Raphaël Massart — Pantin
Exposition
Raphaël Massart
Pantin
Dans 2 jours : 18 juin → 19 juillet 2026
Du 18 juin au 19 juillet, le Frac Île-de-France présente, dans la Project Room du Plateau, l’exposition Pantin de Raphaël Massart. Artiste diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2024, il développe une pratique mêlant photographie, sculpture et installation, nourrie par les logiques du consumérisme, les dispositifs d’exposition et les langages visuels contemporains.
L’exposition Pantin explore les liens entre le langage, la ville et l’intimité à travers une installation de sculptures-lettres et des images réalisées dans les lieux de vie et de travail de l’artiste. Elle prend appui sur son expérience de la ville où certains signes — journaux municipaux, images de communication, rythmes de quartier — apparaissent d’abord comme muets, avant de se recomposer progressivement comme langage.
L’exposition s’ouvre en nous accueillant avec un mannequin en bois qui flotte au seuil de l’espace. Trouvé en Allemagne, ce dernier accompagne l’artiste au fil de ses déménagements. Habituellement voué aux vitrines, le pantin ne s’adresse à personne, il est sans voix. Il explore, de sa hauteur, l’espace d’exposition qui se livre sous ses yeux. Cette entrée en matière nous distancie de la pesanteur des choses et promet une forme de calme, d’hyper attention mêlée à de l’inquiétude. Le dispositif de suspension spécifique aux vitrines muséales et commerciales agit comme une sorte de machine à inverser les rôles, invitant les visiteurs et visiteuses à faire du regard une matière. Par son positionnement — immédiatement visible mais aussi partiellement soustrait au regard, les mains tenant son visage anonyme comme pour en masquer l’accès — le pantin introduit une tension entre exposition et retrait. Il est aussi une sorte d’alter ego de l’artiste qui parle la langue muette des objets et regarde, approche, admire, apprend et parle tout aussi couramment la langue des musées, met sous verre et élève toute chose usuelle à un statut d’exemplarité esthétique, de dignité, de rareté. L’exposition s’inspire de cette histoire des vitrines et des dispositifs, une histoire où le musée moderne et le grand magasin s’imitent et se répondent.
Dans ce contexte, une phrase simple, “JE T’AIME”, agit comme un opérateur. Répétée, déplacée, inscrite à côté d’images ordinaires par l’artiste de manière régulière, elle devient à la fois signature, motif et ici objet. Formulée avec les outils de la communication, cette déclaration est sans destinataire, comme suspendue dans l’air social tel un slogan. Ce qui étonne, c’est le registre le plus fragile dans lequel elle nous plonge. Et pourtant, elle se tient avec la netteté d’une signalétique, se construit comme une typographie, presque architecturale. Les sculptures-lettres, construites, deviennent des volumes à parcourir : des boîtes ouvertes et fermées, à différentes échelles. La phrase qu’elles composent ne se donne jamais immédiatement ; elle se fragmente, se recompose, oblige à se déplacer, à tourner autour, à se pencher. Le langage y est moins lu que traversé, parcouru. Ce passage de l’idée à la présence physique produit un déplacement : ce qui était pensé comme mot devient forme, ce qui relevait de l’expression devient structure. Les lettres, comme les vitrines qui les inspirent, cadrent et exposent tout en générant des formes de désir difficilement explicables.
Les photographies présentées sont réalisées dans des contextes de vie quotidienne, de travail et d’amitié. Issues d’un flux d’images non hiérarchisées que l’artiste produit, elles conservent une part de contingence. Chaque image porte la trace d’un hors-champ actif, d’une continuité qui excède ce qu’elle donne à voir. Enchâssées dans différents tissus, elles sont à la fois encadrées et habillées. Le dispositif-vêtement ne vise pas à exposer pleinement l’image mais à en conditionner l’apparition. Le tissu introduit une résistance douce et installe une relation de désir : quelque chose est montré, mais jamais entièrement donné.
Les hors-champs des images ne désignent pas seulement ce qui est absent, mais ce qui organise la perception. Leur cadrage suggère, déplace, maintient une distance. Cette économie du regard rejoint celle des sculptures-lettres et des vitrines : montrer en cadrant et produire du désir en limitant l’accès.
L’exposition perturbe ainsi les régimes de lisibilité : textes et images s’insèrent dans les interstices d’un dispositif qui ne se livre pas immédiatement. Elle propose une expérience où le visiteur entre dans le langage sans nécessairement s’en apercevoir, là où l’intime — comme la matière — négocie en permanence son antithèse, et où public et privé se reconfigurent.
Maëlle Dault
Raphaël Massart est né en 1997 à Toulon, il vit et travaille à Paris. Il est diplômé des Beaux-Arts de Paris en 2024, il développe depuis une pratique d’images photo- graphiques, de sculptures et d’installations informée par le consumérisme et les techniques visuelles.
Horaires
Du mercredi au dimanche de 14h à 19h
Plateau-Apéro : nocturne le 1er mercredi de chaque mois (sauf soirs de vernissage) jusqu’à 21h
Tarifs
Accès libre
Programme de ce lieu
L’artiste
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Raphaël Massart