Min Jung-Yeon — La lettre de Pluton

Exposition

Dessin, peinture

Min Jung-Yeon
La lettre de Pluton

Passé : 6 mars → 28 avril 2018

En 2006 la planète Pluton s’est vu exclure du système solaire et reléguée au rang de « planète naine » en raison de sa masse et son volume tous deux trop faibles et d’une trajectoire « déviante ». Les premières images de Pluton envoyées par la sonde New Horizons (2015) révélaient une surface en partie couverte de glace de méthane et d’azote prenant à un endroit la forme d’un cœur. Le symbolisme de ce rejet d’une petite planète différente au grand cœur de glace a inspiré Min Jung-Yeon. La lettre de Pluton explore ainsi la notion de réconciliation avec une perte, de l’intégration de ce qui nous échappe, de points de vue et d’appréciations autres. Cette volonté d’équilibre malgré les divergences, de cohésion en dépit des contrastes trouve son expression picturale dans les nouvelles œuvres de l’artiste. Une troisième dimension, celle d’une matière plus dense et plus brute s’est développée en parallèle aux touches d’une finesse et d’une précision extrême. La couleur est employée avec parcimonie dans une palette où dominent des tons doux et clairs et le noir de l’encre de Chine.

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Jung-Yeon Min, Gaia 1, 2018 Encre de Chine, crayon de couleur sur papier — 19 × 23 cm

Le propos de Pluton

Les compositions présentent des paysages, des étendues urbaines ou des éléments isolés ; certaines œuvres se caractérisent par un « plein » alors que dans d’autres règne « le vide » rompu par un seul élément pictural. Construction et destruction s’enchevêtrent, se superposent, cohabitent tout comme la création humaine et la nature, l’une dominant à tour de rôle l’autre. Flux et mouvement rencontrent calme et isolement, images de notre réalité celles d’un monde vaporeux et onirique et dans des visions d’une grande poésie s’immisce le rappel subtil d’une histoire tragique récente.

Tissage 1 medium
Jung-Yeon Min, Tissage, 2018 Acrylique sur toile — 100 × 100 cm

Originaire de Gwangju en Corée du Sud, Min Jung-Yeon est l’enfant d’une région rurale qui fut le cadre d’un massacre — l’oppression sanglante et étouffée d’une rébellion dans le milieu universitaire en 1980 — l’année de sa naissance. La réalité politique dans une démocratie encore jeune est souvent reflétée dans son œuvre. Ici par la présence des moutons qui broutent tranquillement d’un côté d’un mur obstruant leur vue, mur qui bloque l’accès à l’information (Mensonge).

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Jung-Yeon Min, Mensonge, 2018 Encre de Chine, crayon de couleur, acrylique sur papier — 29,5 × 37,8 cm

En 2017, son installation Blanc comme un héron — une grande sculpture de plumes d’un blanc immaculé placée au centre d’un miroir — faisait allusion à l’innocence clamée de la présidente Park entretemps destituée. Hibernation est le titre d’un dessin d’un « diamant » brut, un fragment géologique aux strates multiples engloutissant un arbre poussant à l’horizontale. La pointe du diamant est légèrement bleutée mais son ombre triangulaire d’un vert dense. Ainsi l’appréciation extérieure du sujet se différencie de l’identité vécue de l’intérieur par le sujet lui-même. La perception et ses limites sont également évoquées dans l’œuvre Souvenir de l’ombre qui présente dans sa partie gauche un paysage montagneux enveloppé dans une brume bleue, adossé à un mur dont le revers lumineux porté les ombres de plusieurs arbres. Le mur marque ainsi l’interface entre deux mondes, l’un obscur, l’autre ensoleillé.

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Jung-Yeon Min, Source éternelle, 2018 Acrylique sur toile — 60 × 60 cm

Organique — géométrique

Si la représentation de l’organique et du géométrique a souvent été la métaphore du féminin par opposition au masculin, de leur lutte ou à l’inverse de leur fusion, la juxtaposition des éléments de la nature (arbres, strates, montagnes…) avec des fragments de construction (routes, murs, escaliers…) semble avoir pris une dimension plus civilisationnelle dans les nouvelles œuvres de Min Jung-Yeon. L’organique y trouve peu de place ou est malmené, voir isolé dans un mouvement incessant telle la route qui tourne sur elle-même. Le temps avance, écrase, remplace, absorbe ; il est figuré par les strates qui s’aperçoivent à l’intérieur de constructions colossales. Un arrêt est marqué dans certaines œuvres, règnent ici le rêve et la beauté d’une montagne, d’une roche où des brumes qui enveloppent, terre et le ciel ne font qu’un, la nature sert de refuge et la peinture traditionnelle coréenne fait écho.

Le cœur de Pluton est attendri, inquiet de ce qu’il voit de la planète des hommes.

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