Daïchi Mori & Nieto — Engloutir l’Univers, excrémenter une fourmi

Exposition

Dessin, edition, estampe, installations...

Daïchi Mori & Nieto
Engloutir l’Univers, excrémenter une fourmi

Encore 28 jours : 22 novembre 2018 → 12 janvier 2019

La Galerie Da-End présente pour la toute première fois au monde le travail de l’artiste japonais Daīchi Mori (大一 森), à l’occasion d’une exposition collaborative avec le vidéaste franco-colombien Nieto (1979-).

Daīchi Mori est un dessinateur autodidacte à la biographie pour le moins elliptique. C’est au cours d’un récent voyage dans l’archipel nippon que Nieto a eu vent du talent subversif de cet artiste farouche qui produit en secret une œuvre picturale aussi ambitieuse que déconcertante. Grâce au concours de la grand-mère de Mori, Nieto se voit confier plusieurs œuvres originales de ce dernier en vue de les exposer en France.

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Nieto, Mille reflets de mon visage dans la prunelle d’une mouche, 2018 Sérigraphie sur papier — 100 × 70 cm Courtesy de l’artiste & la Galerie Da-End

Ebloui par la qualité de ce legs, il propose alors de réaliser le portrait de l’artiste sous la forme d’un court documentaire. Ce reportage hors normes, tourné non sans mal, sera ici projeté en avant-première.

Outre les données personnelles éclairant le parcours de ce personnage singulier, c’est avant tout la richesse de son grand œuvre graphique dont il sera question : ‘‘Engloutir l’Univers, excrémenter une fourmi’’ est un manga fleuve de type emaki (rouleau peint à la narration horizontale) auquel Mori se consacre depuis de nombreuses années.

L’épopée grand-guignolesque relate les aventures d’un jeune enfant perdu dans les jungles profondes de Mandchourie au début des années 1930. Sa présence soudaine engendre une complète anarchie dans le monde primitif jusqu’alors parfaitement organisé des animaux de la faune locale. Doté d’une saisissante beauté, l’enfant fait naître chez les singes, tigres, tamanoirs et amphibiens l’envie et le désir de possession, entre autres passions originellement humaines. Son visage, objet de toutes les convoitises, devient la cible de mutilations incessantes que Mori vient consigner dans des estampes bichromes foisonnantes de détails.

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Nieto, Monde infect, 2018 Résine, squelette de tortue, chêne, globe ancien, mini-vidéoprojecteur et prouesse électronique — L18 × H40 × P45 cm Courtesy de l’artiste & la Galerie Da-End

Ces excentricités picturales, aux motifs obsessionnels, semblent en directe filiation avec les univers fantastiques d’Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), Itō Jakuchū (1716- 1800) ou horrifiques de Kazuo Umezu (1936-) et Suehiro Maruo (1956-). S’inspirant du bestiaire folklorique japonais, Mori développe au fil de ses œuvres une cosmogonie dédaléenne et anticonformiste à laquelle Nieto vient adjoindre tout son propre savoirfaire en matière de scénographie et d’animation vidéo.

Tour à tour réalisateur, plasticien, metteur en scène aguerri aux immersions fictionnelles, Nieto apporte ici à l’univers de Mori une ampleur sans pareil. Usant avec brio de projections, procédés holographiques et autres artifices scéniques, il vient en démiurge donner vie aux images acides du dessinateur. Son oeil unique met en lumière ce qui aurait pu, sans son concours, demeurer au-delà de notre entendement, enfoui dans l’écheveau intriqué du scénario natif.

Confrontés sans filtre aux visions délirantes de leurs doubles fantasmagories, l’on pénètre comme pris au piège dans ce monde fascinant déployé par les deux artistes.