8’46 — DISCUSSION À HUIS CLOS À SUIVRE EN LIVE SUR INSTAGRAM

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8’46
DISCUSSION À HUIS CLOS À SUIVRE EN LIVE SUR INSTAGRAM

Past: Tuesday, July 21, 2020

8’46 est une conversation, une sélection d’artistes, dans une galerie, sans aucune œuvre d’art aux murs comme pour s’emparer d’un sujet le temps d’une rencontre. Sur l’invitation des commissaires Chris Cyrille et Horya Maklouf les artistes Jean-François Boclé, Gaëlle Choisne, Julien Creuzet, Smaïl Kanouté, Louisa Marajo, Rayan Mcirdi et Anna Tjé sont invités à prendre part à un échange de pensées. Cette conversation se déroulera à huis clos le mardi 21 Juillet 2020 de 17h00 à 20h30 à la Maëlle Galerie et sera diffusée en direct live sur Instagram via les comptes @maelllegalerie et @chris_cyrille.


INSTAGRAM LIVE
MARDI 21 JUILLET 2020
via les comptes @maelllegalerie et @chris_cyrille
17h00 — 18h30 : conversation
18h30 — 19h00 : pause
19h00 — 21h30 : conversation

8’46 : une vidéo, la fin d’une vie, une expiration, un nouveau souffle, un soulèvement, américain, international, distance, situations et convergences, une voix, des voix. 8’46 comme lieu et comme temps, de la colère et de l’intuition, à penser et à dépasser. 8’46 comme problème à resituer, pour et par nous. L’exposition 8’46 débute avec une conversation / différence entre nous — Chris Cyrille et Horya Makhlouf, critiques d’art racialisés –, autour du symbole « 8’46 ». Durée enregistrée et diffusée du meurtre de George Floyd, elle est le point de départ de mouvements de contestation d’une ampleur inédite. Or nous nous demandons, pourquoi ce point, pourquoi cet évènement précis ? 8’46 est une coupure et un point de départ, mais pour quelles mobilisations ? Comment resituer nos colères au sein du monde spécifique que nous habitons (la France et le monde de l’art) ? Comment les exprimer et les mobiliser ? Nous imaginons cette rencontre comme le lieu d’une conversation active, intuitive et spontanée. Quelques questions ouvertes pour déclencher le flux des réflexions et des voix, se rencontrer, se compléter peut-être ou se contredire, s’écouter, se soutenir. Cette exposition-conversation décide dans son processus — suite à ses premiers doutes — de concevoir une politique de mobilisation et de rassemblement des sujets racialisés dans l’espace de la Maëlle Galerie, le 21 juillet. Dans l’espace : des tabourets et un micro — au centre — pour faire résonner les voix et les enregistrer.

— Tu dis “8-46”, d’un coup, comme ça, sans prévenir. J’ai l’impression que je devrais connaître la référence, je comprends qu’elle a à voir avec les manifestations auxquelles nous avons participé ces dernières semaines, mais je ne saisis pas.

— C’est la durée de la vidéo du meurtre de George Floyd. Elle est vite devenue un symbole. Aussi, ce « 8’46 » pourrait signifier plusieurs choses. Ce temps serait celui d’une image. Plus précisément, il serait une trace d’une succession d’images horribles. Peut-être que ce signe ou ce chiffre dit quelque chose du régime des images aujourd’hui (je reprends l’idée à une amie à moi, Bénédicte). « 8’46 » pourrait aussi signifier la durée, à un point du monde, à un moment donné, d’une vie qui ne compte pas dans le cas d’un racisme d’État (et cela, autant aux États-Unis qu’en France par exemple avec Adama Traoré).

— Oui, 8 minutes et 46 secondes d’images qui s’enchaînent vers toujours plus d’horreur, jusqu’à l’irrémédiable. Mais ces images ne sont pas que des images, elles sont un témoin et une preuve, irréfutable — chose rare en de pareilles circonstances — que le monde ne tourne pas rond. Je n’ai pas pu regarder la vidéo en entier, mais ce que j’ai réussi à supporter n’a fait que décupler la colère qui vit en moi depuis des années déjà.

— Oui, je suis d’accord avec toi. Il y a les images que l’on a vues mais aussi la marque, la trace d’un événement, ce « 8’46 » est aussi pour moi le lieu de l’affect, d’une colère et d’une solidarité, pour le coup, globale (et qui s’est intensifiée avec l’accumulation des vies noires arrachées partout dans le monde). Ce 8’46 est aussi une donnée matérielle en plus des images, c’est pour ça que nous sommes allés manifester probablement.

— Mais la situation n’est pas nouvelle, pourquoi est-ce cette vidéo, là, maintenant, qui devient lieu et pas les multiples scandales que nous avons accumulés au fur et à mesure des décennies ? La vidéo a fait scandale, pour de nombreuses raisons, mais on s’est aussi demandé : faut-il la montrer ou pas ? pourquoi la personne qui l’a enregistrée n’a-t-elle rien fait d’autre ? Tu as raison, elle dit beaucoup du régime des images aujourd’hui. Je me demande comment moi, à mon échelle, je peux les utiliser pour servir ou nourrir mes idées et ma volonté d’action.

— Oui. Il y a autre chose aussi, je trouve que les reprises institutionnelles de ces évènements semblent vouloir conjurer l’action. Comme si elle, l’action, était — dans l’espace institutionnel de l’art — une menace. Le feu brûle et il n’est pas destructeur mais rassembleur. Peut-être que ces derniers scandales ont déclenché quelque chose qui existe depuis trop longtemps : cette violence multiséculaire contre certains corps. Comment déplacer ce “feu de révolte” (c’est un terme que je te reprends) dans nos murs blancs de l’art ? Comment se rassembler autour du feu ? Comment nous, en tant qu’esprits et corps racialisés, pouvons-nous nous projeter dans ce milieu ? Ça rejoint tes questionnements (mais aussi les miens). Ouvrons la discussion, ouvrons les discussions. Qu’en penses-tu ?

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