Hsien Hsien Chu
CHU Hsien Hsien (née en 1981 à Taichung, Taïwan) développe une peinture à la fois sensuelle et conceptuelle. Après des années entre les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni, puis une formation en arts et en éducation (Leeds Metropolitan University ; Institut des Beaux-Arts de l’Université Tunghai), elle revient à Taïwan où elle enseigne aujourd’hui et poursuit une recherche picturale nourrie par la photographie, le design et la performance. Depuis 2019, l’artiste traverse un basculement décisif: du réel vers l’abstraction, du motif vers le geste. Ses toiles mêlent lavis hérités de l’encre orientale et dynamismes de la peinture gestuelle occidentale, pour construire un langage où la couleur devient récit, rituel et indice d’un état du monde.
Couleur NU, un texte de Wei-Yang Lee :
L’artiste CHU Hsien Hsien déploie un champ visuel de couleurs saturées et de gestes denses. En se réappropriant un vocabulaire issu à la fois de la peinture chinoise et de l’expressionnisme abstrait, elle construit une grammaire picturale faite d’images luxuriantes et de scènes foisonnantes. Derrière l’éclat des surfaces, la peinture ouvre une exploration traversée par des tensions : affirmation et vulnérabilité, puissance et retrait. Peindre devient une manière de reprendre le rythme, de retrouver une cadence propre, à rebours des frictions du quotidien.
Couleur NU renvoie à deux gestes : dénuder et éclipser. Ces deux mouvements proposent une lecture sur la pratique de CHU Hsien Hsien. Sa peinture met au jour les conditions de l’apparition : ce que le regard projette, ce que la surface retient, ce que le désir déplace. L’idée de NU ici— nudité en français — renvoie en chinois, à la femme : 女 (nǚ). Entre ces deux codes linguistiques et graphiques se dessine un état instable du visible : ce qui se montre sans se livrer, ce qui s’expose sans se fixer. Le champ du désir se déplace alors : du visage et de la “mine” (ce qui s’inscrit sur la peau) vers la forme perceptible, puis vers la beauté comme force d’attraction jusqu’à l’érotique. Dans ce mouvement, la couleur active une relation à la nature, à l’affect, à ce qui trouble. Elle devient une force de contact, un opérateur d’intensité, un seuil.
Expressionnisme abstrait queer : lenteur, matière, décision du corps À l’heure de l’IA où les images et les plateformes numériques accélèrent encore plus l’exposition de soi et imposent une économie de la visibilité, CHU Hsien Hsien revient à la peinture comme nécessité matérielle : toile, acrylique, travail de la main. Elle peint au sol. La toile, inclinée ou dressée face à elle, devient un lieu de confrontation. Elle construit une surface une cohérence, une preuve de soi ; la peinture, elle, décale et retient. Le narcissisme se fissure.
Sa méthode procède par strates. Chaque couche relance la précédente, la camoufle, la détourne, l’oblige à coexister avec ce qui vient après. Le tableau devient un espace où le temps s’épaissit : la toile agit comme un sismographe, enregistrant l’impact de ce qui tranche. Dénuder passe par l’alternance du voilement et du dévoilement.
En revisitant l’expressionnisme abstrait, CHU Hsien Hsien ne reconduit pas un imaginaire viriliste — artiste-héros, corps souverain, décision picturale comme conquête. Là où l’all-over de Pollock et la performance médiatisée ont nourri une mythologie du geste, et où De Kooning a maintenu la friction entre abstraction et figure dans une zone chargée de désir, de violence et de domination, elle réactive l’intensité gestuelle autrement. Le geste se détourne de la performance. Il sert à trouver un rythme, à prendre soin, et à composer avec le trouble.
Peindre comme on tire les cartes Chez CHU Hsien Hsien, peindre s’apparente à une lecture proche de la divination, et s’accompagne souvent du dessin et de la photographie. La reprise de la représentation d’éléments inanimés relance le sens comme un jeu avec soi : elle transforme la surface en espace de questionnement, et laisse des problèmes en suspens — tels des repentirs dans l’épaisseur du pigment. Les strates fonctionnent comme un jeu de hasard : elles font surgir des correspondances, en réinterprétant les figures, et ainsi rebattent l’énigme.
Dans une perspective quasi « quantique » de l’histoire de l’art comme si le passé coexistait avec le présent, sa peinture opère comme un palimpseste, nourri de sources matérielles et visuelles (dessins, photographies, fragments) : écrire, réécrire, superposer, cacher, référencer, laisser apparaître les couches ; tenir ensemble l’enfermement du soi tout en s’ouvrant à l’autre.
« Je pense que la couleur est la chose la plus mystérieuse de notre environnement. C’est à travers la couleur que je vois le monde, et c’est aussi ce qui me conduit à peindre : elles sont vivantes, lumineuses, traversées par la circulation des émotions, des éléments et des énergies en nous. » — CHU Hsien Hsien
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Portrait de l'artiste Hsien Hsien Chu
Hsien Hsien Chu, Vivid Vanitas, 2025 (Détail) — Acrylique sur toile -145,5 x 112 cm
Hsien Hsien Chu, Bloom, 2025 — Acrylique sur toile — 112 x 145,5 cm
Hsien Hsien Chu, Sans titre — Acrylique sur toile — 116,5 x 91 cm, 2023
Hsien Hsien Chu, Sans titre, 2022 — Peinture à l’huile sur toile — 91 x 72,5 cm
Hsien Hsien Chu, I, Me, Myself, 2022 — Acrylique sur toile — 65 x 53 cm

