La Promenade

Exposition

Techniques mixtes

La Promenade

Encore 7 jours : 2 décembre 2020 → 30 janvier 2021

« La promenade », récit écrit par Robert Walser en 1917, nous entraîne dans une journée de flânerie au cours de laquelle chaque rencontre, chaque visite devient émerveillement. Cette déambulation, sans être marquée par un événement majeur, transforme le quotidien en véritable aventure.

Réapprendre à regarder, se concentrer sur l’inutile, fuir une rationalité appauvrissante, constater que le parcours importe autant que la destination ; tels sont les sujets de cette exposition. Celle-ci voudrait être une approche différente de ce monde dont l’évolution, présentée comme inéluctable, nous inscrit dans une logique dictée par le seul souci de l’efficacité.

L’exposition propose une sélection d’artistes dont les œuvres ou les comportements nous parlent d’une appréhension alternative du temps, de l’importance de la digression et du regard porté sur notre quotidien.

Ainsi, nous présenterons une « Intégrale » de Richard Baquié, photographie d’un paysage fictif composé d’éléments provenant de différents lieux à travers le monde, réassemblés pour former un tout inexistant. Exceptionnellement, nous avons pu l’accompagner de son étude préparatoire détaillant la provenance de chacun des fragments utilisés.

Gilles Barbier a entamé par la copie du dictionnaire en 1992 une traversée au sein des mots. Ce labeur de copiste nous rappelle la promenade extraordinaire dans le langage que suscitait cet outil aujourd’hui presque disparu. Dessiner le langage, se promener au fil du lexique, évoquent l’inutilité d’une écriture que personne ne lit plus.

Julien Beneyton s’inscrit dans une pratique d’atelier liée à ses déambulations dans l’espace urbain ou rural. Les tableaux de cet artiste sont des instantanés d’une réalité crue que son style réaliste et singulier se charge de transmettre sans fard ni jugement de valeur.

Julien Berthier est un acteur du regard, de l’appréhension de notre cité et de ses détails anodins porteurs d’anomalies sociales ou architecturales. La transformation presque invisible de notre quotidien y est revendiquée comme une posture rationaliste, laquelle se situe, paradoxalement, aux frontières de l’illégalité.

Les graffiti, dessins et signes tracés ou grattés sur les murs de Paris ont fasciné Brassaï du début des années 1930 jusqu’à la fin de sa vie. Le photographe a constamment traqué ces expressions durant toute sa carrière au cours de ses pérégrinations dans la ville.

Alain Bublex intervient dans le paysage, se réappropriant une tradition artistique d’acteur de la transformation du monde à l’opposé d’un regard objectif. Son travail est alimenté par de très nombreuses interventions en extérieur : voyages, randonnées, interventions publiques sur des environnements urbains ou champêtres. Ses œuvres, depuis Glooscap, ville fictive de la côte est canadienne jusqu’aux « American landscapes » tirés du film « First Blood » (le premier Rambo) et redessinés en images vectorielles, inventent sans cesse de nouvelles évidences au sein de notre quotidien.

Sophie Calle, vingt après ses premières filatures, voit son marchand engager un détective de l’agence Duluc pour la suivre dans Paris. Prévenue, l’artiste entraîne le détective dans une pérégrination, une flânerie, qui les conduisent tous deux dans des lieux significatifs de son existence.

Bob Cottingham à l’instar de ses compagnons de l’Hyperréalisme américain, se nourrit depuis la fin des années 60, d’expéditions visant à photographier de façon quasi obsessionnelle certains détails du quotidien (pour lui, les enseignes au néon des Diners et boutiques) qu’il magnifie par une exécution virtuose sur toile.

Diana Fonseca, jeune artiste cubaine, arpente les paysages urbains souvent dégradés de La Havane. Elle y collecte les écailles de peinture des murs décrépis qui deviennent la palette de son travail pictural. À partir de ces pellicules fragiles de couleurs singulières, elle reconstitue dans son atelier des peintures abstraites qui restituent la désuétude de son environnement.

Pierre Seinturier aime flâner. Dans la nature, au fil de ses lectures et séances de cinéma. Le voyage continue alors depuis son atelier au travers du temps et de l’espace. Chaque tableau est le sujet décalé de sa représentation. Ses scénarii en suspens nous plongent dans l’indécision d’une action qui n’aura peut-être jamais lieu.

Augustas Serapinas : « Notes d’Užupis » est une série d’œuvres, réalisées à partir de vitraux, qui examinent les professions en voie de disparition et les espaces obsolètes. Les œuvres réaniment le Vienkiemis disparu : des hangars agricoles à toit simple construits dans les années 1920 dans la Lituanie rurale, dont la plupart sont tombés en désuétude. Un monde à explorer que l’on devine ou imagine derrière les fenêtres aux vitres givrées rappelant les hivers glacés de sa Lituanie natale. Jacques Villeglé, flâneur professionnel revendiqué, pérennise la lacération devenue création de l’anonyme de la rue. Villeglé a entamé sa promenade nourricière il y a près de 70 ans et est l’un des premiers promoteurs de l’aléatoire urbain. En tant que Nouveau Réaliste, il met véritablement en « œuvre » la définition officielle du mouvement : « Nouveau Réalisme = nouvelles approches perceptives du Réel ».

William Wegman, également connu pour les portraits drolatiques de ses chiens, achète au gré de ses ballades dans les rues de New York, des cartes postales anciennes autour desquelles, depuis le début des années 90, il peint des paysages sur toile. À partir de la standardisation minimale et neutre de cet archétype touristique, Wegman matérialise et donne une singularité à cet horizon devenu inexistant.

« Wow » de Virginie Yassef transcende les gestes filmés au hasard des déambulations newyorkaises de l’artiste alors en résidence. Le traditionnel mélange des pions du domino joué dans la rue devient une chorégraphie, l’entrée dans un immeuble d’un livreur, une performance artistique. Ce scénario fantôme, à l’image du vocable utilisé par l’artiste pour l’une de ses séries emblématiques, sans début ni fin, parvient à créer une tension liée à une succession de gestes quotidiens devenus brièvement exploits anonymes.

Enfin « Noël » de Janna Zhiri est un lointain écho à la dernière ballade de Walser — blanche, froide, figée — le 25 décembre 1956, là où la vie a fini par rejoindre l’œuvre et l’œuvre la vie de l’éternel auteur-promeneur.

Cette exposition se veut donc une proposition : avec Robert Walser, elle s’incarne dans le modèle de la flânerie. Le banal redevient pittoresque, reflet d’un exotisme rêvé, d’aventures exceptionnelles ce que le héros du roman « La Promenade » explique d’ailleurs à son inspecteur fiscal : l’auteur qu’il est se nourrit de ses promenades, l’inutile en apparence devient dès lors indispensable.

Avec : Richard Baquié, Gilles Barbier, Julien Beneyton, Julien Berthier, Brassaï, Alain Bublex, Sophie Calle, Robert Cottingham, Diana Fonseca, Pierre Seinturier, Augustas Serapinas, Jacques Villeglé, William Wegman, Virginie Yassef, Janna Zhiri.

06 St Germain Zoom in 06 St Germain Zoom out

33/36, rue de Seine

75006 Paris

T. 01 46 34 61 07 — F. 01 43 25 18 80

www.galerie-vallois.com

Mabillon
Odéon
Saint-Germain-des-Prés

Horaires

Tous les jours sauf le dimanche de 10h à 17h

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