Bert Theis — Utopies situées

Exhibition

Mixed media

Bert Theis
Utopies situées

In 17 days: October 3 → November 28, 2026

Connu pour une œuvre qui se distingue par son engagement social et environnemental, Bert Theis (Luxembourg, 1952-2016) s’est affirmé sur la scène internationale dans les années 1990 comme l’un des représentants majeurs d’une génération d’artistes qui ont ouvert de nouvelles perspectives sur la manière d’aborder l’espace public.

Alliant une approche conceptuelle et philosophique à des interventions localisées et contextuelles, il a, tout au long de sa carrière, créé des espaces de participation sociale, d’échange communautaire et de réflexion sur les questions urbaines qui prenaient la forme de plateformes ou de pavillons. Ce faisant, il a élargi le concept de site-specificity à celui d’audience-specificity, allant même jusqu’à définir un art qu’il appelait « fight-specific », c’est-à-dire qui prend position et se fait le porte-parole des luttes urbaines en se mettant au service de revendications dissidentes et anti-néolibérales existantes. C’est précisément pour cette raison que le titre de l’exposition met l’accent sur le caractère d’utopie concrète et incarnée (embodied) que présente son œuvre. Car si le terme « utopie » désigne par nature quelque chose d’irréalisable ou qui n’a pas lieu, chez Bert Theis, il dénote des interventions situées, inscrites dans des lieux précis, comme en témoigne la constellation de ses projets artistiques, à la fois durables et temporaires, dans des villes en Europe et en Asie. Cette observation vaut tout particulièrement pour Isola Art Center, le projet à long terme qu’il a mené à Milan à partir de 2001.

Bien que Bert Theis soit intervenu à Paris — au Domaine de Chamarande (2007) et au Parc de la Butte-du-Chapeau-Rouge (2011) –, Utopies situées est sa première exposition personnelle en région parisienne. Dès lors, la présentation s’attache à retracer l’ensemble de son œuvre à travers trois moments clés, correspondant chacun à une salle du centre d’art. La première présente le dispositif de la « plateforme » comme élément paradigmatique de l’œuvre de Bert Theis. Ce signe urbain, fondamental et primordial, est décliné tour à tour sous la forme d’une estrade, d’une rampe, d’un plateau ou d’un escalier, ou encore protégé par une canopée ou un auvent, mais toujours vide et blanc. Il ne représente rien, mais peut devenir le théâtre d’événements variés selon l’usage que le public en fait, de sorte que chacun·e peut se l’approprier.

La deuxième salle présente des œuvres antérieures à la production des plateformes et rassemble une série de collages datés de 1980 à 2000. Si Bert Theis s’est consacré à l’art du collage pendant de nombreuses années, ce n’est que récemment que cette partie plus confidentielle de son œuvre a été reconnue à sa juste valeur. C’est au début des années 1980, pendant ses études à l’École du Livre de l’Institut d’État d’Urbino, qu’il commence à expérimenter le collage et la technique du papier déchiré. Des coupures de journaux collées sur papier aux assemblages de textes, d’images et de dessins à l’aquarelle sur divers supports, les ciseaux et la colle sont ses principaux outils artistiques au cours de cette décennie. Témoignant de cette phase de sa carrière, cette partie de l’exposition présente des œuvres moins connues du grand public, telles que Chaocoll, Materialcollages, Dia-collages et Piccollages, ainsi qu’une série de collages réalisés pour deux recueils de poèmes de l’auteur luxembourgeois Robert « Gollo » Steffen. L’idée du collage bidimensionnel évolue ensuite vers celle du collage social, dans le cadre de projets destinés à un public spécifique, tels que les plateformes.

