Ella Bergmann-Michel & Robert Michel — Le progrès à bras-le-corps

Exhibition

Drawing

Ella Bergmann-Michel & Robert Michel
Le progrès à bras-le-corps

Ends in 21 days: October 6 → November 10, 2018

Le progrès à bras le corps est la première exposition consacrée en France à ces deux artistes allemands, nés respectivement en 1895 et 1897 et mariés à Weimar en 1919.

Jusque-là, seule Ella Bergmann-Michel avait fait l’objet, en France, de deux expositions personnelles (posthumes), à la galerie Zabriskie (Paris) en 1981 et 1984.

Auparavant, les deux artistes avaient prêté chacun deux œuvres pour l’exposition Cinquante ans de « collage » au Musée d’Art et d’Industrie de Saint Etienne en 1964. Le design publicitaire de Robert avait été mentionné dans l’exposition Paris — Berlin au Centre Pompidou en 1978 et quelques photographies et films d’Ella ont été occasionnellement montrés, mais il semblerait qu’aucun dessin de l’un ou l’autre artiste ne figure encore aujourd’hui dans une collection publique française.

La rétrospective de près de 200 œuvres — dont huit prêtées par la galerie — que vient de leur consacrer le Sprengel Museum de Hanovre (du 26 mai au 2 septembre 2018) a cependant montré la place primordiale que les deux artistes ont tenue au cœur de la sphère abstracto-socialo-futuriste allemande dès le début des années 1920. Leur importance résida autant dans la modernité et la précocité de leurs propres créations, que dans le rôle de rassembleurs des avant-gardes européennes — Kurt Schwitters, László Moholy-Nagy, Willi Baumeister, El Lissitzky, Johannes Mohlzahn, Mart Stam et Ilse Bing pour ne citer que leurs amis les plus proches — qu’ils jouèrent dans la région de Francfort, notamment à l’occasion de la création du groupement Das Neue Frankfurt.

Pour cette exposition, le simple choix d’un titre « descriptif » ou simplement accrocheur, évoquant l’engagement des artistes pour la modernité, la diversité des media qu’ils ont employés ou enfin l’environnement culturel dans lequel ils ont évolué, ce choix apparemment simple s’est révélé impossible à faire car toute évocation d’un épisode précis de leur vie si pleine aurait été choisie au détriment de tous les autres. Figurer avec (et avant) Kurt Schwitters parmi les premiers concepteurs de collages abstraits ne doit pas occulter leurs œuvres de dessinateurs. Leur présence au Bauhaus — une carte de visite pourtant universellement reconnue — revêt moins de sens que leur installation délibérée dans un moulin isolé de tout pôle universitaire et le mode autarcique de création qu’ils ont décidé d’y mener. Leur proximité commune avec les langages de Dada, de l’expressionnisme, du futurisme, du constructivisme voire du purisme ne permet pas d’amalgamer leurs deux œuvres, chaque artiste illustrant ses recherches personnelles en mettant en œuvre ses techniques propres. Car si l’on parle bien ici d’un couple d’artistes, et s’ils ont effectivement promu ensemble la modernité et combattu conjointement durant toute leur vie le bon goût bourgeois, leurs œuvres ne sont pas réalisées à quatre mains et il est indispensable de différencier les travaux d’Ella — essentiellement inspirés par les sciences naturelles — de ceux de Robert — très influencés par la mécanique et le dessin technique en général.

Le progrès à bras le corps, c’est donc la formule qui nous semble au mieux évoquer leur essentiel dénominateur commun : l’énergie qu’ils n’ont cessé de déployer ensemble, corps et âme, au service d’une modernité sociale et progressiste. Ce fut le mot d’ordre de toute leur vie.

L’ensemble de 70 œuvres d’Ella Bergmann-Michel et Robert Michel, ainsi que l’abondante documentation présentés ici par la Galerie Eric Mouchet et la Galerie Zlotowski sont le fruit de 10 années de recherche, de rencontres et de découvertes, et couvre une période de travail des artistes s’étendant de 1917 à 1969. Un catalogue est édité à cette occasion.

Eric Mouchet