Isabelle Plat — Je t’ai dans Sa peau

Exposition

Installations, sculpture

Isabelle Plat
Je t’ai dans Sa peau

Encore 8 jours : 14 mars → 6 juin 2020

La galerie vous accueille sur rendez-vous. Merci de réserver par téléphone ou en ligne en suivant ce lien. Un créneau vous sera alors réservé pour une visite sereine, en compagnie d’une personne de l’équipe si vous le souhaitez. Des normes sanitaires strictes sont mises en place : gel hydroalcoolique, port du masque sur demande, distance de 1,50 m minimum, jauge d’un visiteur pour 20 m2.

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Après une première exposition personnelle en 2016 et un stand à ArtParis en avril 2019, dont elle a fait un antre baroque hirsute d’acier et de cheveux humains, Isabelle Plat présentera sa nouvelle exposition solo, « Je t’ai dans Sa peau » du 14 mars au 18 avril 2020 à la Galerie Eric Mouchet.

Les œuvres récentes d’Isabelle Plat soufflent un vent nouveau sur la sculpture du XXIe siècle. Son approche, a priori pratique, relève à la fois de la science (épistémologie), du savoir-faire (artisanat et post medium) et d’une écologie (relations féminin/masculin/animal).

De ses premières sculptures qui déjà incluaient la torsion et le corps déstabilisé du spectateur, au Bœuf écorché de 2020, une pensée de la surface s’est construite qui ne se limite plus à la superficie en deux dimensions ou simplement à la face extérieure d’un corps. Le travail de sculptrice d’Isabelle Plat considère toute l’étendue de contact des matières comme une membrane.

D’emblée le « comment c’est fait » s’impose !
Retournés comme un gant, le pantalon, le manteau, la chemise et même l’appareil génital féminin/masculin (Intimité réversible), de contenants, deviennent contenus. Leur matière additionnée de l’intérieur d’un maillage souple de cheveu, de crin de bœuf et de résine, pétris avec des solvants, de l’apprêt et de l’enduit, mêlés de tissu cousu troué recousu et même peint, fait tenir tout l’ensemble.

Masculin / Féminin
Un manteau d’homme Burberry (Darcey vous offre son Burberry) renvoie à un statut social ; son doublage avec une chemise de nuit pour dame bon marché à petites fleurs détonne. L’intrusion du trivial dans l’élégant relève certes de la lutte des classes mais pointe surtout une rupture des codes, une transgression de la ligne de partage : celle qui sépare les sexes, les genres artistiques, l’intime et l’extime… Les costumes d’hommes sont littéralement fourrés par des habits de femmes. Simplement, de l’intérieur, avec une discrétion acérée, Isabelle Plat profane les conventions.

Baroque dé-peaucé
Deux grandes caractéristiques du baroque sont synthétisées dans les sculptures d’Isabelle Plat : recherche du mouvement, et proximité du vernaculaire dans l’expression du sublime ; tel intérieur rouge sanguinolent donne au grand manteau noir en laine (Derviche Tourneur) un aspect de peau fraîchement écorchée dont les gouttes de résine écarlate semblent s’élever plutôt que dégouliner. De la peinture en extase ? On pense aux fils rouges de la Dentelière de Vermeer qui symbolisent le sang des menstrues et dont toute ouvrière marquait son ouvrage blanc le jour de son passage à l’âge de femme.
Usage baroque de dispositifs qui mettent le spectateur de plain-pied avec l’œuvre : c’est un peu du baldaquin de St Pierre de Rome qu’on trouve dans le large ruban de satin rose qui enserre les pattes du Bœuf écorché suspendu à des crochets de métal !

L’Autre dans le corps de la bête
Ce bœuf est une balançoire. Des sangles écarlates tranchent sur son intérieur crème et coulent jusque sous son assise de métal. Nous sommes ainsi invités à disposer nos corps dans celui de l’animal fantastique, chimère de vêtements et de poils animaux et à expérimenter le vertige. Celui produit par l’accomplissement d’une révolution, d’un retour sur soi passant par cet autre, que, donc, nous sommes.

Isabelle Plat rend grâce et donne grâce à cette animalité souvent répudiée. Le statut du poil, notamment le rapport au cheveu, relève du tabou dans notre culture.
Souvent la peau de bête est camouflage. On se donne des allures en projetant sur les animaux des idéaux de noblesse ou de puissance. Isabelle Plat nous invite ici à ce mimétisme primaire qui consiste à imiter pour s’approprier les qualités de l’autre.
Isabelle Plat montre la personne à qui le vêtement a appartenu et qui n’est pas là, ce qui a été rejeté (les matériaux de rebuts, les vêtements usagés, l’animalité aseptisée) mais aussi ce qui est là mais non visible (le travail manuel escamoté). Processus de mise en forme à partir de ce qui n’est pas directement visible, qui impose une réflexion politique et écologique, mais aussi sur l’usage et la destination de la sculpture.

La Sculpture d’usage
On peut s’insérer dans les sculptures d’Isabelle Plat, seul.e ou accompagné.e. Le tissu apprêté invite à recevoir d’autres corps que ceux fixés par les marques du propriétaire initial en devenant une peau réutilisable. L’artiste réalise des sculptures à l’usage possible, fonctionnel et symbolique. Elles ne sont pas des accessoires pour performance. Les « usagers » ne sont ni un public, ni les protagonistes d’un protocole performatif. La performance n’est pas une source ni une destination de la sculpture d’usage. Avec la sculpture d’usage nous devenons simplement sculpture.

La Sculpture d’usage, est un concept élaboré par Isabelle Plat. Elle l’a théorisé dans un article pour Artpress (n° 434, Juin 2016, pp. 55-61) et mis en pratique dans ses recherches plastiques, ainsi que lors du commissariat d’une exposition de groupe à la Galerie Maubert à Paris, septembre-octobre 2015.