Autoportraits

Exposition

Techniques mixtes

Autoportraits

Dans 8 jours : 5 février → 5 mars 2026

Tout être

« Depuis mille et mille ans en effet que le visage humain parle et respire, on a encore comme l’impression qu’il n’a pas encore commencé à dire ce qu’il est et ce qu’il sait » Antonin Artaud

De Rembrandt Harmenszoon van Rijn à Vincent Van Gogh en passant par Helene Schjerfbeck, un très grand nombre d’artistes se sont eux-mêmes portraiturés, à l’instar d’un passage obligé au sein de toute pratique artistique digne de ce nom ; voire d’en faire le sujet quasi unique de leurs recherches, Ludivine Gonthier en témoigne ici. Pour autant, les autoportraits ont longtemps été titrés « Portrait de l’artiste », introduisant une notion de distance entre le sujet et celui qui l’exécute, quand bien même le modèle et l’artiste y soient seuls et uniques. Se représenter y est « faire artiste » autant qu’« être soi-même ». Ce « genre » d’autoportrait vise alors à livrer à la postérité une image de l’artiste tel qu’elle ou il veut apparaître à l’intérieur même de son œuvre ou de l’esprit du temps dans lequel elle ou il souhaite s’inscrire. Les références à l’histoire de l’art ou à leur pair sont donc loin d’y être absentes : pour seul exemple l’iconique « Atelier du peintre » de Courbet (1855), tout comme, au cœur de cette exposition, les œuvres de François Boisrond, d’Irini Karayannopoulou ou d’Hassan Musa.

Ainsi que le souligne Nancy Spector, l’autoportrait « se situe dans cet écart vertigineux entre ce qui est représenté, ce qui est vu et ce qui est su. » Certains artistes vont dès lors explorer toutes les possibilités d’« être » ou de « ne pas être » à l’image. Les œuvres de Damien Deroubaix, d’Irini Karayannopoulou, de Stéphane Mandelbaum ou de John Stezaker le manifestent, tant l’autoportrait y apparaît d’un côté comme un champ d’exploration complexe et multiple autour de cette perception et de cette affirmation de soi, de l’autre comme l’expression de l’importance vitale de l’artiste en tant qu’acteur de sa propre création : Créer c’est « se » créer. Au point, paradoxalement, de se « dé-créer », ainsi que le proclament Damien Deroubaix et ses masques où toute possibilité d’expressivité est bâillonnée, ou John Stezaker et ses découpages où il ne semble exister qu’à travers ses géniteurs ; conscience de soi quasi aporique. Et si, à travers la pratique du photomaton, Pierre et Gilles nous proposent des images intimes et mémorielles, ludiques et poétiques, leur profusion y produit néanmoins une forme de vertige qui contredit l’idée même d’apparence propre et unique au profit de la complexité mouvante, transitoire et insaisissable de l’âme humaine ; l’œuvre de Célia Muller
l’atteste.

La nature de toute représentation de soi est donc beaucoup plus plurielle et nuancée que nous pourrions le penser de prime abord. Dès lors, qu’en est-il du « connais-toi toi-même » socratique qui aurait dû y être à l’œuvre ? Loin de n’être qu’une simple projection narcissique ou qu’une représentation de la vérité nue d’un être, l’autoportrait n’est-il en fait qu’un texte sur soi en permanente écriture — Myriam Mihindou — ou une image de soi en perpétuel développement — John Stezaker ? Les jeux du « je » sont infinis…

Marc Donnadieu

Avec les artistes : Jean-Michel Alberola, François Boisrond, Fritz Bornstück, Gaston Damag, Damien Deroubaix, Ludivine Gonthier, Stéphane Mandelbaum, Myriam Mihindou, Célia Muller, Hassan Musa, Pierre & Gilles, John Stezaker, Irini Karayannopoulou, etc.

Galerie Maïa Muller Galerie
Plan Plan
03 Le Marais Zoom in 03 Le Marais Zoom out

31, rue Chapon

75003 Paris

T. 01 42 72 75 08

Site officiel

Arts et Métiers
Rambuteau

Horaires

Du mardi au samedi de 14h à 19h