Albert Renger-Patzsch — Les Choses

Exposition

Photographie

Albert Renger-Patzsch
Les Choses

Encore 2 mois : 17 octobre 2017 → 21 janvier 2018

Indépendamment du rôle qu’il joua dans la Nouvelle Objectivité — mouvement artistique apparu en Allemagne au début des années 1920 –, Albert Renger-Patzsch (1897-1966) est aujourd’hui considéré comme l’une des figures les plus importantes et les plus influentes de l’histoire de la photographie du XXe siècle.
L’exposition rend hommage à ce photographe hors norme et permet de redécouvrir la postérité d’une œuvre qui nous invite à réfléchir sur la nature de la photographie et sur son potentiel artistique et spéculatif dans le contexte de l’art et de la culture contemporaine.

D’une simplicité et d’une originalité extrêmes, la photographie de Renger-Patzsch a ceci de particulier qu’elle repose sur un style documentaire privilégiant la sobriété et l’immédiateté du réalisme, qui, pour lui, sont des caractéristiques fondamentales de la représentation photographique. Autrement dit, son œuvre témoigne d’une approche technique et formelle rigoureuse, dans laquelle l’appareil photo n’intervient que pour intensifier notre vision et notre conscience de la réalité. Chez Renger-Patzsch, ce principe explique la démarche qu’il adopte mais, surtout, il justifie l’identité esthétique et conceptuelle de sa photographie en lui permettant de se distinguer nettement de l’héritage du pictorialisme et de l’expérimentalisme hybride qui caractérise les avant-gardes du début du XXe siècle.

Dans sa photographie et dans les divers textes où il développe ses idées, Renger-Patzsch montre sa détermination à exploiter les qualités intrinsèques du médium photographique. Il définit son objectif en ces termes : « utiliser des moyens photographiques pour créer une photographie qui existe par sa nature même de photographie ». Ailleurs, il écrit que « les yeux ne sont pas isolés de leur perception du monde. Au contraire, ils font partie de nos sens et, reliés au cerveau, ils nous permettent de connaître la chaleur, le froid, le vent, le bruit et les odeurs, et de construire rapidement une image remarquablement compactée du monde, dont la plasticité et la densité dépendent aussi de nos états émotionnels. La photographie réduit le monde en couleur à un rectangle en noir et blanc. Et logiquement, dans la mesure où c’est le moins prétentieux des moyens d’expression artistique, elle exige un goût rigoureux et une aptitude à l’abstraction, à l’imagination et à la concentration ».

Ces propos montrent, au-delà de l’exceptionnelle qualité de son travail et de sa pensée, combien Renger-Patzsch se distingue par sa manière de concevoir la photographie documentaire et d’en étendre l’horizon et la portée. Pour lui, les qualités descriptives et objectives de la photographie se combinent à des capacités esthétiques, poétiques et phénoménologiques qui contribuent à les exprimer.

Cette rétrospective dresse un panorama des grands thèmes, moments et genres qui ont marqué la production photographique de Renger-Patzsch ; elle se divise en trois périodes qui ont été fondamentales dans le déroulement de sa carrière : ses débuts, où il photographie des plantes pour les éditeurs Folkwang/Auriga, jusqu’à la profusion thématique et à l’éclectisme qui jouent un rôle décisif dans l’élaboration de son livre Die Welt ist schön (Le monde est beau), paru en 1928 ; la période qui suit son installation à Essen, marquée par une intense créativité dans la région de la Ruhr et qui porte notamment sur des sujets associés à des lieux, des bâtiments et des objets industriels ; enfin, après la Seconde Guerre mondiale, l’intérêt nouveau qu’il se découvre pour la nature et les paysages, et en particulier pour les arbres et les rochers.

Réunissant près de 154 clichés, cette rétrospective est l’une des plus importantes consacrées à Renger-Patzsch à ce jour, et certainement celle qui rassemble le plus d’œuvres provenant de collections institutionnelles ou privées : Collection Ann und Jürgen Wilde / Pinakothek der Moderne München (Munich), Folkwang Museum (Essen), Ludwig Museum (Cologne), Galerie Berinson (Berlin) et Centre Pompidou (Paris).

Commissaire : Sérgio Mah, professeur à l’Universidad NOVA, Lisbonne