Sans Clou ni Vis — Une exposition à fort coefficient de main d’œuvre

Exhibition

Mixed media

Sans Clou ni Vis
Une exposition à fort coefficient de main d’œuvre

Ends in about 1 month: October 18, 2018 → January 25, 2019

John M. Armleder — Christoph Hinterhuber — Gwendal Lego — Oscar Malessène

La culture est une stratégie de survie. Elle favorise la circulation d’informations pertinentes, facilitant l’adaptation des groupes humains aux conditions changeantes du milieu dans lequel ils vivent.

La culture c’est ce que les Homo sapiens ont trouvé de mieux pour synchroniser leurs comportements avec le monde et favoriser l’épanouissement de leur espèce sur l’ensemble du globe.

L’art contribue à la réalisation de cette stratégie en fournissant des percepts et des concepts.

L’activité artistique n’est pas statique : elle est un récit ouvert, sans cesse reformulé par les apports délibérés de celles et ceux qui ont au fil de l’Histoire prétendu contribuer à la dynamique culturelle. C’est par leurs œuvres que les artistes contribuent à l’élaboration de la culture. L’importance de cet apport justifie la diffusion des œuvres : parce qu’elles permettent de mieux percevoir un rapport au monde fait nôtre, un monde qui serait désormais de notre responsabilité.

Sans Clou ni Vis est une exposition qui prétend faire la démonstration objective de la contribution des œuvres présentées à l’élaboration d’une culture contemporaine.

À l’heure ou l’art est présenté sous la forme d’une gigantesque foire rassemblant des milliers d’objets coûteux et fragiles, l’exposition présente exclusivement des peintures murales.

Toutes ont été prélevées dans le corpus d’œuvres qui véhicule des préoccupations esthétiques différentes.

Le rassemblement de ces peintures à l’occasion de l’exposition est structuré autour de propositions supplémentaires ou déductibles du travail engagé par ces artistes:

 — les œuvres présentées sont toutes peintes au mur : elles n’ont donc fait l’objet d’aucun emballage ou suremballage ni en papier ni plastique ni en bois. Elles n’ont pas été non plus transportées dans des camions climatisés consommant du diesel et diffusant dans l’air des particules fines et éventuellement toxiques.

 — les œuvres présentées ne sont pas des objets : il n’est pas possible de les détacher de leur support pour les transporter vers un lieu de conservation à l’abri des malfrats en attendant leur hypothétique valorisation. Comme ce ne sont pas des objets, il n’a pas été nécessaire de les faire couvrir par un contrat d’assurance. Ainsi, l’exposition ne participe pas à la création de monnaie à laquelle invitent le crédit et la spéculation. Elle ne permet pas non plus que les œuvres puissent être utilisées à des fins financières.

 — les œuvres qui composent l’exposition ont toutes été peintes au mur, par des mains habiles, attentives et expertes. Elles sont toutes rendues possibles par la main d’œuvre et précisément dans cet ordre là : des mains au service des œuvres.

Ces œuvres sont donc l’expérience de leur réalisation, et la réalisation est le fait de personnes, employées pour leur savoir-faire. Ces œuvres ont été réalisées par des travailleurs qui voient dans cette activité un support possible à l’exercice de l’imaginaire.

 — ces œuvres sont toutes programmatiques : c’est-à-dire qu’elles reposent sur un énoncé transmissible, qu’il est possible pour le visiteur d’interpréter et de s’approprier. Je ne crois pas qu’elles dissipent l’identité artistique de leurs auteurs, mais je pense volontiers qu’elles peuvent inciter le visiteur à en devenir un.

Ce sont ces arguments qui font la démonstration d’un rapport objectif entre ces œuvres et certaines des problématiques qui animent notre société.

Si j’ai demandé à ces quatre artistes-là de me confier certaines de leurs œuvres en vue de réaliser cette exposition, c’est parce que j’entretiens avec eux et leur travail des relations de long terme, demeurant attentif à la singularité de chacune des démarches et à la détermination avec laquelle ils la soutiennent. Je pense les expositions comme des occasions de travail pour et avec les artistes, comme l’occasion aussi d’entretenir le fil d’une conversation qui n’a rien de ponctuel et qui repose sur le respect mutuel de la liberté individuelle d’expression. Je prends les artistes pour des auteurs, et il arrive que leurs propositions m’intéressent au point que je veuille contribuer à les partager, à les défendre, à en débattre aussi.

Sylvain Sorgato