Cameron Jamie — Exposition personnelle

Exposition

Céramique, sculpture

Cameron Jamie
Exposition personnelle

Passé : 3 → 26 mai 2018

Kamel Mennour présente l’exposition inaugurale de Cameron Jamie à la galerie. L’artiste californien présente à cette occasion un ensemble d’œuvres en céramique, témoignant d’un renouvellement de son travail graphique et plastique au moyen de l’argile.

Travaillant la vidéo, la photographie, la performance aussi bien que la sculpture et le dessin, Cameron Jamie s’impose depuis une trentaine d’années comme un artiste majeur de la scène internationale. Sa démarche, souvent comparée à l’anthropologie, enrichie d’emprunts et de collaborations, n’a eu de cesse d’élargir la notion d’identité, en révélant les résurgences du fantastique et du mythe dans la vie quotidienne et la culture populaire. Explorant les phénomènes de ritualisation de cultures marginales ou underground, il déconstruit les processus de normalisation. Son travail récent semble pourtant s’inscrire en dissidence avec le rôle de documentariste amateur des arrière-cours et des cultures urbaines qu’on lui a assigné.

Si l’on a souvent éclairé son travail par son contexte biographique (la perte de sens et le désespoir nés d’une vie normée dans les banlieues stériles de la Californie du sud), il s’en affranchit par une réflexion plus large sur les conditions de la vie dans une société du spectacle généralisée. Comme un antidote à la massification culturelle, il développe une cosmogonie intime qui transcende la mort du sujet, et sublime les expressions qui découlent de formes d’expression soi-disant minoritaires.

Depuis quelques années Cameron Jamie a réinvesti la céramique, sa pratique de formation, qu’il travaille par additions et effacements successifs. Il dessine sur des plaques lisses d’argile fraîche, utilisant ses mains, ses doigts ou encore une aiguille, opérant par grandes incisions, griffures ou pointillés qu’il s’empresse de gratter ou de lisser, pour recommencer. Les couleurs vives, souvent acides et très contrastées, se superposent grâce à des cuissons successives qui chaque fois les mettent en péril, et leur confèrent une saturation chromatique presque vibratoire.

Sur ces céramiques, l’iconographie figurant l’intérieur et l’extérieur du corps, issue des premiers dessins automatiques de Cameron Jamie, véritables matrices de son travail, (crânes, viscères et organes) a fait place à des signes plus déliés et aériens. De ces cartes mentales, émerge souvent le motif d’une fleur ; les rinceaux et autres lignes fluides suggérant une tête coiffant un corps gracile. Pour Cameron Jamie, la fleur est celle de Georges Bataille, une forme idéalisée et donc trompeuse, support de projection symbolique de l’idée de beauté, pourtant née du fumier.

Image de l’impermanence et de la fragilité, elle peut se comprendre aussi comme un corps vacillant. À l’instar de sa précédente iconographie, du masque de lutteur aux deux faces, internes et externes du visage, ses alter-egos figuratifs sont toujours des figures en suspens, des supports de représentations génériques qui permettent de fixer un état temporaire de désinhibition.

L’espace, savamment chorégraphié, est investi en son centre de grandes sculptures en céramique ; entre totems et monticules, ces formes organiques matérialisent à leur tour l’idée de l’informe. Elles ont parfois une surface lisse, ou au contraire portent l’empreinte d’un corps-à-corps éreintant entre l’artiste et cette présence vaguement anthropomorphique, coiffée d’un profil à bec d’oiseau. Projection d’un moi intérieur, l’animal est ici une autre variante de son effort de défiguration.

Une des sculptures a été coupée en deux verticalement pour en révéler l’intérieur, comme on casse une améthyste. Par un geste de chirurgien, l’artiste révèle des anfractuosités, des sortes de cavernes intérieures : l’architecture d’une intériorité. Rappelant les concrétions de matière des ablutions rituelles sur les boli africains, ici la surabondance de la matière colorée, obtenue par cuissons successives, fait émerger un sentiment de profondeur et de mystère en parcourant les formes de cette figure caverneuse congelée. En vrai sculpteur, Cameron Jamie masse la terre comme il malaxe l’histoire dans un cycle continu de construction et de destruction. La création au sens large est un exact produit de ces forces psychiques contradictoires.

Entre lâcher prise et contrôle, figuration et abstraction, Cameron Jamie formule un équilibre précaire entre la sublimation d’une intériorité et la sérialité de l’art conceptuel. En inscrivant ses œuvres dans une temporalité faite d’instants successifs, qui marquent son lien avec le cinéma, et dans la plasticité de la terre, il permet une conception élargie du dessin comme médium ancré dans le temps et l’espace.

Axelle Blanc

06 St Germain Zoom in 06 St Germain Zoom out

47, rue Saint-André des arts
6, rue du Pont de Lodi

75006 Paris

T. 01 56 24 03 63 — F. 01 40 46 80 20

www.kamelmennour.com

Odéon
Saint-Michel

Horaires

Du mardi au samedi de 11h à 19h

L’artiste

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