Brankica Zilovic — Souvenir from Earth

Exhibition

Mixed media

Brankica Zilovic
Souvenir from Earth

Ends in about 1 month: December 4, 2019 → January 11, 2020

Brankiça Zilovic travaille à partir de matériaux issus de l’univers du textile, lesquels donnent lieu, au moyen d’installations et de configurations picturales, à des pièces mêlant biographie individuelle et collective. Marquée par les paysages enneigés des Alpes dinariques de son enfance aussi bien que par le contexte et l’histoire de la Serbie, elle coud, tisse ou brode des compositions réticulaires qui prennent l’allure de paysages mentaux.

Ses travaux s’inscrivent ainsi à la croisée de considérations individuelles et de préoccupations historiques voire politiques. Certains de ces files sont tendus et se ramifient en un réseau nerveux, comme un système neuronal traversé par un nombre incalculable d’impulsions électriques naviguant de synapse en synapse, ou comme une toile d’araignée dont la trame parvient à transmettre des vibrations, alertant sur l’imminence d’une proie. Une première lecture de ces œuvres viserait sans doute à signifier une géopolitique en déliquescence, un monde soumis à une érosion inévitable, cependant que le sentiment de perte se joue davantage en profondeur qu’en surface.

Chaque point, ligne ou surface se dédouble continuellement, re étant des histoires sans début ni dénouement que l’on ressasse sans arrêt. Le plan de l’œuvre agit alors telle une membrane, dissociant la réalité que l’on parcourt de celle qui nous pénètre, pour qu’une géographie personnelle puisse se substituer à une géographie politique, alarmant ainsi une fragilité qui s’étend au-delà des apparences.

Paradoxalement, cette cartographie, en ne menant nulle part ailleurs que dans les méandres de la psyché, à traduit non tant des territoires et des espaces que des allusions temporelles, en particulier lorsque l’on s’attache à leur mode de réalisation. La répétition, l’accumulation et le labeur mettent en exergue une exigence quotidienne, sinon une obsession ; le temps se dilate, il a une dimension expiatoire, comme s’il s’agissait de conjurer les démons du passé en substituant à la mémoire la mécanisation du geste. Les lourds récits d’antan peuvent ainsi être dilués dans un absolu présent porté par la répétition à outrance. Bien davantage, ces mêmes gestes laissent derrière eux une trace graphique semblable à des sutures ou des cicatrices, peut-être parce qu’il est question de raccommoder ce qui émane du passé afin de rester amarré à la réalité.

On retrouve ainsi dans le travail de Brankica une forme de nécessité fondamentale. Le caractère obsessionnel accompagne le besoin de composer avec une histoire personnelle.

L’oubli, la perte, ou la dégénérescence, moteurs du travail de Brankica, ne sont rien de moins que des appels à de nouveaux recommencements. De là la nécessité de saisir ses compositions comme l’expression d’une forme d’optimisme, un optimisme qui resterait latent, paradoxal peut-être, un optimisme qui accueillerait la vie et ses possibles plutôt que ses regrets.

Julien Verhaeghe