Maibritt Ulvedal Bjelke — colour galore

Exposition

Collage, peinture

Maibritt Ulvedal Bjelke
colour galore

Encore environ 2 mois : 5 juillet → 8 septembre 2018

Exposition anniversaire "25 ans de peinture" en collaboration avec la GALERIE PUGLIESE LEVI, Berlin.

La mer. Maibritt Ulvedal Bjelke la voit depuis ses fenêtres. La lumière s’y reflète, se pose, est renvoyée, vibre. Notre vision peine à retenir une image car couleurs, lumières et mouvements forment un ensemble, une transformation sans fin. En surface, des lignes horizontales se dessinent, montent, se courbent, redescendent, se fondent — des vagues, toujours différentes. Devant cet enchaînement d’évènements, le spectateur est happé, saisi, hypnotisé. Les facultés de perception n’ont d’autre choix que de capituler. Par le regard, ce tout entre en nous, épouse notre souffle, notre rythme intérieur — nous devenons une vague, nous devenons la mer.

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Maibritt Ulvedal Bjelke, Static-brocade no 24, series I, 2018 Acrylique/huile/papier/toile — 20 × 30 × 2 cm Courtesy of the artist & Galerie Maria Lund

colour galore

Loin de toute ambition représentative ou naturaliste, les nouvelles œuvres de Maibritt Ulvedal Bjelke prennent possession du spectateur selon une logique proche de certains phénomènes naturels. Surfaces de couleurs multiples de forme ovale, carrée ou encore rectangulaire, elles provoquent une véritable expérience perceptive, une sensation à la fois physique et émotionnelle. Il s’agit de collages constitués d’une multitude de bandes fines, découpées dans de grands papiers traversés par des coulures de peinture. Ces bandes sont ensuite collées sur toile pour « reconstituer » les coulures. Selon le décalage opéré à la « reconstitution », la surface picturale est plus ou moins vibrante, plus ou moins nerveuse. Ce déplacement — une irrégularité par rapport à un « ordre » initial — fait naître un scintillement intense. L’œil voudrait retenir, fixer, trouver « repos », arrêter « le bruit », mais la surface résiste et entraîne dans un jeu visuel incessant. On songe aux techniques de tissage : le chintz, le jacquard et l’Ikat ; aux pixels foisonnants d’un téléviseur en mal de réception de signal… colour galore — abondance de couleurs — est le titre choisi par l’artiste pour cette exposition anniversaire. En vingt-cinq ans de carrière, Maibritt Ulvedal Bjelke n’a cessé de développer sa recherche sur la couleur, la surface, la matière et le geste, en mettant en place des protocoles.

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Vue de la série chroma-flirts de Maibritt Ulvedal Bjelke Courtesy of the artist and Galerie Maria Lund

Etape par étape, elle applique et répète ces systèmes jusqu’à ce qu’une nouvelle voie s’impose. Dans cet ordre formel, l’émotion se fait une place. Il en découle une tension qui confère aux œuvres leur identité propre. Réalisées dans un dialogue entre contrôle et lâcher-prise, elles sont à la fois primitives-instinctives, formelles et sophistiquées. Vues dans cette perspective, ces nouvelles œuvres marquent un tournant radical dans le parcours de Maibritt Ulvedal Bjelke : un passage vers une forme d’art cinétique là où son travail antérieur présentait des parallèles avec l’abstraction expressive et les recherches du groupe Support-Surface.

d’un all-over à un autre

Via l’exposition d’œuvres plus anciennes, l’accrochage de colour galore permet aussi d’établir un lien avec le début du parcours de Maibritt Ulvedal Bjelke. A l’époque, elle crée à partir d’épaisseurs irrégulières d’affiches de rue trempées dans la peinture, formant de denses plages de couleurs. Par la suite, tout en poursuivant le travail avec le papier affiche, elle développe une peinture gestuelle impliquant un engagement total du corps. Avec le temps, les traits de pinceaux s’affinent et s’imbriquent. Le papier est marouflé sur toile pour former une surface tendue plus apte aux passages rapides des pinceaux. Et quand l’espace prédéterminé par le châssis devient trop contraignant, l’artiste associe des châssis étroits travaillés d’abord individuellement, afin de provoquer rencontres, découvertes et tensions nouvelles. Parce que Maibritt Ulvedal Bjelke utilise une peinture très liquide, les coulures ont toujours fait partie de son œuvre. Dès 2008 elles remplacent la touche ; côte à côte, dans un rythme régulier, elles remplissent les surfaces. Le pinceau est placé en haut de la surface et la peinture lâchée pour entamer son périple guidé par la seule pesanteur… L’artiste va jusqu’à utiliser une pipette. Ces mouvements libres, verticaux et multicolores sont ensuite transformés par différentes compositions : sens dessous-dessus, découpés en triangles pour former des carrés ou des polygones… surfaces immenses, ou au contraire, toutes petites. Dernièrement l’artiste incorpore l’épaisseur même du support puisque la surface s’étend sur les tranches du châssis.

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Maibritt Ulvedal Bjelke, Colour-galore no 01, 2018 Acrylique/huile/papier/toile — 240 × 180 × 3,5 cm Courtesy of the artist and Galerie Maria Lund

Aujourd’hui, les coulures sur papier constituent la base du travail. Vient ensuite le découpage manuel en fines bandes à travers ces coulures, suivi du collage sur la toile. Ici, la fixation de chaque bande résulte d’une décision spécifique déterminée par un désir de « bruit » intense, de rythmes réguliers, de ruptures ou de concentrations plus denses de couleur. Ces dernières attirent et guident le regard dans sa navigation, sur et dans la surface picturale. La perception du regardeur différera selon le format de l’œuvre. En vingt-cinq ans d’exploration, « le paysage » multicolore de Maibritt Ulvedal Bjelke passe de l’immersion brute à une prise en main minutieuse guidée par le désir de voir. Une vision qui embrasse large tout en offrant un recul. La mer toujours !