Alain Bublex — An American Landscape II (or the American musical industrial enamels)

Exposition

Photographie, vidéo

Alain Bublex
An American Landscape II (or the American musical industrial enamels)

Encore 28 jours : 15 octobre → 20 novembre 2021

Quʼest-ce quʼun paysage américain ? La phrase suggère des espaces sauvages, dʼemblématiques merveilles naturelles, et de charmantes petites villes parsemées sur le territoire. Elle peut évoquer les tableaux de Thomas Cole, la Hudson River School, les photographies dʼAnsel Adams, les Westerns de John Ford, ou même les publicités Marlboro ou General Motors. Mais un film dʼaction de Sylvester Stallone dans les années 1980 ? Sans doute pas.

Pourtant, comme le démontre Alain Bublex avec An American Landscape II First Blood, la toile de fond du premier film sur John Rambo (1982) est un reflet, une célébration, et une perpétuation d’une certaine vision du paysage américain — vision en grande partie façonnée par lʼhistoire de lʼart.

Afin de créer An American Landscape II, Bublex a redessiné des scènes de First Blood, recréant fidèlement mouvements et transitions, tout en éliminant minutieusement toute présence humaine. En retirant les acteurs de ce film d’action par excellence, Bublex permet au décor d’engloutir le format écran large Panavision et de devenir le véritable héros américain du film. L’animation de quarante minutes alterne entre majestueuses montagnes enneigées, archétype de rue principale, cabanes de bord de lac ornées de linge suspendu, et routes de terre sinuant au travers des forêts de bouleaux. Une bande-son originale, composée de chants d’oiseaux et de bruissements de feuilles, accentue le drame inhérent au paysage lui-même — successivement idyllique, nostalgique, et menaçant dans toute sa splendeur.

Une sélection de plans fixes tirés de An American Landscape II souligne les similitudes de composition entre certains arrière-plans de First Blood et les œuvres de peintres de paysages américains des XIXème et XXème siècles. Des perspectives spectaculaires de paysages montagneux évoquent la vaste majesté des White Mountains saisie par les peintres de la Hudson River School, tandis que des vignettes plus focalisées illustrant un petit taillis et une station essence vide évoquent les élucubrations mélancoliques de régionalistes américains tels Charles Burchfield et Edward Hopper. Des scènes nocturnes éclairées par le clignotement des néons rappellent la fascination de Robert Cottingham pour les panneaux d’affichage et les « Americana ». Même le plan le plus abstrait, tiré d’une scène du film où la lumière des réverbères vacille en raison d’une coupure généralisée, rappelle certains des tableaux nocturnes de Georgia OʼKeefe. En re-situant First Blood dans le contexte de l’histoire de l’art, Bublex souligne que la véritable merveille du paysage américain est due autant à une construction culturelle qu’aux phénomènes naturels.

Mara Hoberman