Miryam Haddad : Désordres

Exposition

Peinture

Miryam Haddad : Désordres

Encore 5 jours : 27 janvier → 24 février 2018

Jeune artiste diplômée des Beaux Arts de Paris et installée en France depuis 2012, Miryam Haddad (Damas, 1991) présente sa première exposition personnelle à la galerie Art : Concept, Paris.

Sélectionnée pour la troisième édition d’Artagon (exposition internationale des étudiants.es en écoles d’art), Miryam Haddad s’est distinguée par ses huiles sur toile aux formats rivalisant avec ceux de la peinture académique ou sacrée. La composition en triptyque qui ponctue sa production n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle des panneaux de retables. Seulement les analogies s’arrêtent là. Affranchis du principe de hiérarchie des genres, des impératifs de proportions ou des règles de perspectives, les tableaux de Miryam Haddad sont peuplés de personnages facétieux voire ridicules qui s’adonnent à toute sorte de festivités et plaisirs simples dans un joyeux chaos. Un désordre contrôlé et en perpétuel mouvement qui impose de multiples regards pour la lecture de l’œuvre.

Il y a quelque chose de baroque tardif voire de rococo dans la peinture abondante et faussement frivole de Miryam Haddad. Ses sujets trouvent un écho dans le motif des fêtes galantes, ces scènes champêtres mêlant danseurs, belles dames et bergers, affublés de déguisements ou d’instruments de musique, privilégiant le plaisir et le divertissement sur toute considération terrestre. Cependant chez Miryam Haddad, les protagonistes de ces fables picturales embrassent volontiers la caricature. Ainsi mis en scène sur de si grands formats, dans des situations d’une si grande banalité (parfois comme pris en flagrant délit dans leur trivialité) ils en deviennent complètement grotesques. Avec une sorte d’injonction à laquelle ils ne semblent pas croire eux-mêmes, ils s’engagent dans une parodie du bonheur qui trahit une profonde impossibilité. A l’image de cet homme qui pêche dans une fontaine de patio oriental (L’intelligence, 2017). Ou du joueur de trompette, qui, aidé de son coq, tente vainement de ranimer le défunt du grand triptyque de la Fête de la mort, 2018. Leurs émotions sont aussi parodiques et contradictoires, indéchiffrables même, car poussées à un tel extrême on ne distingue plus le rire des larmes, la joie de l’angoisse.

Avec un mélange de trivialité et de fantastique, d’apparente naïveté et de mélancolie, ces personnages camouflent et exacerbent une réalité trop laide et cruelle pour être représentée. La figure humaine est d’ailleurs traitée de manière grossière, déformée ou résumée à quelques coups de pinceaux convulsifs qui évoquent les traits tourmentés de peintres comme Chaïm Soutine, James Ensor ou Marwan Kassab Bachi. Déchargée du pessimisme de ceux qui l’ont inspirée, Miryam Haddad revendique toutefois la puissance positive de l’imaginaire, un imaginaire qui invite à une fuite hors du réel, sans le dénier tout à fait.

Julia Mossé