Thomas Lévy-Lasne — L’asphyxie

Exposition

Dessin, peinture

Thomas Lévy-Lasne
L’asphyxie

Encore 5 jours : 3 septembre → 24 octobre 2020

Les filles du calvaire ont le plaisir d’annoncer la première exposition personnelle de Thomas Lévy-Lasne à la galerie. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis (Rome), il présente un ensemble inédit de peintures et de dessins. Patiemment — à la vitesse qu’impose la peinture — l’artiste opère une mise en visibilité, si ce n’est de la catastrophe, des habitudes culturelles de l’homme dans sa relation avec son milieu. Collectant les preuves visuelles de cette mutation et de l’anthropisation du monde, Lévy-Lasne fait état d’un renoncement à l’idée de nature sauvage au profit du projet moderne d’artificialisation et d’utopie technologique.

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“Ma peinture tourne autour d’une esthétisation calme du réel : un spectacle à échelle humaine, un matérialisme confiant, un premier degré souriant, une attention au tragique de l’existence en tension avec un appétit de peindre et une joie à rendre le trésor quotidien qu’est le monde des apparences.

Cependant mon réalisme bute depuis quelques années sur une aporie : j’ai l’impression désagréable de m’inscrire dans un temps long menacé par l’urgence de notre vulnérabilité. La continuité de nos modes de vie dans des conditions satisfaisantes me paraît un défi collectif majeur.

Reste alors à trouver des pistes pour intégrer ce vertige : l’exposition « L’asphyxie » à la galerie Les filles du calvaire est une première tentative. Notre sensibilité étant déjà émoussée par le flot d’informations que charrie l’ère de l’Anthropocène, nous ne croyons pas à ce que nous savons. C’est peut-être le rôle de l’art de faire vivre la question plutôt que de l’énoncer.

J’ai cherché ce que pouvait être une peinture de paysage contemporain : un paysage tragique. Un paysage qui interroge l’hébétude du spectateur alors que c’est cette passivité qui sera la cause de sa perte par le paysage même. Un paysage des-anthropocentré que les agitations humaines laissent indifférent, sans hiérarchie de représentation, un paysage aussi banal que le mal qu’il renferme.

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Thomas Lévy-Lasne, Devant l’arbre, 2020 Huile sur toile — 150 × 120 cm Courtesy Galerie Les filles du calvaire

Je suis parti d’une mise à plat de lieux de catastrophes comme la centrale de Tchernobyl, sa forêt rousse, sa ville fantôme ou encore l’entrée du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau et la sérénité de son saule pleureur. Je présente également les strates de plastique des dunes normandes, la standardisation des paysages picards par l’industrie agro-alimentaire, la beauté suspecte des couchers de soleil de périphériques pollués, l’explication que des touristes hors-sol requièrent devant un arbre. Enfin deux tableaux figurent les biotopes reconstitués de jungle ou de golfe marin visibles au Biodôme de Montréal, musée se voulant « vivant » mais qui m’est apparu comme une vision de science fiction d’un monde totalement artificiel.

Mon choix d’utiliser du fusain, soit des bouts de bois brûlés, pour le dessin immersif de 3×4m, « le Bosco » de la Villa Médicis n’est pas anodin. C’est certes la représentation d’un lieu scintillant et immémorial mais il est pourtant voué à une disparition rapide, les arbres sont malades et tombent sous la violence de vents romains nouveaux. Je présente également une variation de fusains sur papier autour du thème du spectacle : cinéma, concert, théâtre. La réserve du papier blanc, la lumière est mise en scène par des strates de noir plus ou moins dense. On y retrouve l’enjeu archaïque et simple de se regrouper à plusieurs autour d’un foyer lumineux.

En ces temps de barrières sanitaires, ces scènes banales sont déjà voilées d’une nostalgie qui me laisse, comme presque tout le monde, pris de court." — Thomas Lévy-lasne