Éric Manigaud — La mélancolie des vaincus

Exposition

Dessin

Éric Manigaud
La mélancolie des vaincus

Encore 2 mois : 7 janvier → 5 avril 2021

Pour la première exposition d’envergure de cet artiste, le MAMC+ rassemble une soixantaine de dessins réalisés à partir de photographies d’archives, empreintes d’une mémoire collective sensible. Les sujets d’Éric Manigaud sont des épisodes historiques plus ou moins identifiés du XXe siècle : images de la Grande Guerre, portraits au cœur d’une unité psychiatrique ou de blessés d’Hiroshima, scènes de crime de la police judiciaire ou manifestations algériennes d’octobre 1961 à Paris… Une première salle dévoile partiellement les archives originales à partir desquelles sont effectués les dessins. Plaques photographiques, planches médicales et magazines figurent parmi la multiplicité des supports que l’artiste découvre lors de ses recherches. Les archives documentaires voisinent avec des dessins de matières, tout autant prémonitoires. Eau, terre, racines, en vue rapprochée, emmènent le visiteur dans un voyage au cœur de l’organique, invitant à se perdre dans les gris ouatés, la brillance du graphite, la texture du papier, le tout se confondant avec la matière représentée.

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Éric Manigaud, Éric Manigaud, Gonichi Kimura, Motifs de kimono incrustés par brûlure dans la peau, premier hôpital militaire d’Hiroshima, vers le 15 août 1945, 2019 Crayons et graphite sur trame digigraphique sur papier — 75 × 60 cm Crédit photo : Cyrille Cauvet. Courtesy galerie Sator, Paris © Adagp, Paris 2020

Dans la salle suivante surgit l’histoire du siècle dernier, faite d’anonymes. Un couple assassiné à Colombes, des femmes japonaises aux dos brûlés, des corps à terre ou les mains sur la tête, des espaces laissés vides après le drame. En reproduisant des documents photographiques aux formats agrandis, Éric Manigaud porte à l’échelle humaine des scènes difficiles à regarder, presque insoutenables. Ces images, souvent censurées ou confidentielles en leur temps, sont ici offertes dans une confrontation physique, peut-être en vue d’une acceptation.

Pour Éric Manigaud, le passage du document au dessin se fait dans l’antre noire de l’atelier, armé d’une gamme de crayons gras et de poudre graphite, effectuant des micro-hachures centimètre carré par centimètre carré grâce à la projection de l’image agrandie sur le papier.

Cette pratique « neutralise » la charge de l’image et offre un regard distancié sur les traumas du passé.

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Éric Manigaud, Madge Donohoe #13, 2015 Crayons et graphite sur trame digigraphique sur papier — 80 × 60 cm Crédit photo : Cyrille Cauvet. Courtesy galerie Sator, Paris © Adagp, Paris 2020

La fin de l’exposition propose une issue dans l’au-delà, loin d’une histoire de l’image souvent contrôlée par le pouvoir. La série « Madge Donohoe », du nom d’une médium australienne, est réalisée à partir des « scotographies » que celle-ci produisait dans les années 1930 en pressant son visage contre une plaque photographique, entrant ainsi en contact avec des opérateurs invisibles. Les dessins d’Éric Manigaud dégagent tout à coup une force libératrice, puisée dans un autre registre, celui de l’inconnu.

Les figures aperçues dans les salles précédentes, gueules cassées, regards prisonniers de la folie ou visages terrifiés par l’arrestation policière, passent alors du statut de fantômes à celui de vaincus, laissant un amer sentiment mélancolique.

Commissaire de l’exposition : Aurélie Voltz, directrice du MAMC+

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Né en 1971, Éric Manigaud vit et travaille à Saint-Étienne. Agrégé d’arts plastiques, il expose régulièrement son travail en France (Frac Haute-Normandie,Musée Louis Senlecq…) et à l’étranger (Kunstalle de Göppingen en Allemagne, Galerie d’Art Moderne de Sarajevo, Stedelijk Museum de Stad Aalst en Belgique, Academia d’Ungheria Palazzo Falconieri à Rome, Museum of Art à Mannyun-dong Seo-gu Daejeon en Corée…). Ses œuvres font partie de collections publiques et privées telles que le Frac Auvergne, le Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris, la collection Saatchi au Royaume-Uni, The SOR Rusche Collection à Oelde/Berlin, la Julian and Stephanie Grose Collection à Adélaïde ou le Landesmuseum Schloss Gottorf à Schleswig en Allemagne. Il est représenté par la galerie Sator à Paris, la Galerie C à Neuchâtel et la Fifty One Gallery à Anvers.

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Rue Fernand Léger

42270 Saint-Priest-en-Jarez

T. 04 77 79 52 52

mamc.saint-etienne.fr

Horaires

Le Musée espère rouvrir ses portes au public prochainement, en fonction des conditions sanitaires et des annonces gouvernementales. Plus d’infos à partir du 7 janvier 2021.

Tarifs

Plein tarif 6,50 € — Tarif réduit 5 €

Programme de ce lieu

L’artiste

  • Éric Manigaud