Michael Jones McKean — Proxima Centauri b. Gleise 667 Cc. Kepler-442b. Wolf 1061c. Kepler-1229b. Kapteyn b...

Exposition

Sculpture

Michael Jones McKean
Proxima Centauri b. Gleise 667 Cc. Kepler-442b. Wolf 1061c. Kepler-1229b. Kapteyn b...

Passé : 2 → 26 septembre 2017

Une tong, une tête, un pot, un scalp, un fossile, un régime de bananes, un ordinateur, une part de pizza, un abat-jour, une branche, une branche morte, un masque, une imprimante-scanner. Cet inventaire à la Prévert ne contient qu’une infime partie des multiples objets qui peuplent l’écologie post-digitale de Michael Jones McKean.

Qu’elles prennent la forme de collages (Tau Ceti e, 2015), d’installation à l’échelle de la galerie (The Religion, 2013) ou à celle du bâtiment (The Ground, 2017), les sculptures — puisque c’est le terme que revendique l’auteur — constituent autant de tentatives d’ordonnancement entre le vivant et l’inerte, l’humain et le non-humain, au sein desquelles chaque entité se voit assigner une valeur ontologique équiva- lente. Les œuvres du jeune artiste américain rendent compte d’un réel dont la conscience humaine ne serait plus le seul déterminant, mais qui, dans la lignée des théories de l’assemblage et de l’acteur-réseau, serait un état purement émergent, constamment redéfini par la corrélation des multiples agents qui le peuplent.

The Garden, The Comedy, The Folklore, The Yucca Mountain, The Religion : qu’elles décrivent de grandes constructions symboliques et politiques humaines, des réalités géographiques ou temporelles, les sculptures tissent des réseaux denses, non linéaires et non hiérar- chiques, en son sein et au-delà.

La majorité des objets conserve une autonomie physique, et il appartient alors au regardeur — lui-même agent parmi les autres — de qua- lifier la nature des relations à l’œuvre. Mais, parfois, la contagion prend corps. Ici, une branche sort de son caisson pour s’hybrider avec la plante en pot du caisson adjacent ; là, une alchimie étrange transmute une canalisation en rameau, en passant par l’état intermédiaire d’un profilé issu d’une machine à découpe laser ; là encore, ce sont les objets hétéroclites de la composition qui sont noyés dans une épaisse couche de poussière, une même valeur grise unifiant le tout.

Le jardin ou le folklore… chacun de ces assemblages se trouve par ailleurs réifié par l’article défini qui en précède le nom. Ils ne seraient que des réalités contingentes au sein du réseau plus étendu qu’est le monde, elles-mêmes capables de se brancher entre elles et de s’hybrider. Le monde que nous donne à voir McKean est profondément complexe ; et, pourtant, il s’en dégage une forme d’étrange simplicité.

La prééminence de la donnée dans notre monde post-digitale rend aujourd’hui valable cette « utopie de la quantité » décrite par Archi- zoom dès la fin des années 1960. Sur cette grille uniforme que les radicaux italiens imaginaient englobante, et qui revient chez McKean sous la forme des panneaux solaires formant le fond de ses collages, tout n’est qu’information. Tout — humain et non-humain, objet ou comportement social — peut y être abstrait dans un format quantifiable, mesurable, computable.

Mais la nature discrète du numérique ne nous est sensible que lorsqu’elle s’analogise, qu’elle réintègre notre monde sensible en se ma- térialisant. De là, la persistance de la sculpture chez McKean, ce médium qui pourrait sembler anachronique en ce qu’il évoque pesanteur et durée, mais qui nous arrache à l’abstraction généralisée de la donnée pour nous replonger dans une matérialité portant la trace du geste de l’artiste, de son labeur précis et patient.

Les compositions mélangent ready-made et répliques réalisées artisanalement, en papier mâché, en bois, en silicone. Les objets s’orga- nisent dans l’espace de la galerie ou, le plus souvent, dans des caissons lumineux aux couleurs pastel qui encadrent et limitent les sys- tèmes relationnels propres à chaque « écologie ». Cette structure close est ce qui, paradoxalement, restitue la sculpture comme telle, lui confère une dimension unifiée et la ramène, dans un même geste, à une forme de planéité. Le volume se confond dès lors avec l’image, la pérennité du sculptural avec la furtivité du numérique, l’espace avec l’écran.

Les œuvres de McKean amalgament ainsi des régimes spatiaux, autant que temporels, différents. Elles laissent entrevoir la possibilité d’autres origines pour notre contemporanéité post-digitale, évoquant un temps ancestral qui échapperait à notre chronologie humaine. Cette persistance de l’archaïque est sensible dans la récurrence des fossiles, des pierres, des ossements, ou dans cette présence quasi mythologique d’arcs-en-ciel simulés à partir d’eau de pluie et de météorites (Certain Principles of Light and Shapes Between Forms, 2012).

Dans la lignée d’Agamben, qui indexe le contemporain à l’archaïque, l’artiste se fait alors archéologue, non pas à la recherche d’un passé révolu, mais pour explorer les forces sous terraines agissant dans notre condition contemporaine. Entre réalisme naïf et images agissantes, le matérialisme spéculatif de McKean nous livre une vision non de ce qui a été, ou de ce qui sera, mais de ce qui aurait pu être, un temps possible.

Emmanuelle Chiappone-Piriou
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