Choi Myoung Young

Exposition

Peinture

Choi Myoung Young

Passé : 7 septembre → 7 octobre 2023

La gouvernance monotone, ses infinies variations : l’univers artistique de Choi Myoung Young

La « peinture moderniste coréenne » ou le « Dansaekhwa (Peinture monochrome) » occupe une position clé dans l’histoire de l’art contemporain du pays. Choi Myoung Young est, à ce titre, l’un des grands artistes qu’il ne faut pas manquer de mentionner dans le contexte du modernisme coréen. Né en 1941 à Haeju, province de Hwanghae (actuellement située en Corée du Nord), il migre au sud pendant la guerre de Corée et passe son enfance à Gunsan puis Incheon. En 1957, Choi Myoung Young reçoit une formation artistique auprès de Chung Sanghwa à l’École normale nationale d’Incheon. En 1960, il entre au département de peinture de l’université Hongik, où il développe ses bases en tant qu’artiste grâce aux cours pratiques donnés par Han Mook, Lee Bongsang, Lee Kyu-sang et Kim Whanki, et aux cours théoriques de Lee Kyung-sung (histoire de l’art occidental), Choi Soon Woo (histoire de l’art coréen), Cho Yohan (esthétique) et Rhi Ki-yong (philosophie bouddhiste). Leurs conseils sur l’attitude à adopter en tant qu’artiste, en particulier ceux de Lee Kyu-sang et de Kim Whanki, lui permettront de poser les jalons de son orientation artistique. Ses rencontres académiques avec des artistes capables de discuter des liens entre les courants du modernisme coréen joueront également un rôle majeur dans la formation de son univers créatif.

Après l’obtention de son diplôme universitaire en 1964 et jusqu’à la fin des années 60, Choi Myoung Young entre sur la scène artistique en tant que jeune artiste, participant à l’Origin Painting Association (1963-1993), à l’Association de l’Avant-Garde en Corée (AG, 1970-1973), à l’École de Séoul (1975-1999), à la Biennale de Paris (1967) et à la Biennale de Sao Paulo (1969). Au début des années 1970, avec les collectifs artistiques tels que l’AG et l’École de Séoul, et à travers les discussions portant sur le courant « Dansaekwha », Choi Myoung Young forme sa pensée et développe un contexte théorique pour son travail. Il qualifie sa pratique créative ainsi : « La gouvernance de l’action (déploiement de conditions) est le prérequis fondamental pour entrer en contact avec (réagir à) des matériaux (médium) donnés. » Il vise en ce sens à « révéler l’essence du plan en tant que condition absolue permettant une infiltration mutuelle, la dissolution et l’émergence d’une présence transparente dans l’espace vide ».

À partir du milieu des années 1970, Choi Myoung Young continue d’explorer la relation entre la surface de la toile et la texture des pigments par l’intermédiaire du corps sous le thème de «Condition de planéité», cherchant à saisir l’essence de la peinture par la répétition et la variation d’actions physiques sur une surface plane. C’est à cette époque que l’artiste développe des techniques basées sur le papier de verre et les empreintes digitales : il fait disparaître la texture de la surface comme si elle s’imprégnait dans le plan en ponçant à maintes reprises la surface colorée à l’aide de papier de verre, ou bien il frotte de ses doigts les pigments sur la surface de la toile. À la fin des années 1970, l’artiste organise principalement son travail en termes de « Condition de planéité ». Parallèlement, son exploration des modes de production et des méthodologies de composition de plan ne cesse d’accumuler au fil du temps des évolutions et des diversifications. Le travail au rouleau en est un exemple : il construit un plan en étendant plusieurs dizaines de fois les pigments sur la surface au moyen du rouleau afin de créer un amoncellement. Au début des années 1980, il poursuit sa pratique artistique autour de la surface de la peinture, explorant diverses méthodes de création telles que la pénétration de l’encre sur le hanji (papier traditionnel coréen fabriqué à partir d’écorce de mûrier) ou la gravure au poinçon, afin d’encourager la sensation tactile.

Du milieu des années 1980 aux années 1990, l’artiste va déployer un procédé de « répétition des lignes verticales et horizontales » permettant de consolider son style de production. D’après l’artiste, son travail consiste à « explorer l’horizon existentiel de la naissance et de l’extinction à travers la montée et la descente répétées de la verticale (trame, histoire) et de l’horizontale (chaîne, réalité) ». Dans les années 2010, Choi Myoung Young poursuit son exploration de la méthodologie dans son procédé créatif. En 2014 il présente des dessins sur du papier quadrillé en remplissant successivement les pigments sur la surface unitaire de papier au moyen de ses doigts ; et depuis 2015, il tente de travailler la surface de la toile dans une dimension visant à « représenter l’existence picturale d’une immobilité contenant le mouvement, par l’union chimique de la matière et de l’esprit à travers la sélection et la répétition ».

Choi Myung Young utilise souvent l’expression « monotonie » pour décrire son travail. Le travail de création d’une surface, composée de manière homogène, par des actions répétitives sur une toile carrée vide est pour lui un acte de compréhension de l’existence quotidienne. De ce fait, la « monotonie » de l’artiste est à la fois une condition et une attitude qui crée des différences infinies où rien n’est pareil. Les matériaux et les actions qui naissent ou s’anéantissent sur la surface de la toile permettent d’étendre les frontières. Le fond défini par la toile n’est plus une division qui clôt la frontière entre l’art et la vie de tous les jours. Comme l’esprit et le corps ne sont plus objet de division, la condition de planéité est désormais un « champ » existentiel pour un espace infini que l’artiste rapièce et fait couler à travers ses actions répétitives. L’univers artistique de Choi Myoung Young se définit donc par une « gouvernance de la monotonie », soit une variation à l’infini qui s’écoule sans interruption.

Kim Hyoungmi, Curatrice du Musée National d’Art Moderne et Contemporain (MMCA, Corée)

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