Joel Shapiro — Splay

Exposition

Installations, sculpture

Joel Shapiro
Splay

Encore environ 2 mois : 18 octobre → 15 décembre 2018

Depuis 1993, la Galerie Karsten Greve représente l’œuvre de Joel Shapiro (né en 1941 à New York). Pour sa nouvelle exposition dans son espace parisien, la galerie présente une sélection d’œuvres, dessins et sculptures, dont la plupart créées spécialement pour l’occasion.

Célébré comme l’un des sculpteurs les plus importants de sa génération, Joel Shapiro commence à exposer ses œuvres en galerie au début des années 1970 et le Museum of Contemporary Art de Chicago lui consacre sa première exposition institutionnelle en 1976. Au cours des quarante années de sa carrière, plus de 150 expositions personnelles muséales ont rendu hommage à son travail, notamment au Metropolitan Museum en 2001 et au Ludwig Museum de Cologne en 2011. Il a également exécuté de nombreuses commandes publiques parmi lesquelles celle pour le Mémorial de l’Holocauste de Washington. En 2013, les Etats-Unis lui décernent le prestigieux National Art Award for Outstanding Achievement. Ses œuvres font partie des collections de nombreux musées internationaux, parmi lesquels le MoMA et le Met de New York, le Centre Pompidou de Paris ou la Tate Gallery de Londres.

Partant des matériaux emblématiques de la sculpture moderne — bois, plâtre, bronze — Joel Shapiro les met au service des possibilités de la forme, qu’il libère d’une façon tout à fait inédite. D’une forme qui ne trahit presque jamais l’orthogonalité — l’élément originel de ses sculptures est souvent un simple bloc rectangulaire — qu’il décline selon les limites de son imagination et en jouant avec les possibilités plastiques offertes par le matériau choisi. Ainsi, le bois a pour l’artiste un caractère ludique et accessible. Rappelant la tradition des maquettes, il utilise ce médium pour créer de petites études dynamiques conçues à partir de l’assemblage de blocs parfois récupérés, assemblés selon les angles et les ruptures préexistantes qui configurent ainsi le résultat final et guident la main de l’artiste dans la définition d’un concept sculptural nouveau. Instinctifs et immédiats, ces assemblages respirent l’instantanéité. Pour l’artiste il s’avère important de laisser visible dans l’œuvre les traces du processus créatif : les traces de colle, de clous, les jointures, les veines du bois. La géométrie de ces formes simples, ou encore l’absence de socle ont pu rapprocher les sculptures de Joel Shapiro de l’art Minimal. Cependant, la place dédiée à l’homme, la possibilité d’exister laissée aux imperfections du travail manuel éloignent son approche des artistes minimalistes comme Carl Andre ou Donald Judd, qui privilégient au contraire les matières lisses où la trace du travail humain est effacée.

Quand ces études sont agrandies, la spontanéité laisse place au calcul et à la mesure. Le bois est contraint en blocs rectangulaires creux et cède souvent la place au bronze. Dans les mains de Shapiro, ce métal traditionnellement associé à une monumentalité solennelle acquiert un caractère ludique, tout particulièrement dans les petits formats du début de sa carrière. Ainsi dans ses sculptures, les matériaux se confondent : le bronze prend l’aspect du bois dans les stries qui le parcourent, illustrant toujours cette recherche de libération de la forme par tous les moyens. Outre la matérialité de ses œuvres, cette quête s’exprime aussi dans la relation qu’elles entretiennent avec l’espace, formes suspendues qui défient les lois de la physique, en équilibre instable mais qui ne cèdent jamais à la gravité. Joel Shapiro exprime en effet sa capacité à contrôler l’arrangement des figures qui se déploient en trois dimensions dans l’espace, sans que la force expressive des sculptures ne s’efface au profit des considérations techniques. Depuis ses recherches initiées vers la fin des années 1970, il met en œuvre des compositions à la limite de la figuration où se joue le contraste saisissant entre la densité de la forme et du matériau et la légèreté aérienne de ces compositions humanoïdes, dont l’équilibre précaire semble défier les lois de la gravité, tels des danseurs figés dans l’espace. Les œuvres de Shapiro sont la « recherche d’une synthèse entre la forme et la couleur », selon ses mots. La couleur pure joue alors un rôle prépondérant car elle apporte une nouvelle perception de la forme et dans un jeu illusionniste, donne à la sculpture une matérialité ambigüe. Si un noir donne un aspect plus dense à une œuvre en bois, un bleu peut donner un aspect aérien à la massivité intrinsèque du bronze. Un rouge sera plus dynamique tandis qu’un marron sera plus tellurique.

Dans ce jeu d’équilibre, dans la façon dont elles se déploient dans l’espace ou dans leur mise en œuvre dans l’environnement — figures imposantes posées au sol ou sculptures ludiques accrochées au mur — toutes ces œuvres traduisent la préoccupation esthétique de Joel Shapiro, à savoir la relation primordiale que la forme entretient avec l’espace. Cette recherche trouve son tournant en 1997 lors de son exposition à la Haus der Kunst de Munich. Face à ces salles monumentales, Shapiro va challenger la conception habituelle de l’espace d’exposition et pour la première fois va déployer ses œuvres dans tout le musée, au mur comme au sol, du sol au plafond. Par l’occupation de l’espace et la dispersion du mouvement qui active les alentours, Joel Shapiro interroge le public sur sa place dans l’environnement et joue avec sa perception des proportions, dans la lignée des théories Modernistes. Chacun pourra alors comprendre ces figures comme il l’entend, œuvre figurative ou totalement abstraite. Car pour Shapiro elles « ne revendiquent pas autre chose que leur statut d’objet occupant l’espace ».

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Joel Shapiro est né en 1941 à New York où il vit et travaille. Après des études à l’Université de New York, dont il sort diplômé en 1969, il présente pour la première fois ses œuvres dans une exposition personnelle dans une galerie new yorkaise en 1970. Depuis, ce ne sont pas loin de 150 expositions qui lui ont été consacrées, aux Etats-Unis et dans le monde, notamment au Whitney Museum of Art en 1982, au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1985, au Metropolitan Museum of Art de New York en 2001 ou au Museum Ludwig à Cologne en 2011. Parmi ses commandes publiques les plus importantes figurent celles pour l’Ambassade Américaine d’Ottawa (Canada) en 1999 et pour le Musée Mémorial de l’Holocauste de Washington (Etats-Unis) en 2010. Ses œuvres ont intégré les collections de nombreux musées internationaux, notamment celles du MoMA, du Whitney Museum et du Metropolitan Museum de New York, du Centre Georges Pompidou de Paris et de la Tate Gallery à Londres. En 1994 il reçoit la distinction de l’Académie royale des arts de Suède et en 1998 celle de l’Académie américaine des arts et des lettres. En France, Shapiro est nommé Chevalier des Arts et des Lettres en 2005. En 2013 les Etats-Unis lui ont attribué le prestigieux National Art Award for Outstanding Achievement.