Studiolo #04 — Lauren Coullard et Paolo Giardi

Exposition

Collage, dessin, edition, peinture

Studiolo #04
Lauren Coullard et Paolo Giardi

Encore 10 jours : 6 → 27 juin 2018

Ici Même — Less is More Projects présente son quatrième Studiolo contemporain au cœur de la galerie de Valois, dans les sublimes jardins du Palais Royal. Tout comme les cabinets de curiosités originels se voulant des reproductions du monde en miniature, le Studiolo Less is More Projects à Palais Royal répertorie, dans ce microcosme qu’est l’espace de la galerie, les multiples visages de la création artistique actuelle.

Lauren Coullard
Née en 1981 à Paris
Vit et travaille à Paris

Formation : Chelsea College of Art and Design, Londres (2008 — 2010)

Les peintures de Lauren Coullard ressemblent à des suaires. Il n’y a rien de mortifère pourtant dans ses tableaux arlequins et toonnesques, dont la palette, sûre d’elle et de ses effets, ose toutes les combinaisons.
Disons plutôt qu’ils ont une certaine faculté à faire remonter à la surface des personnages enfouis et des épopées lointaines, comme ici, un reliquat d’amour courtois, tel qu’on le pratiquait au Moyen Âge, mais qui chez Lauren Coullard s’actualise et s’étoile aux quatre coins du tableau grand format pour laisser deviner une amazone au sein nu et à l’oeil qui frise, une épée affûtée, l’épine dorsale d’un dragon ou le blason d’un château fort.

Au fond, le plus important chez Lauren Coullard qui pratique avec beaucoup d’aisance l’art du portrait et son pendant ancestral, celui du maquillage, est bien ce qui se cache et donne de l’épaisseur à ces peintures sur toile, sur mousse, sur bois et même parfois sur des paquets de céréales. On y retrouve d’abord les références littéraires escamotées, d’Alexandre Dumas à Gogol en passant par Pierre Louÿs, et puis la mise en condition que pratique l’artiste avant chaque peinture : la disposition du set et le choix d’une harmonie de couleurs qui la feront, c’est selon, monter à la verticale — c’est le cas du violet sombre et profond qu’elle utilise dans l’une de ses dernières séries — ou s’aventurer dans des plaines sans horizon, comme l’explique cette érudite qui « subit les couleurs » autant qu’elle essaye de les comprendre, en relisant, par exemple, Kandinsky. Il reste que derrière chaque châssis tendu main se cache réellement un collage format carte postale réalisé à partir d’images anciennes imprimées et rephotocopiées et de chutes plastifiées ramassées dans l’atelier.

On y découvre généralement des héroïnes à la face décomposée puis suturée, ressurgies des entrelacs de l’histoire de l’art ancien. Ce collage, invisible, est la boîte noire de chaque peinture de Lauren Coullard. À l’avenir, c’est vers des personnages cyborg que cette jeune artiste, co-fondatrice des ateliers partagés du Doc à Paris, entend se tourner.

Par Claire Moulène

Paolo Giardi
Né en 1964 à Florence, Italie
Vit et travaille à Londres

Formation : Instituto delle Belle Arti, Firenze

The Botanist (Le Botaniste)

Le projet Vous Pouvez Apprendre Beaucoup des Fleurs permet de mettre en lumière une collection préservée, de spécimens de plantes, qui fût assemblée par un botaniste amateur passionné.

La réelle identité de ce self-made man demeure entourée de mystère, et tout ce que l’on en connait, c’est s’étendent de l’alchimie à l’ésotérisme en passant par l’astrologie et le pouvoir magique des amulettes égyptiennes; la mythomanie, entre autres, étaient sa principale occupation.

Depuis ses études en écologie, il est possible de remonter au fondement de ses idées grâce aux travaux de Carl Linnaeus, un botaniste du 18ème siècle. Dans son livre Systema Naturae, Linnaeus, établit, en tout premier, un système de nomenclature révolutionnaire, basé sur le nombre d’organes reproducteurs des fleurs, mettant ainsi en évidence la sexualité des plantes. Comme l’un des derniers apôtres passionné des enseignements de Linnaeus, notre inexpérimenté botaniste décida de combiner ses recherches en conservation botanique avec sa passion pour “les jeunes filles”, jeunes femmes photographiées dans des poses suggestives pour les pages centrales des magasines pour adultes.

Le résultat de cette curieuse obsession prend la forme d’un vaste Herbarium de créatures hybrides, ou ce qu’il nomma parfois, les “femme-fleurs”. Créé au sein de ’interception et des disjonctions de la silhouette des plantes, ce qui était autrefois destiné au regard du voyeur et devenu un objet d’étude et d’analyse. Les projections et les stéréotypes sexuels masculins sont obtenus par médiation et atténués par la transformation. La plante et l’objet du désir : les deux reunies sont égales. Le botaniste devient le voyeur et vice-versa.