Julien Tiberi — Landmarks melodia

Exposition

Peinture

Julien Tiberi
Landmarks melodia

Passé : 14 mai → 18 juin 2022

Lorsqu’il dessine avec un pinceau-feutre et se laisse aller au dessin par gestes réguliers, rythmés et rapides, Julien Tiberi observe la masse noire et regarde à travers elle pour « halluciner l’image ». Il avance à l’aveugle dans cette « filature lente », réagissant toujours au point qu’il vient juste de déposer ; il « respecte chaque trace et suit les indications qu’elle donne » pour inscrire la marque suivante. Ce réseau en pointillé sert à faire naître quelque chose d’encore inconnu : « le dessin désigne l’espace de l’autre tout en respectant sa structure », explique également l’artiste. Il laisse les formes se manifester à lui — processus plus ou moins long, et parfois en échec –, même si on ne peut écarter l’idée qu’il exerce sa subjectivité au cours de cet acte interprétatif qui rappelle la klecksographie et d’autres expressions de paréidolie. Puis vient le passage à la couleur, où là aussi tout est question de riposte à ce qui précède.

Par ailleurs, l’image est un pôle d’attraction des antagonismes, à l’exemple de la peinture Phà! Phà! (2019-2021), œuvre-source de l’exposition. Alors que l’artiste était en train de réaliser plusieurs tableaux en même temps, passant de l’un à l’autre sans trop s’y attarder, il perçut soudainement le chant d’une grenouille provenant de l’étang près de son atelier. « Allant au plus gras », il se saisit d’un tube de peinture à l’huile pour représenter, au centre de sa composition, le coassement du batracien sous la forme d’ondes : le son émis avait contaminé la toile. C’est là un exemple de la stratégie de distraction adoptée par Julien Tiberi, de son sens de la dérivation par la forme, de son goût pour l’imprévu, mais aussi de sa volonté d’aller contre et d’aller vers des choses étrangères, de les faire cohabiter, d’attester qu’elles existent.

La volubilité de Julien Tiberi exprime cette déviation constante de la pensée, où une idée en affecte une autre ou la capte avec une rapidité folle, où le méandre est la seule voie pour parcourir la diversité fondamentale, visible et invisible, du monde. Que ce soit dans le dessin, la peinture ou l’installation, l’artiste considère que « fabriquer des images, c’est voir naître des choses ». Il affectionne ainsi le pouvoir animateur du dessin qu’il définit par la métamorphose, la transfiguration et la transgression — il cite le cinéaste Sergueï Eisenstein et son concept de « plasmaticité ».

Contrairement aux œuvres « floues » qui étaient de nature programmatique, l’artiste a cette fois-ci peint sans savoir à quel résultat il aboutirait et sans maîtriser la technique. La toile, d’abord aspergée de liquides colorés à l’acrylique, est travaillée notamment à l’éponge, puis lorsque l’artiste « trouve la note » — c’est-à-dire que la toile humidifiée par les différents jus se tend et, en séchant, produit un son comme si elle était un instrument de percussion –, il s’arrête, dépose de la gomme à dessiner de manière improvisée mais maîtrisée — il finira par l’ôter comme d’ordinaire –, et enfin reprend l’ensemble à la peinture à l’huile ou au pastel sec, créant les motifs par l’extérieur, en les cernant à partir des indices qu’il a semés. Il envisage le tableau comme « un plateau de théâtre où l’on répète en permanence » : il s’y exerce, se trompe, s’enlise, explore, s’y perd, se divertit, et fait de toutes ses errances (physiques, mentales, sensorielles, matérielles) les protagonistes de sa création.

Laurence Schmidlin

Docteure ès lettres de l’Université de Genève, Laurence Schmidlin est historienne de l’art, spécialisée dans les domaines du dessin et de l’estampe. Elle a collaboré avec de nombreux musées et centres d’art en Suisse et à l’étranger, et a cofondé l’espace d’exposition et lieu de recherche Rosa Brux, à Bruxelles, en 2012. Depuis 2017, elle est conservatrice en art contemporain au Musée cantonal des Beaux-arts de Lausanne, après avoir notamment été directrice adjointe du Musée Jenisch Vevey et conservatrice du Cabinet cantonal des estampes (2013- 2017). Le livre tiré de sa thèse de doctorat, La Spatialisation du dessin dans l’art américain des années 1960 et 1970, est paru aux Presses du réel en 2019. Elle communique régulièrement ses recherches à l’occasion de conférence et dans des publications. À partir de juillet 2022, elle prendra la direction du Musée d’art du Valais à Sion, Suisse.

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