement, leur succession dans l’espace élaborant un paysage chromatique changeant, une séquence d’horizons infinis. À propos de ses œuvres, Vincent Beaurin écrivait : « Elles attirent comme le vide. Elles rompent l’équilibre avec la soudaineté de l’accident et absorbent le tapage par capillarité. Elles peuvent effrayer. Elles apaisent. » Avec précision, cette nouvelle suite de l’artiste poursuit sa double ambition : produire un état d’introspection et d’écoute du monde, romantique mais réfléchi, incertain mais fertile. Sous le double signe de l’astre solaire et de l’horizon poudré.

Clément Dirié
  • Rencontre avec Vincent Beaurin, Clément Dirié et Pascal Rousseau Rencontre Mardi 27 mai 2014 18:30 → 20:00

    Rencontre avec l’artiste Vincent Beaurin, Clément Dirié (critique et commissaire indépendant) et Pascal Rousseau (professeur d’histoire de l’art à l’Université Paris I).

Galerie Laurent Godin Galerie
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75003 Paris

T. 01 42 71 10 66 — F. 01 42 71 10 77

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Rambuteau

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h

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L’artiste

  • Vincent Beaurin