La dernière salle opère une synthèse des deux précédentes en présentant le projet communautaire milanais Isola Art Center, que l’artiste a développé de 2001 jusqu’à sa mort. Isola Art Center était une plateforme ouverte et collective qui, à la manière d’un collage, rassemblait des artistes, des commissaires d’exposition, des philosophes, des militants, des étudiants et la communauté locale pour articuler une forme de résistance à la transformation autoritaire, top-down (imposée d’en haut), d’un quartier au centre de Milan. À travers des expériences d’art communautaire et des actions politiquement organisées, l’objectif de cette plateforme fondatrice était de repenser radicalement la question de l’urbain, en opposition à la logique de la gentrification et des gated communities (lotissements sécurisés). Pendant plus de dix ans, ce lieu a raconté l’histoire d’une transformation artistique et urbaine menée par des artistes qui ont souvent dû inventer leurs outils et concepts chemin faisant. Aujourd’hui encore, ce projet illustre les formes que peut prendre l’action de terrain dans le contexte urbain.

Marco Scotini (Traduction : Patrick (Boris) Kremer)

Bert Theis (1952-2016 au Luxembourg) était un artiste et activiste qui explorait à travers ses œuvres des thématiques liées à l’écologie, l’urbanisation et la gentrification. Il se fait connaître sur la scène internationale à l’occasion de la Biennale de Venise en 1995, où il représente le Luxembourg. Theis était principalement connu pour la monumentalité de ses installations urbaines situées dans des zones densément peuplées, des sites publics ou des parcs. Vers la fin de sa vie, il développe et dirige deux projets à long terme — Isola Art Center et out-Office for Urban Transformation — autour du conflit qui oppose les habitants du quartier d’Isola, le gouvernement de la ville de Milan et une grande multinationale américaine.

« Je construis des plateformes. En général, je construis des plateformes avec du bois peint en blanc, la plus connue étant la « Philosophical Platform » pour Sculpture Projects à Munster, 1997. Mes plateformes, (et pavillons, que je considère comme des plateformes surélevées), sont des espaces sociaux, dans lesquels toutes sortes d’activités peuvent se produire librement. » (Bert Theis)

Si la plupart de ses œuvres ont été réalisées in situ, Bert Theis a également participé à de nombreux événements et expositions à l’international. Récemment, une exposition monographique lui a été consacrée au MUDAM — Musée d’Art Moderne du Luxembourg Grand Jean-Duc intitulée Building Philosophy — Cultivating Utopia (2019), accompagnée d’une série d’événements sous le nom Archipelago Bert Theis. D’autres expositions personnelles ont eu lieu: Le Printemps de Septembre, Toulouse (2018), LUCA — Luxembourg Center for Architecture (2017), Padiglione d’Arte Vivente, Torino, Italy (2015), Galerie Erna Hecey, Bruxelles (2008), MAMCO — Musée d’art moderne et contemporain, Genève, Suisse (2007), et Galerie Erna Hecey, Luxembourg (1999). Il a fait partie de nombreuses expositions collectives internationales, par exemple au MOCAK — Museum of Contemporary Art à Cracovie (2016); CNAP et Galerie Fernand Léger, Yvry s/Seine (2015); Pavillon de l’Arsenal, Paris (2016, 2015); Vienna Secession, Autriche (2014); MAXXI, Museo nazionale delle arti del XXI secolo, Rome (2014); Castello di Rivoli, Torino, Italie (2013); Mudam, Luxembourg (2012, 2006); Biennale de Venise (2011); 10eme Biennale d’Istanbul (2007), et Skulptur Projekte Münster (1997). Ses installations permanentes sont visibles au Parc de la Butte du Chapeau Rouge, Paris; Luicciana di Cantagallo, Italy; MNHA Musée National d’Histoire et d’Art du Luxembourg.

Visite-conférence avec Enrico Lunghi et Mariette Schiltz (Bert Theis Archive), samedi 7 novembre à 15h

Commissariat : Marco Scotini et Renaud Codron en collaboration avec Bert Theis Archive

92 Hauts-de-Seine Zoom in 92 Hauts-de-Seine Zoom out

3, place Jean Grandel

92230 Gennevilliers

T. 01 40 85 67 40

Official website

Asnières – Gennevilliers – Les Courtilles

Opening hours

Every day except Sunday, 2 PM – 6:30 PM
et sur rendez-vous. Entrée libre.

The artist

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