Lucile Boutin — Washing Machine
Exhibition
Lucile Boutin
Washing Machine
In 2 days: March 26 → May 3, 2026
Du 26 mars au 3 mai, le Frac Île-de-France présente, dans sa Project Room du Plateau, une exposition de Lucile Boutin intitulée Washing Machine. Le titre Washing Machine convoque cet objet domestique au mouvement répétitif et circulaire qui cadence nos vies. La symbolique du lavage agit comme un processus de transformation, d’effacement et de remise en circulation de pensées et de corps lessivés. Lucile Boutin envisage cette Washing Machine comme le révélateur des mécaniques sociales et structurelles du monde moderne et présente quatre corpus de dessins pour cette exposition.
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Avec la machine à laver le linge, le travail s’effectue par nous, mais aussi en dehors de nous. Nous identifions ses cycles par le sifflement du remplissage, le ronronnement de l’eau, le bruit grave de la vidange, puis le grondement de l’essorage. Elle devient la métaphore du passage d’un état à un autre dans un processus dynamique et un rythme préétabli proche du cycle de modification d’un corps au travail, soumis dans la durée à des cadences qui façonnent son évolution.
L’odeur de propre qui en émane serait la récompense sensorielle et artificielle qui nous acquitte du labeur, nous purifie et nous blanchit vis-à-vis de celui-ci, à travers nos vêtements. L’exposition réunit quatre corpus distincts de dessins qui se mêlent et se découvrent conjointement.
Le premier ensemble met en scène des personnages au travail dans des compositions frontales d’intérieurs domestiques hybrides, à mi-chemin entre la cuisine et le laboratoire médical. Dépourvus de traits caractérisant leurs visages et leurs genres, ils ou elles accomplissent des gestes minutieux qui semblent dénués de finalité. L’anonymisation renforce le caractère mystérieux des environnements dans lesquels ils ou elles évoluent, tout comme la logique incertaine de leurs actions. Les architectures sont composées de carreaux de faïence, de tuyauteries, d’écrans. Les gestes qui s’y réalisent sont suspendus dans un temps figé et introspectif. Figurent également dans cette série, des hublots qui semblent maintenir ces espaces intérieurs sous apnée et rappellent la forme circulaire du tambour de la machine à laver.
La deuxième série de dessins aux tonalités bleues nous immerge dans des univers fluides et abstraits de paysages sous-marins où des coquillages et des bulles d’air dans l’eau reflètent la lumière telles des bulles de savon. Ces sphères fragiles savent s’abstraire du reste du monde, à l’abri de lui, elles offrent des lignes de fuite, des moments de répits et de reconstruction. L’abstraction de ces dessins fonctionne comme un retrait psychique qui fait contrepoint au travail concret. Place à la rêverie et à la contemplation.
Le rapprochement de ces deux séries suppose une résistance, entre contrainte et repos, entre gestes répétitifs, épuisement, relâchement et dérives oniriques. Mais aussi un rapport à la transformation et à l’usure du corps comme premier outil de travail promis à l’obsolescence car l’automatisation des gestes finit par se déposer dans les corps.
Un troisième ensemble de dessins est présenté sur des tissus colorés (bleu pour le bleu de travail, gris pour le costume) dont les formes sont issues de patrons de poches de vêtements. Elles rappellent les poches de vêtements de travail, lavés et tenus bien propres pour le lendemain et deviennent le support des dessins. L’absence prolongée de cet accessoire dans les vêtements féminins, longtemps peu adaptés à l’autonomie ou à l’efficacité, est révélatrice de la place assignée aux femmes dans la société.
Le quatrième corpus est disposé sur des tables, il provient pour la plupart de carnets de recherches de l’artiste. Ces petits dessins infusent à leur manière les plus grands formats présentés aux murs. Ils les nourrissent ou bien les soutiennent.
La minutie, la lenteur des dessins de Lucile Boutin ainsi que les formes fluides évoquent la rêverie, tandis que les gestes anonymisés rappellent la mécanique silencieuse du travail humain. Plusieurs temporalités se superposent : le temps suspendu des dessins, le rythme cyclique des machines et les moments de relâchement. L’exposition révèle ainsi, de manière sensible et onirique, l’interaction entre transformation, usure, rythmes du corps, et espaces de rêverie où s’absorbent songes et potentialités créatives.
Maëlle Dault
Une exposition proposée dans le cadre du Printemps du Dessin / Drawing Now.
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Opening Wednesday, March 25 6 PM → 9 PM
Opening hours
Wednesday – Sunday, 2 PM – 7 PM
Late night and drinks : 1st Wednesday of each month (except opening dates) until 9pm
Admission fee
Free entrance
Venue schedule
The artist
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Lucile Boutin