Manuela Sedmach — Guardatori

Exposition

Techniques mixtes

Manuela Sedmach
Guardatori

Encore 15 jours : 20 mars → 30 mai 2026

La Galleria Continua présente une nouvelle exposition personnelle de Manuela Sedmach, Guardatori. Se consacrant à l’observation, tournée à la fois vers le monde extérieur et vers l’intériorité, Sedmach invite les spectateurs à s’attarder sur ses peintures et à s’immerger dans leurs atmosphères suspendues et mystérieuses.

Née à Trieste en 1953, Manuela Sedmach vit aujourd’hui dans le nord du Portugal. Depuis plus de trente ans, l’artiste travaille avec une palette chromatique épurée, composée de trois couleurs: le noir, le blanc et la terre de Sienne. Ce choix lui a permis d’explorer en profondeur les multiples nuances et possibilités expressives de ces tonalités, en étudiant leur mutabilité ainsi que leurs déclinaisons infinies. À travers cette recherche rigoureuse, Sedmach continue de découvrir de nouveaux points de vue sur la nature et ses transformations.

Le titre de l’exposition, Guardatori (« les regardeurs », en français) fait référence à l’une des séries présentées, entamée par l’artiste à la fin des années 1980 à la peinture à l’huile et récemment reprise à l’acrylique.

Les Guardatori, nom attribué par l’artiste aux personnages peuplant ces peintures, sont des figures doubles: des observateurs qui regardent tout en étant eux-mêmes regardés. Pour Sedmach, ils représentent une émanation de l’individu et de ses peurs les plus profondes, un miroir qui révèle ce que nous cherchons à cacher et qui, parfois au fil de la vie, ressurgit, nous confrontant à une image de nous-mêmes dont il est impossible de s’extraire.

Sedmach se définit comme une écrivaine qui écrit avec la peinture, puisant largement dans la littérature, la musique et le cinéma pour concevoir ses œuvres. Dans le cas des Guardatori, il lui est impossible de ne pas évoquer le film Stalker d’Andreï Tarkovsky, qui a profondément influencé l’ensemble de sa recherche picturale. Dans le film, le Stalker est un personnage qui guide les hommes vers une zone interdite où se manifeste la nature la plus intime de l’individu. De manière similaire, Sedmach se considère comme une figure qui conduit le public dans des territoires qui lui sont inconnus, où chacun est libre de reconnaître ce qui résonne le plus en lui.

L’idée de passage, de transition et de renouveau émerge également dans la série Liminal. Inspirée par le majestueux désert du Maroc, cette série de peintures présente des paysages désertiques, dépourvus de toute présence humaine. L’être humain n’apparaît pas dans ces images, et les lieux représentés évoquent plutôt la solitude inhérente à la condition humaine, une solitude qui persiste malgré les relations sociales et dont on ne peut jamais totalement se détacher.

Dans ses peintures, l’espace fait allusion au paysage sans pour autant le définir pleinement: la présence d’une ligne d’horizon ne s’accompagne pas de sujets reconnaissables, comme le voudrait traditionnellement le genre du paysage. L’atmosphère et la lumière deviennent alors les véritables protagonistes, dessinant des formes fantômatiques et éthérées qui empêchent le regard de se fixer sur un élément précis, invitant le spectateur à se déplacer librement dans l’espace pictural.

L’immatérialité de la lumière devient la protagoniste de la série Passare al bosco (“Aller dans les bois”), dans laquelle des explosions de matière évoquent les implosions de l’univers intérieur de chacun. La référence est, encore une fois, le cinéma, en particulier une séquence célèbre du film Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni, où une explosion au ralenti d’une villa américaine fait allusion au déclin de la société. Le titre fait quant à lui référence à un chapitre du Traité du rebelle d’Ernst Jünger, dans lequel le passage à la forêt représente le retour à un état d’esprit capable de résister et de penser librement.

Pour Manuela Sedmach, la vision possède également une dimension profondément politique.

Vouloir voir signifie vouloir connaître et la connaissance est le moteur de l’action. D’abord pensée sous le titre Nunca pare de lutar (« Ne cesse jamais de lutter »), en référence à une chanson de Ludmila Ferber, la série a finalement été nommée Nunca pare de ver (« Ne cesse jamais de regarder »). Ce glissement met en avant une idée centrale : observer, c’est déjà commencer à agir: une première étape vers l’engagement.

