Emeka Ogboh — B(l)ackroom
Exposition
Emeka Ogboh
B(l)ackroom
Encore 25 jours : 21 juin → 18 juillet 2026
La galerie Imane Farès a le plaisir de présenter B(l)ackroom, la troisième exposition personnelle d’Emeka Ogboh à la galerie.
B(l)ackroom est une installation immersive qui explore les intersections entre langage, consommation et pouvoir à travers la figure du « backroom », un espace semi-privé où l’accès, l’appartenance et la visibilité se négocient discrètement. En fusionnant backroom et blackroom, le projet transforme l’opacité en position critique, résistant aux injonctions de transparence et aux systèmes de classification qui ont historiquement façonné les vies noires et migrantes.
Structurée comme une succession d’espaces interconnectés, l’installation passe d’un environnement assombri de type café à une installation textuelle et sonore. En son centre se trouve Sufferhead Original Gin, conçu comme une œuvre liquide et prolongement distillé de Sufferhead Original, une bière développée à l’origine pour documenta14 comme critique sensorielle des projections européennes sur les migrations africaines. Par la distillation, la stout est transformée en un gin clair qui conserve néanmoins les traces de ses origines, devenant une métaphore de la migration, de la traduction, de la perte et de la recomposition.
Plutôt que de recourir à l’image, B(l)ackroom met en avant le langage, le goût et l’atmosphère comme lieux où persistent les histoires coloniales et les formes contemporaines d’exclusion. Les visiteurs y rencontrent des textes, des voix et des fragments issus de la philosophie, de la poésie, du discours colonial et du langage bureaucratique, présentés sans hiérarchie ni narration fixe.
Refusant toute explication ou résolution, l’œuvre affirme un droit à l’opacité tout en exposant la manière dont l’empire, la migration et les identités racialisées continuent d’être façonnés par la nomination, la consommation, la régulation et les gestes quotidiens. À la fois conviviale et critique, B(l)ackroom invite le public à faire l’expérience de l’histoire non comme représentation, mais comme quelque chose d’incorporé, de goûté et constamment renégocié.
**
Emeka Ogboh, (né en 1977 à Enugu, Nigéria), vit et travaille entre Lagos et Berlin. Emeka Ogboh relie les lieux avec son ouïe et son sens du goût. Au travers de ses installations audio et de ses travaux gastronomiques, il explore comment les mémoires collectives et les histoires privées et publiques sont traduites, transformées et encodées en sons et en aliments. Ces pièces explorent comment le son et la nourriture capturent des relations essentielles, encadrent notre compréhension du monde et créent un contexte dans lequel questionner de façon critique l’immigration, la globalisation et le post-colonialisme.