Christine Crozat — Se rencontrer

Exposition

Dessin, sculpture, techniques mixtes

Christine Crozat
Se rencontrer

Passé : 5 mai → 13 juillet 2018

Christine Crozat — In Absentia

La Galerie Éric Mouchet présente Se rencontrer, la première exposition personnelle de Christine Crozat en ses murs. Cette nouvelle collaboration est l’occasion de nous plonger dans une dimension méconnue de son travail par la présentation d’une série de dessins en miroir de son travail de sculpture.

De fait, on pourrait s’étonner de la place que prend aujourd’hui le dessin dans l’œuvre de Christine Crozat. Les grands formats, patiemment striés de lignes ou parsemés de traits nous conduiraient à voir d’abord dans cette approche une pratique nuancée par comparaison avec les aventures colorées de certaines de ses sculptures ou de ses travaux vidéo. En réalité, les jeux du noir et du blanc et le travail de calques retrouvent certains paradoxes qui jalonnent son parcours.

L’exposition Se rencontrer est construite autour de trois ensembles principaux. L’artiste présente, en introduction, une série de dessins aux murs de la première salle qui regroupe les nouvelles productions de 2017/2018, notamment la série Dans les champs et les Paysages. Le deuxième ensemble est constitué d’une série de sculptures en verre et en résine posées sur socle ayant toutes trait au pied ou à la marche. Enfin, le dernier ensemble majeur de l’exposition regroupe les séries de travaux Hommage à ceux qui ont perdu leurs jambes et les Autoportraits à la fleur fragile, pièces réalisées entre 2014 et 2016.

Le dessin pour l’artiste s’impose de toute évidence comme une pratique quotidienne, absorbant le temps du travail et semblant rythmer des journées d’atelier. On aurait envie d’y voir un labeur d’ascète ou une entreprise contemplative. De fait, à côté du plaisir sensible de la couleur, le travail au crayon insiste sur l’autre aspect fondamental de l’œuvre de Crozat, celui de démarches répétées et sérielles qui s’incarnaient déjà par les autres médiums dont elle s’est saisie. Autre récurrence dans sa démarche artistique avec la disparition, ou du moins un travail d’omission et de contournement du motif, comme pour mieux le représenter in absentia. Le dessin, dans ses conditions, se fait une surface d’enregistrement ténue et persistante et, à son tour, une autre façon de montrer et de révéler l’ellipse.

Il y a une forme d’évidence lorsque l’on aborde ses travaux de se figurer cette absence. Si cette dimension du travail de l’artiste a déjà été à plusieurs reprises évoquée et discutée, les récentes évolutions de son trait et de sa démarche tendent à confirmer ce tropisme d’une forme « en creux ». Comme le souligne Pierre Wat, sa démarche vient se situer dans ce lien dynamique qui lie le sujet et sa disparition :

« L’artiste n’imite pas, elle tente de donner forme à un souvenir. (…) Tout l’art de Christine Crozat réside dans cette tension, qui est le jeu même de la mémoire, entre désir de conservation et acceptation de la perte. »

Pierre Wat

En effet, le travail de Christine Crozat se construit d’abord dans cette fragilité exprimée par le masquage et l’oblitération du motif déjà évoquée. Il s’agit par cette injonction de contraindre à regarder avec attention là où la matière a été retirée. Un effacement également sensible à l’aune de sa pratique des calques, notamment dans la récente série des Paysages construite à partir de superposition de feuilles transparentes. À cette fragilité semble répondre sous la plume de Michèle Moutashar la sensation d’une absence trompeuse sur le matériau, « Dents, sandales, empreintes, vertèbres… tous les objets de l’exposition (Arles, Musée Réattu 2002 Ndr) apparaîtront ainsi étrangement fluides, réversibles, et luisants. (…) De ce corps à corps singulier, où la question n’est pas de mouler mais d’extraire, où l’empreinte n’est jamais qu’un des processus de l’essence, l’utilisation du papier donne un gage supplémentaire. »

L’une des occasions récentes de (re)découvrir le travail de Christine Crozat est le nouvel accrochage des collections permanentes du Musée Réattu à Arles avec l’exposition 150 ans d’art au Réattu. La présentation d’une série de travaux historiques de l’artiste en dialogue avec les pièces de la collection arlésienne donne une possibilité singulière d’en explorer la cohérence de composition et de sujet qui s’élabore à travers le temps. Cette présentation met nouvellement en perspective la radicale vision de l’artiste de ce qui « reste », de l’impression en creux d’un « passage » et de sa forme auratique au sens développé par Walter Benjamin dans ses analyses esthétiques. En effet, si l’on prend à la lettre l’aphorisme de Benjamin sur la trace et l’aura, il nous invite à penser l’acte de création au regard de l’« apparition d’une proximité » spécifique à l’époque, qui rend nécessaire de poursuivre, dans le négatif du projet, la trace sur laquelle les arts visuels tentent à nouveau de s’emparer de l’évènement et de l’expérience, eux-mêmes de plus en plus imperceptibles dans le monde réellement vécu. Nous en revenons ainsi à une injonction qui s’entend tout autant comme une interrogation : se rencontrer.

Cette apparente proximité construite dans le négatif des œuvres de Christine Crozat est omniprésente. On peut la ressentir dans les Dérives autour d’une jambe ou les Autoportraits à la fleur fragile qui semblent directement s’en faire l’écho. Travaillant par constance, les œuvres récentes de Christine Crozat présentées dans l’exposition offrent une nouvelle perspective au travail mémoriel que l’artiste mène sur « ce qui s’est enfui », comme elle pouvait l’exprimer de manière radicale à travers un paysage traversé par le TGV au début des années 1990. La permanence de l’absence face au corps et ses empreintes, ses moulages ou le simple découpage de sa forme dans ces travaux nous indique aussi la survivance d’un des usages du dessin tel que présenté par Pline l’Ancien. Il s’agit de l’histoire de Dibutadès, fille du potier de Sicyone, qui souhaite immortaliser les traits du visage de son prétendant au fusain. Au moment où celui-ci se dessine, le corps de l’amant s’est déjà retiré.

Léo Guy-Denarcy
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