Rock Garden — Salvatore Arancio, Piero Gilardi & Abraham Poincheval

Exposition

Céramique, dessin, installations, sculpture

Rock Garden
Salvatore Arancio, Piero Gilardi & Abraham Poincheval

Passé : 6 janvier → 17 février 2018

Adieu « Catégories » : ici, les règnes et les domaines s’entremêlent et se confondent pour donner lieu à des formes hybrides, à la fois inquiétantes et séduisantes, au croisement du naturel et de l’artificiel, de l’humain et du non-humain, de la science et de l’ésotérisme. Soit trois artistes que réunit un certain tropisme pour des « devenirs-autre » et une approche holistique du monde, faite de réseaux infinis d’interdépendances entre les êtres et les choses.

À commencer par Piero Gilardi, l’un des fondateurs de l’Arte Povera. Chez lui, nul retour à une vie prétendue brute et sauvage, mais au contraire l’invention d’une nature artificielle, toujours déjà informée par la culture. Ainsi de ses célèbres imitations de morceaux de nature en mousse polyuréthane peinte, dont fait partie l’arbre fléchissant intitulé Poiesis (2004), mais aussi de ses dessins de paysages bucoliques comme trempés dans des substances hallucinogènes. Si la collusion du champêtre et de l’industriel peut ici paraître quelque peu toxique, sinon catastrophique, les choses sont plus ambigües pour l’artiste, adepte d’une pensée post-humaniste, celle de l’hybridation de tous les phénomènes, aussi bien naturels, humains, animaux que technologiques.

Il s’agit là d’une « vision systémique de la vie1» qui semble également innerver la pratique de Salvatore Arancio, située entre science, mythologie et mysticisme. C’est du moins ce que donnent à penser ses sculptures en céramique, inspirées par des grottes de cristaux géants situées au Mexique et par un phénomène géologique des îles d’Hawaï, où des arbres ont été recouverts par une coulée de lave au XVIIe siècle. Enduites d’émail de couleurs pastel et acidulées, leurs formes ambigües évoquent à la fois des stalagmites, des totems phalliques et d’étranges champignons, dans une sorte de fusion des éléments et de transmutation des matières propre à l’alchimie.

Une manière de faire passer des entités a priori antinomiques les unes dans les autres qui n’est pas sans lien avec les performances d’Abraham Poincheval. Ainsi, par exemple, pour Gyrovague, le voyage invisible (2011), l’artiste a poussé sur trois cents kilomètres un cylindre métallique qui lui servait à la fois d’abri et de camera obscura, enregistrant l’image des paysages parcourus comme s’il s’agissait d’une « épopée cosmique dans une espèce de véhicule extraterrestre2». Dans un autre registre, l’artiste a également entrepris des voyages « à la vitesse du minéral3», enfermé à l’intérieur d’une pierre calcaire dont le centre était creusé pour épouser sa silhouette (Pierre, 2017), ou encore assis durant une semaine dans un trou de soixante centimètres de diamètre dont l’entrée était bouchée par un rocher (604800s, 2012). Autant de façons de repousser ses limites physiques et mentales, tout en se mettant à l’épreuve de conditions d’existence non-humaines.

Sarah Ihler-Meyer

1 Entretien entre Piero Gilardi, Stéphane Corréard et Timothée Chaillou, Particules n°26, octobre-décembre 2009

2 Thomas Schlesser, “Abraham Poincheval, l’Humanité en suspens”, Abraham Poincheval, Palais de Tolyo, Paris, 2017

3 Entretien entre Abraham Poincheval et Adélaïde Blanc, Abraham Poincheval, Palais de Tokyo, Paris, 2017

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Piero Gilardi est né en 1942 à Turin où il vit et travaille. Co-fondateur de l’Arte Povera et précurseur d’un art écologique, Piero Gilardi prône un « art habitable » et émotionnel, inséparable de la vie. Ses « tapis-nature » recréent des morceaux de paysage en mousse polyuréthane. Il en interrompt douze ans la production pour se consacrer à un art relationnel et à des actions militantes. Adepte d’une écologie sociale et artistique, il fonde en 2008 le Parc d’art vivant de Turin. Les installations multimédia intègrent sa production dès la fin des années 1980.

En 2017, l’Œuvre de Piero Gilardi a fait l’objet d’une importante rétrospective au MAXXI de Rome. De récentes expositions monographiques lui ont été consacrées au GAM Galleria d’Arte Moderna, Turin, 2016, au Nottingham Contemporary, Nottingham, 2013, au Van Abbemuseum, Eindhoven, 2012, au Castello di Rivoli, Turin, 2012, au CCC-Centre de création contemporaine de Tours (2010).

Abraham Poincheval est né en 1972, il vit et travaille à Marseille. Abraham Poincheval est un explorateur insatiable. Qu’il s’agisse de traverser les Alpes en poussant une capsule qui lui sert d’abri ou de s’enfermer une semaine dans un rocher, ses expéditions — itinérantes ou statiques — nécessitent un engagement total du corps. Les sculptures habitables que l’artiste conçoit sont des laboratoires au moyen desquels il fait l’expérience du temps, de l’enfermement ou de l’immobilité. Elles sont l’enveloppe qui accueille le performeur, l’objet qui perturbe le paysage et qui existe à travers les récits des témoins.

En 2017, Abraham Poincheval fait l’objet d’une exposition personnelle au Palais de Tokyo, y réalisant deux performances de plusieurs semaines (Pierre et Œuf) le conduisant à expérimenter le règne minéral et animal. Ses œuvres et performances ont été récemment exposées au Musée d’art du Valais, Sion (CH), 2017, au Frac Paca, Marseille, 2016, à l’IAC de Villeurbanne, 2016, au Musée de la Chasse et de la Nature, 2014, au Palais de Tokyo à l’occasion de l’exposition INSIDE, 2014, au Musée Gassendi de Dignes-les-Bains, 2014, en autres.

Salvatore Arancio est né en 1974, il vit et travaille à Londres. Son œuvre met en tension le potentiel des images. Utilisant autant la photogravure, le collage, la sculpture que la vidéo, il s’inspire de la nature et de la science pour mieux les sublimer et créer des paysages, à la fois inquiétants et évocateurs. Les œuvres de Salvatore Arancio témoignent d’un intérêt certain pour le biomorphisme et convoquent volontiers science et mysticisme.

En 2018, La Whitechapel Gallery à Londres lui consacrera une exposition monographique. En 2017, Salvatore Arancio participe à la 57ème Biennale de Venise dans l’exposition Viva Arte Viva. Ses œuvres et performances ont récemment fait l’objet d’expositions à la galerie Federica Schiavo, Rome et Milan, 2017, à la Kunsthalle Winterthur, Winterthur, 2016, au Camden Art Center, Londres, 2015, au Centre d’art contemporain La Halle des bouchers, Vienne, 2015.

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