Zineb Sedira — Pavillon français — Biennale de Venise 2022

Exhibition

Mixed media

Zineb Sedira
Pavillon français — Biennale de Venise 2022

Ends in 5 months: April 23 → November 27, 2022

Zineb Sedira présente au Pavillon français de la Biennale de Venise 2022 un projet porté selon ses propres mots par l’amitié et les échanges fréquents avec les trois commissaires Yasmina Reggad, Sam Bardaouil et Till Fellrath.

Au-delà de recherches solitaires long cours, le travail de Zineb Sedira s’établit toujours dans l’échange, le dialogue et la transmission, que l’on en constaté la présence ou qu’elle se manifeste justement par son subtil effacement. Avec générosité et curiosité, l’artiste met en avant autant qu’elle se nourrit de pensées, d’affects et de perceptions qui mobilisent les siennes et tisse en leur sein un réseau de rencontres qui vise à élargir notre propre champ de vision. Rien d’étonnant alors que son projet porté à la biennale de Venise articule non seulement différents modes de création (cinéma, photographie, recherche, ateliers, littérature avec un journal en plusieurs volumes édités pour l’occasion) mais aussi les patrimoines culturels de trois pays, l’Italie, l’Algérie et la France pour dessiner une ligne qui figure la correspondance et l’incidence des cultures.

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Zineb Sedira, Les rêves n’ont pas de titre — Pavillon français Biennale de Venise 2022 — Institut français © Thierry Bal

Constituée d’un film nourri d’une véritable tradition cinématographique, l’exposition Les rêves n’ont pas de titre élude l’encadrement du thème unique pour inviter à une rencontre éthérée et, partant, d’autant plus sensible, avec le travail même de création. La coproduction italo-algérienne, sujet principal de ses recherches cinématographiques ici devient l’analogie par laquelle s’entrevoit l’infusion, la rencontre et la multiplication des points d’accroche entre langages culturels. Qui produit, qui raconte, quelle langue se fond en l’autre, quelle idée force s’émancipe pour maintenir et alimenter une réflexion à venir ? Autant d’enjeux propres à l’exploration de Sedira, elle-même devenue objet d’exposition.

Ce désir de cinéma, cet écho ouvert la Mostra, cœur battant d’une certaine idée de ce médium, est également une manière d’évoquer son propre parcours, cette passion d’enfance qui anime son goût de la narration, de l’aventure et du reflet de la réalité à la surface d’un écran qui devient le vecteur d’histoires d’autres que, depuis sa première jeunesse, elle dévore avec assiduité. Par le désir et s’y remettant totalement donc, l’artiste tente de faire vivre l’objet cinéma comme “topos” affectif, cercle au sein duquel se lisent une multitude d’histoires sentimentales unies par le même aimant.

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Zineb Sedira, Les rêves n’ont pas de titre — Pavillon français Biennale de Venise 2022 — Institut français © Thierry Bal

L’installation, déploie deux paysages en miroir, la salle de cinéma et le salon, le commun et l’intime qui sont autant de facettes nécessaires à l’expérience, à la fermentation de l’idée. Dans l’expérience du voir (le strapontin), dans la temporalité du faire (le studio de production), dans la confrontation ensuite du dire, dans l’échange au sein de son espace (le salon), l’opposition mène à la sédimentation. Celle-là même qui fait de chaque boîte de bobine la pièce interchangeable et néanmoins nécessaire de structures solides ornementales et fonctionnelles, jouant à leur tour sur la promesse d’intérieurs à découvrir.

En soulignant précisément la question de la différence dans cette mise en scène qui extériorise son sentiment, Zineb Sedira met à l’épreuve la subjectivité en questionnant ses limites, en touchant les frontières plastiques de sa finitude.

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Zineb Sedira, Les rêves n’ont pas de titre — Pavillon français Biennale de Venise 2022 — Institut français © Thierry Bal

En mouvement, l’identité n’est plus seulement multiple, elle se fait fonction active et toujours en cours de définition, à l’image de la bande 16mm qui lui chère, charriant sa matière essentielle à l’appréhension du réel, renouvelant ses vertus magiques à chacun de ses passages sous un nouveau regard, le nôtre comme ceux d’autres encore à venir. Les rêves n’ont pas de titre à coup sûr car, les en parer serait déjà leur porter l’affront de les affubler d’une limite, céder à la promesse illusoire de fuir leur vertigineuse réalité, elle qui est proprement infinie.