Compulsory Figures — Une performance imaginée par Xavier Veilhan

Exposition

Danse, performance

Compulsory Figures
Une performance imaginée par Xavier Veilhan

Passé : 17 → 22 décembre 2019

Xavier veilhan la villette 12 1 grid Xavier Veilhan — La Villette La Villette présente, à partir du 17 décembre le spectacle de Xavier Veilhan, Compulsory Figures, développé en résidence (et présenté début décembre) aux Subsistances de Lyon. En association avec le chorégraphe, danseur et patineur Stephen Thompson, l’artiste explore un champ nouveau de la création qui, s’il promet une expérience sensible et sensorielle poussée, n’est pas dénué d’enjeux conceptuels pertinents.
« Compulsory Figures » est une performance imaginée par l’artiste Xavier Veilhan pour Stephen Thompson, danseur et patineur canadien.

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Les « Compulsory figures » (figures imposées) faisaient autrefois partie du patinage artistique. Graver à la perfection des tracés spécifiques dans la glace était le premier objectif de ce sport. A la fin des années 90, la diffusion massive des compétitions à la télévision signa la fin de cette discipline: pas assez spectaculaire et donc décevante aux yeux des téléspectateurs.

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Depuis plusieurs années, un pan du travail de Xavier Veilhan consiste à créer des dispositifs qui accueillent le geste d’artistes issus de différents horizons. Après l’emblématique Studio Venezia proposé au Pavillon français à la Biennale de Venise 2017, qui a reçu plus de cent cinquante musiciens durant les sept mois de la manifestation, et, dans le sillage de Systema Occam créé en 2014, Compulsory Figures s’articule aujourd’hui autour d’un dialogue entre l’artiste Xavier Veilhan et le patineur/performeur Stephen Thompson. Fasciné par sa pratique des figures imposées, Xavier Veilhan imagine aujourd’hui un espace et un temps qui permettent de réactiver cette discipline — désormais disparue des olympiades — et de construire un environnement visuel qui offre aux spectateurs une immersion hypnotique dans cet univers à la recherche d’une ligne, d’une trajectoire parfaites.

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Des costumes sculptures

Cette performance se compose de différents tableaux, au cours desquels le statut de l’image évolue pour entremêler progressivement les figures produites par les deux artistes et aboutir à une quasi fusion des deux gestes ; elle se propose comme une forme évolutive prenant en compte la spécificité de chacune des lieux où elle sera jouée.

Images, danse, dessin à vue, se combinent in-situ. Entre citations et ready-made des tableaux se succèdent, illuminés par les écrans : des pendules tournent, des objets glissent, des costumes se transforment en sculptures, des dessins surgissent, une chorale apparaît, des mécanismes se déclenchent, des cercles s’inscrivent dans la glace… Les dessins réalisés en live par Xavier Veilhan répondent aux dessins du patineur, les images d’archives côtoient les images réalisées par l’artiste, le dispositif live de Pierre Nouvel permet aux spectateurs d’approcher en direct les figures réalisées et, tels les juges olympiques d’avant, d’en évaluer la qualité, la précision, la beauté.

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Des costumes sculptures

La performance est composée de 7 séquences, dans lesquelles l’image joue à chaque fois une partition différente : diffusion d’images d’archives de compétitions de patinage de figures imposées, diffusion en temps réel des dessins réalisés par Xavier Veilhan, citations de films de fiction ou documentaire illustrant la notion d’apesanteur horizontale évoquée par Xavier Veilhan, rediffusions en temps réel de la performance de multiples points de vue, images générées en temps réel à partir des déplacements du patineur.

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« A l’origine de cette création, il y a une fascination enfantine pour les pratiques de glisse sur glace. Ce qui m’attire toujours aujourd’hui, c’est l’apesanteur horizontale que seule peut produire la glace. Quand Stephen Thompson chausse ses patins, il ne semble plus soumis aux lois physiques du commun des mortels. Son niveau de patinage et sa présence athlétique sur la glace métamorphosent instantanément l’atmosphère d’une patinoire. Comme si deux réalités parallèles entraient en collision.

Le travail que je mène actuellement vise à recréer de tels moments. Cette pièce cristallise toute ma perception du spectacle et de la fiction. Je cherche à générer une dramaturgie en sourdine qui puisse de temps à autre faire advenir des saisissements, des pics d’affirmation de spectacle, comme des reliefs sur lesquels peuvent s’accrocher différents affects. Je fabrique du spectacle sans aucune pression dramatique. Mes références s’ancrent davantage du côté du paysage et de la promenade. Autrement dit, il ne se passe rien. Quand un personnage rentre dans le champ tout devient possible. Stephen Thompson pourrait patiner sans que personne ne soit là pour le regarder. Du moins il s’emploie à agir de cette manière en accomplissant des Compulsory Figures qui finissent par produire du spectacle dans les marges du spectaculaire. Ce que j’aime aussi dans les spectacles, c’est quand une trame et une structure sont au service de ce qui va pouvoir venir d’ailleurs. Pour moi, créer un spectacle consiste à ordonnancer le réel pour accueillir de l’inadvertance et faire en sorte que chacun s’en empare. Dans cet esprit, la glace de la patinoire est comme une page blanche. La patinoire que nous imaginons pour ce spectacle est un espace ouvert voué à fonctionner de façon autonome. Chacun peut se déplacer et interagir avec l’environnement proposé. J’ai envie de rester relativement flou au sujet de l’engagement qui sera requis de la part du public le temps du spectacle. Ce qui compte, c’est la qualité des interférences entre ce qui est prévu et ce qui ne l’est pas en maintenant toujours un effet de porosité avec la vie qui nous entoure.

En patinage sur glace, les Compulsory Figures représentent une manière de dessiner qui utilise pleinement un espace disponible, certes avec des patins aux pieds et sur une surface glacée. Il s’agit d’une sorte de danse-dessin qui se déploie de façon hypergéométrique. Le patineur réalise avec les mouvements de son corps un dessin industriel dont la quête de perfection va paradoxalement à l’encontre de l’organique. Le spectacle met en scène cette part mécanique de la création dans un ensemble qui intègre également la machinerie nécessaire à l’entretien de la glace. Un dessin offre toujours plus que lui-même : il donne accès au hors-champs qui l’a vu naître. C’est ce que fait apparaître de façon métaphorique la constellation de motifs que créent les déplacements millimétrés de Stephen Thompson sur la glace. Les sillons qu’il creuse reproduisent des formes qui traversent toute l’histoire de l’art. Cette tentative d’épuisement des figures géométriques rejoint mon propre processus créatif : des phases de dessins compulsifs tracent un chemin entre l’idée et sa réalisation. Mon atelier génère ensuite des formes qui s’incarnent dans une sculpture, un mobile, une peinture, un dessin, un collage, un film, un spectacle. Le dessin se révèle toujours comme une prémonition tournée vers l’œuvre à venir.»

Xavier Veilhan, propos receuillis le 20/09/18 par Stéphane Malfettes

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