Percée — Vincent Dulom

Exposition

Peinture

Percée
Vincent Dulom

Encore environ un mois : 19 janvier → 30 mars 2019

En septembre dernier, L’ahah inaugurait sa programmation de solo-shows des artistes membres. Pour ce troisième temps programmatique de l’année 2018-2019, l’association offre ses deux espaces d’exposition parisiens, #Griset et #Moret, aux œuvres insaisissables de Vincent Dulom.

Les œuvres de Vincent Dulom sont de celles qui échappent, aux regards, aux mots. Qui s’appréhendent dans une atmosphère atone : son, lumière, entendement. Tout semble devoir se mettre en veille afin d’accueillir les infimes variations pigmentaires de sa peinture, les laisser se déposer sur sa rétine, ses impressions… On aimerait les saisir, s’abandonner à elles, ne plus se mouvoir et sentir se former la fine pellicule colorée, mais un souffle indistinct les a déjà dispersées et l’on se met inconsciemment en branle, tout doucement, à la recherche d’un autre point de vue.

Pour autant, la peinture de Vincent Dulom, lointaine descendante des primitifs italiens et petite-fille des minimalistes américains, ne se joue pas dans l’épure, l’évidence, la soudaine clarté. Elle se tapit dans l’ombre, celle qui mène à l’inconscient, à l’immanent, à la terre ou à la corporalité aussi, parfois. L’ombre comme « envers du visible », et non contraire du visible, pour reprendre le titre d’un ouvrage de l’essayiste Max Milner (1923-2008).

Partant des qualités spécifiques des deux espaces d’exposition que sont #Griset et #Moret, Vincent Dulom installe à L’ahah, avec Percée, deux déploiements inédits et radicalement différents de son travail récent, formant pourtant une seule et même exposition.

« Une peinture sans limite, dégagée de la limitation physique de son support. Cet état n’est possible qu’à considérer justement les qualités du support et son égale présence avec la déposition de l’encre. La couleur s’affirme, elle appelle mais c’est presque en non-lieu de son corps se déplaçant dans l’aire de la feuille, quittant les arêtes du papier, glissant son ombre dans un noir d’oeil, une tache aveugle. Car cette peinture va jusqu’à l’extrême de la vision, par sa tactilité et son bougé. […] Le geste qui accompagne cette peinture est absenté. Il est remisé à la régularité et à la mécanisation de l’imprimante. C’est un écart, même un écartement. C’est l’espace nécessaire pour que d’un seul passage, en un jet d’encre passé, la peinture se trouve en surface, ne soit que surface et que cette manière d’étendue soit le lieu d’une perte de lieu.»

Claire Chesnier, «Fragments d’une déposition» (extrait — sur le travail de Vincent Dulom), 2018.

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Programmation