Bente Skjøttgaard — Look at me!

Exposition

Céramique

Bente Skjøttgaard
Look at me!

Encore environ 2 mois : 10 novembre 2018 → 5 janvier 2019

Au risque de paraître narcissique — Look at me ! (Regardez-moi !) — le titre de la nouvelle exposition de Bente Skjøttgaard ne fait pas dans la discrétion, ceci pour deux raisons : D’une part, du fait de la nature même du sujet qui a servi d’inspiration : une espèce particulièrement réfléchissante qui attire inévitablement le regard par sa beauté lumineuse. Il s’agit de ladite Méduse américaine, un cténophore pélagique au nom latin de Mnemiopsis leidyi.

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Bente SkjØttgaard, Mnemiopsis leidyi no 1846, 2018 Grès et glaçure — 23 × 31 × 30 cm Courtesy Bente Skjøttgaard & Galerie Maria Lund,Paris

D’autre part, en raison des dégâts immenses que cette petite hermaphrodite auto-fécondante cause depuis son introduction accidentelle en Mer Noire par le déversement des eaux de cargo dans les années 1980 : une réalité biologique et environnementale préoccupante qui impose qu’on la regarde. Envahisseuse aux facultés de survie et d’adaptation remarquables, la « belle » se répand à une vitesse exponentielle dans les mers, lesquelles — pourtant — n’étaient pas son milieu d’origine. Elle y fait reculer de manière catastrophique les populations de poissons et autres espèces dont elle se nourrit afin de fournir l’énergie nécessaire à ses palettes vibratiles et à sa gamétogenèse, très intense.

Prédatrices redoutables, ces créatures touchent pourtant par leur être tout en souplesse et leur présence gracieuse. Bente Skjøttgaard les a étudiées de près et ses nouvelles sculptures s’inspirent de leurs formes, de leurs couleurs changeantes et de leurs mouvements. A les regarder, le ballet sous-marin et son rythme régulier — celui de la respiration profonde d’un grand poumon originel — se matérialisent… et ceci dans la matière statique du grès.

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Bente SkjØttgaard, Mnemiopsis leidyi no 1855, 2018 Grès et glaçure — 26 × 37 × 37 cm Courtesy Bente Skjøttgaard & Galerie Maria Lund,Paris

Une histoire de Nature

S’inspirer de la nature et de ses phénomènes est une pratique récurrente chez Bente Skjøttgaard. L’arbre et ses racines, la roche et sa formation, les nuages, les tornades et leurs transformations incessantes ont été à l’origine de nombre de ses œuvres depuis plus d’une décennie. La matière même de la céramique, l’argile, vient de la nature et porte en elle l’histoire des mouvements géologiques. Elle se travaille par pression et par choc. La cuisson la soumet aux forces du feu qui la durcissent, la forment, voir la déforment. S’y ajoute le travail de la glaçure dont les mouvements et la masse viennent telle une peau sur un corps de terre. Longtemps les œuvres de l’artiste étaient essentiellement des supports permettant de développer la glaçure — à plat ou en coulures verticales. Aujourd’hui, la glaçure apporte non seulement couleur et texture mais est également, de par sa densité, partie intégrante de la forme.

Mnemiopsis leidyi

L’organisme marin Mnemiopsis leidyi s’identifie surtout par sa luminosité et les contours de ses lobes et leurs peignes faites de milliers de petits cils dont les impulsions lui permettent de se mouvoir dans les courants. Les nouvelles sculptures de Bente Skjøttgaard sont issues de ces lignes. Elles prennent la forme de structures très ouvertes, telles des tiges organiques reliées en un centre et portées par un fin support circulaire. Même les œuvres les plus « tranquilles » frappent par leur souplesse entrainante, leur souffle et l’illusion d’un mouvement alors même que leur matière a été freinée dans sa propagation par le durcissement dans le four. Ces sculptures se pavanent en arborant leurs étoffes d’émaux chatoyants entre discrétion pastelle et m’as-tu-vu carmins, pourpres et bleus cobalt ou vêtues d’habits plus sombres aux secrets des profondeurs…

Ces secrets habitent aussi les reliefs muraux sur lesquels les profils des cténophores se détachent ou disparaissent dans des fonds sombres aux côtés de quelques végétaux aux tiges fines et de points lumineux — peut-être des rayons de soleil venu d’en haut ou les faisceaux des torches de quelque curieux. Avec ce nouvel ensemble de sculptures, Bente Skjøttgaard rend visible un exemple de plus du rapport ambigu qu’entretien l’Homme avec la Nature et des déséquilibres désastreux qui s’opèrent dans les milieux naturels. A une époque où la puissance de l’impact humain va à vitesse croissante, regarder la beauté mais aussi la réalité parait plus que jamais indispensable : Look at me !

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Bente SkjØttgaard, Mnemiopsis leidyi no 1871, 2018 Grès et glaçure — 32 × 30 × 5 cm Courtesy Bente Skjøttgaard & Galerie Maria Lund,Paris
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La Galerie Maria Lund a présenté six expositions (2004, 2006, 2008, 2010, 2013 et 2016) de Bente Skjøttgaard (née au Danemark en 1961) qui ont reçu un excellent accueil — auprès du public, de la presse et des institutions. Ses sculptures ont rejoint le Fond national d’art contemporain, le V&A, Sèvres — Musée National de la Céramique, les Musées de Châteauroux, nombre de collections publiques du nord de l’Europe (Designmuseum Denmark — Holstebro Kunstmuseum — Grimmerhus, Museum of International Ceramic Art — Vejen Art Museum — Trapholt Art Museum, Kolding — la Danish Art Foundation et la Copenhagen Cultural Foundation). Son œuvre a aussi été récompensée par de nombreux prix.

Bente Skjøttgaard expose régulièrement en Europe, elle a été présentée aux Etats-Unis dans le cadre de From the kilns of Denmark, (exposition itinérante 2002-2005 : The Museum of Art and Design, New York, Fitchburg, San Diego, Sacramento, Racine ainsi qu’à La Maison du Danemark, Paris et les Ambassades Nordiques, Berlin) et dans des foires ainsi qu’en Corée du Sud (KIAF en 2008, 2009, 2010 et 2011 — Gyeonggi International Ceramics Biennale, 2009 et 2011 : Adventures of the Fire — World Contemporary Ceramics). Ses sculptures ont également été exposées à la Biennale de Châteauroux (2009 et 2011), à la Biennale de Vallauris (2010 — section sculpture), dans le cadre du Parcours Carougeois (2015, exposition sur La ligne, Halles de la Fonderie), dans Climats artificiels à l’Espace Fondation EDF, Paris, dans l’exposition Nuages au Centre Céramique de Giroussens et au WCC-BF, Mons, Belgique (2016) ainsi que dans les éditions 2016 et 2017 de la manifestation Une partie de campagne, Chassagne-Montrachet.

En 2012 l’artiste a créé la plateforme d’exposition Copenhagen Ceramics en collaboration avec les plasticiens-céramistes Martin Bodilsen Kaldahl et Steen Ipsen. Durant ses trois ans d’existence, elle a été une vitrine de référence pour l’exploration de pointe du médium céramique.

  • BENTE SKJØTTGAARD — Nocturne Evénement Jeudi 6 décembre 19:00 → 21:30

    Nocturne jusqu’à 21h30