Ladies Only — The Window

Exposition

Techniques mixtes

Ladies Only
The Window

Encore 26 jours : 22 février → 12 avril 2019

Projet récurrent proposé par The Drawer, «The Window» envisage la vitrine du 33 rue de Seine comme un support de création à part entière.

A chaque nouvelle exposition, un artiste est invité à s’emparer de la vitrine, en la recouvrant partiellement ou totalement et de la manière qu’il souhaite. Son intervention fonctionne comme une invitation à découvrir ce qui se cache derrière : un solo show ou un group show conçu en écho à l’exposition du 36 rue de Seine, rassemblant des artistes de la galerie et d’ailleurs, émergents ou inédits en France.

Jouant sur la surprise et la révélation, « The Window » est l’occasion de découvertes et de redécouvertes d’œuvres et d’artistes, une vitrine de la galerie au sens premier du terme. « The Window » sera inauguré le 21 février avec une œuvre de Lauren Coullard spécialement produite pour l’occasion. Candid, un grand rideau de leds, viendra encadrer la vitrine et dévoiler « Ladies Only », une exposition curatée par Sophie Toulouse et Barbara Soyer.

Lauren Coullard pratique une peinture où le mouvement domine. Qu’il s’exprime directement sur la toile, par un geste énergique et précis, ou indirectement, par le contenu des scènes et des figures reproduites. Au départ de ses petites séries très figuratives ou de ses grands formats plus abstraits, un même procédé : l’artiste s’inspire de fragments d’images et de textes existants qu’elle se réapproprie pour donner vie à une œuvre nouvelle. De l’amour courtois à l’esthétique cyborg, les références se mêlent joyeusement dans une palette de couleurs contrastées propre à l’artiste — tel ce jaune-vert acidulé d’un rideau, à l’origine de son intervention sur la vitrine de la galerie. Candid ou le néon led comme un trait de peinture.

Née en 1981, Lauren Coullard vit et travaille à Paris. Elle est diplômée du Chelsea College of Art and Design de Londres en 2010. Cofondatrice du lieu de résidences et d’expositions Le Doc à Paris, elle a participé à plusieurs expositions collectives ainsi qu’au dernier Salon de Montrouge.

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« Ladies Only » est une exposition en réaction. Une réplique amusée à l’exposition de Jacques Villeglé, « Jeune, Gay et Impudique », et sa série d’affiches sexy de la fin des années 1980, période minitel rose et 36 15 divers.

A l’esthétique provocante et criarde des publicités de l’époque, aux filles bouche entrouverte et poitrine offerte, « Ladies Only » répond en choisissant de mettre les femmes véritablement en avant, celles de la galerie et d’autres invitées, en présentant une sélection d’œuvres de 1988 à aujourd’hui qui explorent la question du désir d’un tout autre point de vue. Avec pudeur, humour, retenue sinon délicatesse, sans débordement apparent — ou presque. Un ensemble de visions dans un éventail de possibles, sans prétention démonstrative.

Ici, les œuvres s’offrent moins facilement aux regards. Il faut tourner autour des photographies lenticulaires de Pilar Albarracín, qui montrent l’artiste espagnole, l’air autoritaire et sévère, dans une séance d’effeuillage corsetée. Il faut se perdre dans les détails des scènes imaginaires dessinées de Bianca Argimón, qui racontent de façon singulière la condition de la femme et de l’homme moderne. Il faut décrypter les signes et le sens caché des compositions colorées d’Aurélie Gravas, qui traitent chacune à leur manière d’amour et d’art. Il faut distinguer les profils, les visages et les formes diaphanes qui font la force de la peinture de Vivian Greven. Il faut débusquer les intrus dans les petites toiles faussement naïves de Lauren Coullard, qui prend un malin plaisir à s’amuser des règles, des époques et des genres.

« Ladies Only » aurait pu s’appeler « Nanas », en hommage à la première d’entre elles, Niki de Saint Phalle, artiste historique de la galerie présente dans l’exposition.

« Ladies Only » est un titre mensonger. Si les femmes sont seules aux commandes, les hommes n’en sont pas moins présents, représentés. Dessinés ici, sculptés là, leur image est renvoyée. Pas de censure ni d’interdit de ce côté-ci de la rue de Seine non plus. Ni boudoir ni gynécée, « Ladies Only » est un espace où le désir circule sous toutes ses formes. Un lieu fantasmatique où les seins crachent du lait et du pétrole, où les chemisiers s’ouvrent, où l’eau régénère, où les bouches se cherchent dans un camaïeu vert et rose et où les dés se jettent pour un quotidien rêvé. « Ladies Only » but not only.

Barbara Soyer & Sophie Toulouse commissaires de l’expositon et fondatrices de la revue The Drawer

Barbara Soyer & Sophie Toulouse