Ernest T. — Devenez un artiste admiré
Exposition
Ernest T.
Devenez un artiste admiré
Dans 3 jours : 27 juin → 25 juillet 2026
De peinture, il en est partout question dans cette nouvelle exposition d’Ernest T. De la peinture en général et de celle des autres, s’entend : de ce que on en dit, de ce qu’on en fait, de comment on en vit et de comment on la vend. Et quand bien même Ernest T. refuse toute position de peintre, il emploie comme medium la peinture, à contre-courant et en bon sophiste, pour être sûr de se faire comprendre.
Ernest T. débute ses expériences artistiques dès les années 1960 avec une collection de petits calendriers comiques, qui deviendra sa série des Dessins français. Au cours des années 1980, il crée son pseudonyme et commence à réaliser sa fameuse série de Peintures nulles, envisagées comme le degré zéro de la peinture. En réaction au phénomène de starification des artistes qui estime plus la signature que l’œuvre elle-même, Ernest T. produit en retour des peintures où sa signature s’accumule sur la toile.
« J’ai peint la première Peinture nulle en 1986. Puis, la même année, j’en ai exposé six à l’Atelier Schwarz, invité par Claude Rutault. Elles ont été accrochées aux côtés d’un ensemble de ses Définitions/Méthodes. Les textes que j’avais fait paraître précédemment m’avaient vite valu d’être catalogué comme artiste conceptuel (il est arrivé qu’on s’intéresse à mon travail pour de mauvaises raisons !). […] J’ai donc voulu sortir du texte. J’ai pensé qu’il fallait que je fasse une peinture pour mieux m’expliquer. Mais que faire ? Le monochrome était très en vogue, mais déjà en fin de course. À l’époque, je m’intéressais aux organisations de surfaces genre puzzles. J’ai découvert la théorie des pavages du mathématicien anglais Roger Penrose : deux losanges qui s’engendraient de façon non périodique, c’est-à-dire à l’infini. Moi, j’ai trouvé ce truc dont je me réjouis encore, à savoir ce principe de la lettre T en trois couleurs. Je signais Ernest T., alors je me suis dit : c’est ça qu’il faut faire ! J’ai choisi trois couleurs pas sérieuses, pas trois couleurs primaires, mais un bleu layette, un jaune pétant et un vermillon intense. Cela m’a permis d’obtenir des toiles toujours pareilles et jamais identiques, puisqu’il existe une infinité de positions possibles de ces motifs (1). »
Quand elles ne sont pas montées sur ressort façon farces et attrapes, ou utilisées comme mobilier, ces Peintures nulles s’intègrent à des saynètes décalées moquant les processus de légitimation de l’art et autres comportements liés à la signature, à l’authenticité, au sens caché de l’œuvre, aux modes, etc. Sur ces images trouvées, reproduites en grand format, Ernest T. colle ses combinaisons narcissiques qui deviennent l’objet de toutes les attentions. « J’ai réalisé ces montages pour ma première exposition chez Gabrielle Maubrie en 1987. J’ai repris des images de l’almanach Vermot, que je collectionnais depuis longtemps, dans lesquelles il y avait l’ambiance de l’atelier d’artiste. Et j’y collais une peinture de mon cru. »
Dans la lignée des Arts Incohérents et de Dada, son œuvre écorne le milieu très codé et sérieux de l’art contemporain. À coups de détournements, manipulation d’images voire plagiat, rehaussés de jeux de langage et dessins caricaturaux, l’artiste ausculte le monde de l’art sous l’angle de ses turpitudes, cupidités et autres prétentions. Les canons de l’histoire de l’art ne sont pas épargnés, que ce soit Picasso (Comment saloper un Picasso avec une petite déco de merde), Marcel Duchamp (Ready Made d’Ernest T., 1987, qui consiste en un ticket de caisse du BHV pour 50 bouteilles — rien n’est dit sur le port des dites bouteilles) ou encore les courants du tachisme (Çà ou ce que j’aurais aimé avoir fait, 2026) ou de l’art conceptuel pédant (Idéologie du prêt-a-jeter (en marbre), 1989 et Philosophie de la pacotille (en bronze), 1989). Le commerce de l’art est aussi une cible avec des devantures ou des affiches de ventes d’œuvres, tantôt ennuyeuses, tantôt aguicheuses, dans tous les cas, pathétiques.
Jacques Sternberg, écrivain belge et co-fondateur du groupe Panique avec Topor, Arrabal et Jodorowsky, a écrit à propos d’Ernest T. : « Son humour est en harmonie avec le trait : au quatrième degré, jeté avec un maximum de désinvolture. » Mais pour l’intéressé, l’humour n’est jamais gratuit, c’est une entreprise de subversion maximale : « Je me suis aperçu que l’humour est ce qui mettait le mieux à mal la tromperie, l’illusion, le faux. » « Un fou rire, ou un rire du fou, relève François Coadou, qui est d’abord et surtout celui des Incohérents, comme celui des Situationnistes, ou mieux, celui de Nietzsche : un rire de tout qui ne laisse rien indemne. »
__
1. Toutes les citations sont tirées de l’entretien publié dans Ernest T. Face à face François Coadou, Paris, éditions Semiose, 2026.
-
Vernissage Samedi 27 juin 11:00 → 20:00
Horaires
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Et sur rendez-vous
Programme de ce lieu
L’artiste
-
Ernest T.