Dans Ponte do Prado (“Pont du Prado”), la perception de l’immensité de la nature et l’impossibilité d’en saisir distinctement toutes les facettes prennent forme à travers une vision, inspirée de la surface de l’eau de la rivière Cávado, dans le nord du Portugal, observée depuis le Ponte do Prado qui la traverse, un lieu souvent fréquenté par l’artiste et contemplé régulièrement. Un jour, grâce à la transparence de l’eau et à la clarté extraordinaire de l’air, Sedmach a pu apercevoir la végétation luxuriante située sous la surface.

L’expérience fugace de cette vision est ici fixée et rendue permanente sur la toile.

La série Foglie ferite (« feuilles blessées ») montre que, même lorsque la vie laisse des marques, quelque chose continue de tenir et d’avancer. Ce projet autobiographique a aussi donné lieu à une publication présentée dans l’exposition, qui met en avant la fragilité et les difficultés comme des aspects essentiels de l’expérience humaine.

Pour compléter l’exposition, la composition sonore Guardatore, créée par les musiciens du groupe Herbarium, Erica Benfatto, Martin O’Loughlin et Katia Marioni, accompagne l’expérience du visiteur, stimulant l’émergence des émotions et offrant la possibilité de se laisser porter par ses propres sensations. Inspiré par les œuvres de Sedmach, ce projet musical traduit en sons les atmosphères évoquées par ses peintures, ouvrant ainsi une nouvelle lecture de son travail.

Les peintures de Manuela Sedmach, suspendues dans une dimension éthérée, suggèrent des espaces en transition. Leurs atmosphères invitent à dialoguer avec la part la plus profonde de nous-mêmes. C’est dans ce processus d’immersion que le spectateur finit par se transformer, à son tour, en un Guardatore.

Manuela Sedmach est née à Trieste en 1953. Elle vit et travaille à Viana do Castelo, au Portugal. Au fil des années, son travail a exploré des espaces insaisissables et un temps dilaté. Sa trame picturale se construit par un processus lent, commençant par le noir profond du fond, puis l’ajout de glacis et de couches de couleur, en dehors du noir, du blanc et du sienne. Ainsi, l’artiste parvient à obtenir une très large palette de gris, de reflets et d’effets de lumière. C’est la lumière qui apparaît derrière ces transparences, combinée à la lumière naturelle du lieu et à ses variations au cours de la journée, qui rend les «paysages» de Sedmach intemporels et en perpétuel changement. Sedmach a reçu la bourse de la Pollock-Krasner Foundation en 1999. Parmi les expositions personnelles de Manuela Sedmach: Un altro passo (Nuno Centeno, Porto, 2024); Nunca pare de ver (Galleria Continua, Paris, 2023); Em Lugar algum (Nuno Centeno, Porto, 2023); Liminal (Alfonso Fratteggiani Bianchi Studio, Pérouse, 2022); La discesa contempla in sé la risalita (Associazione Culturale Cizerouno, Trieste, 2022); Non smettere mai di sognare (Kubik Gallery, Porto, 2021); In Deep — La profondità dello sguardo (Magazzino 26, Trieste, 2021); Passare al Bosco (Stadtgemeinde St. Andra, 2018; I Colonos, Villacaccia di Lestizza, Udine, 2017; Arca-ITIS, Trieste, 2016) et Dove (Galleria d’Arte Moderna, Udine, 2010). Elle a également participé à plusieurs expositions collectives, notamment : Über die Linie / Oltre la linea / Cez Crto (The Circle, Gorizia, 2025); Limina: Borders-Confini- Grenzen_Meje (Museo Civico del Territorio, Cormòns, 2025); A Certain Instance of ‘Verrition’ (Fundação Leal Rios, Lisbonne, 2023); Contrappunto 02 (Casa Cavazzini, Udine, 2022); My Way, a modo mio (MAMBO — Museo d’Arte Contemporanea di Bologna, Bologne, 2017); Corrispondenza d’Arte (Museo d’Arte Contemporanea Revoltella, Trieste, 2016) ; et Follia Continua (Le 104, Paris, 2015).

Programme de ce lieu