Angélique Aubrit & Ludovic Beillard — vermine
Exhibition

Angélique Aubrit & Ludovic Beillard
vermine
Ends in 24 days: March 22 → April 26, 2025
L’exposition vermine d’Angélique Aubrit et Ludovic Beillard, présentée à la galerie Valeria Cetraro déploie un univers narratif plein d’ambiguïté où l’absurde laisse place au doute d’un quotidien peuplé de mondes alternatifs angoissés.
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Avant, Vermine prenait l’annuaire, choisissait un numéro au hasard et le composait.
L’interlocuteur ou l’interlocutrice jouait parfois le jeu. Démarrait alors une conversation souvent dans l’incompréhension totale du pourquoi de cet appel, mais qui meublait la solitude pour quelques secondes, voire, lorsqu’elle avait un coup de chance, quelques minutes. Le contact, les échanges humains dans cette grande ville, s’ils ne sont pas monnayés ne tiennent qu’à la persévérance têtue ou à l’accident répété.
Vermine bouscule les gens dans la rue ou les couloirs du métro, en espérant qu’ils se retournent, lèvent les yeux, ou lui aboient dessus, pour s’assurer que son enveloppe corporelle reste réelle et bien visible, malgré la disparition soudaine de sa queue.
Ce matin, la soupe est brunâtre, le ton est martial. — “ Nous sommes en guerre, dit le petit chef, l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Toute l’action du gouvernement doit être désormais tournée vers le combat, de jour comme de nuit. Nous sommes en guerre. Rien ne doit nous en divertir. ” Le peuple murmure un désaccord devant l’appel belliqueux et devant l’injonction d’une unité factice. Le double-menton de toutes ces personnes, éclairé par l’écran, vibre d’un hhhhhhhHHHhhhhmmmMMMMMmmmmMmMMmMMMmmmhhHHHHHhhhhh commun, mugissant et désapprobateur. Alertés par l’oscillation sonore, les uniformes en simili-cuir débarquent avec leurs oreilles pendantes. Silence. Le théâtre des châtiments est exceptionnellement fermé, les peines analogues annulées, et ce jusqu’à nouvel ordre.
Vermine ne s’occupe pas de politique. Elle serre son collier de perles plastiques blanches entre ses griffes pendant qu’elle déambule dans la ville.
Les sommets des édifices, leurs derniers étages, elle les a connus quand elle portait, elle-aussi, un uniforme, mais le paysage urbain, on le parcourt mieux de l’intérieur. Les kilomètres de câbles électriques, de fibres téléphoniques dépassées mais jamais retirées, et les tuyauteries que l’on maquille derrière les façades, en disent beaucoup du monde. En bande, les cafards, les rats et les souris en font leur autoroute. C’est ainsi qu’eux arrivent encore plus rapidement aux combles.
La folie talonne toujours la solitude excessive. Vermine serre son collier avec force pour que chaque perle la rattache aux derniers fondements de sa raison.
La génération mélancolique n’ira pas en guerre. La génération mélancolique n’a pas de message. Lorsque les rues sentiront la poudre fraîche, la génération mélancolique fermera les volets et éteindra la lumière. Il faut beaucoup de courage.
Vermine est perdue avec joie dans ses souvenirs. Marchant dans un rayon de soleil, elle se lèche les antennes et recoiffe les babines. Vermine ferme les yeux sous l’effet de la caresse chaude du corps céleste et trébuche sur un pavé. Son collier se brise éparpillant les belles billes à la facture vulgaire sur le bitume.
Ana Mendoza Aldana
Opening hours
Tuesday – Saturday, 2 PM – 7 PM
The artists
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Ludovic Beillard
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Angélique Aubrit