Benoît Maire — In Hawaii

Exhibition

Collage, painting, sculpture, screen-printing

Benoît Maire
In Hawaii

Ends in 2 months: October 10, 2020 → February 7, 2021

Pour son exposition personnelle aux Tanneries intitulée IN HAWAII, Benoît Maire (né en 1978 à Pessac, vit et travaille à Bordeaux) présente en Galerie Haute un ensemble de peintures, sculptures, collages et autres sérigraphies. Ces œuvres, presque toutes inédites, s’inscrivent dans une filiation avec des séries de créations emblématiques du travail de l’artiste qui en propose ici, à travers un dispositif muséal détourné, des reconfigurations, entre répétitions, innovations et renouvellements.

La nouveauté s’exprime d’emblée dans un ensemble inédit de Peinture de nuages (2020) qui constitue le cœur névralgique, ou noyau atomique, de l’exposition. Si certaines reprennent le vocabulaire traditionnel de la série entamée par l’artiste en 2012, d’autres intègrent désormais les reproductions sérigraphiées et fragmentaires d’une seule et même unede journal, faisant écho à la série de collages « Guerre et coléoptères » (2019) également (re)présentée dans l’exposition.

Si dans cette dernière c’est le temps cyclique d’une nature découpée et collée qui fait des apparitions dans le temps linéaire de l’Histoire, marqué par des faits de guerre encrés sur des pages de journaux, le procédé inverse est appliqué aux Peinture de nuages produites spécialement pour l’exposition. En ce qui les concerne, c’est bien l’empreinte de l’événement militaire rapporté dans la une du New Work World Telegram publié au lendemain de l’attaque japonaise à l’encontre de la flotte de Pearl Harbor sur l’île d’Hawaï qui fait, çà et là, irruption dans les paysages oniriques peuplés de couleurs, de nuages et du cheval de Benoît Maire.

Ces développements plastiques singuliers sont également le générateur d’un point de bascule vibrionnant entre rêverie poétique et actualité historique, calme et tempête, Paradis et Enfer. À travers elles, l’artiste imprègne cette nouvelle série de peintures d’une beauté tragique teintée de romantisme, allant de paysages en Histoire sur fond de conflits, qu’ils soient d’ordre géopolitique ou plastique. À l’entrée en guerre des États-Unis répond l’entrée de la discorde dans le cadre.

Vient ainsi l’écho du « fait historique » comme cadre travaillé ou creuset d’un « fait plastique » — et réciproquement –, à l’image des drapeaux ou des cibles de Jasper Johns ou encore des Combine Paintings de Robert Rauschenberg qui, juxtaposant le champ de l’art à celui du quotidien, investissent les entremêlements de leurs actualités respectives.

À la fois support et motif, le cadre est particulièrement présent dans IN HAWAII, depuis le cadre en bois des Peinture de nuages jusqu’au cube ouvert fait d’arrêtes de laiton de la sculpture Un bras de raison (2020) qui dialogue avec la structure de cage ouverte du _Château _(2019), en passant par les cadres formés au fil des lignes de jointure ou de rupture qui habitent l’espace même des compositions. Ces lignes — qu’elles soient de fuite ou d’horizon —, ces cadres et autres cadres dans le cadre, structurent les œuvres. De mises en abîmes en mises en relations jusqu’aux mises en perspective, ils demeurent cependant fondamentalement et profondément ouverts ; prenant même, de temps à autres, l’allure d’une embrasure, d’une fenêtre donnant sur un monde composé et composite _informé _des regards et pensées du créateur comme du visiteur.

La composition joue un rôle central dans la démarche de l’artiste pluridisciplinaire qui pratique ici, comme à son habitude, l’art du collage et de l’assemblage à toutes les échelles — du micro ou macro-scopique, du détail de l’œuvre jusqu’au dispositif d’exposition. Quel que soit le médium utilisé, Benoît Maire décompose et recompose matières plastiques, naturelles, culturelles, historiques et philosophiques à la faveur d’une esthétique du fragment et de la strate, développant ainsi une forme d’archéologie singulière où se mêlent l’ancien et le nouveau, le classique et le contemporain, la nature et la technique, les actualités passées comme présentes, le clin d’œil, le mythe et l’Histoire.

Entre le fragment et le tout, la multiplicité et l’unité, se lovent toutes les associations intermédiaires et modulatoires qui produisent des télescopages singuliers, chimériques, allégoriques ou encore anecdotiques. C’est dans ce stade intermédiaire de la création que se loge, semble-t-il, la substantifique moelle. Au gré des décompositions et des recompositions, des jeux de mots, de matières, de texture, sensibles et intuitifs, qu’il opère, tout se passe donc comme si Benoît Maire développait finalement une poésie de l’entre.

Entre la mélancolie de la disparition et l’épiphanie de l’apparition, l’invisible et le visible, le dicible et l’indicible, la vision et la pensée, le concept et l’affect, il y a le temps de la réflexion, de la création. En parcourant IN HAWAII, le visiteur se trouve donc face à un imaginaire en mouvement dont les associations d’idées — qui relèvent parfois de l’hermétisme d’un poème symbolique, de l’incongruité d’un cadavre exquis ou encore de l’impossible équation — sont comme empreintées dans l’œuvre qui prend dès lors la dimension d’un instantané.

Un instantané qui demeure néanmoins saisi dans une conjoncture de temporalités diverses et variées où se rencontrent passé, présent et futur, temps cyclique et linéaire. De ce fait, il y quelque chose de l’ordre de la suspension, de la concentration ou encore de la contraction du temps — comme du sens — dans le travail de Benoît Maire. Quelque chose qui — renforcé par la prédilection de l’artiste pour les tentatives de mise plat au sein desquelles horizontalité et transversalité sont les maîtres mots — vient épouser l’espace de l’imagination. Ne répondant qu’à ses propres règles, toute tentative de définition, de désignation, d’indexation (Icône, 2020) n’y sert donc qu’à mieux rebattre les cartes, qu’à relancer les dés.

Ainsi, ce que l’on pourrait associer de prime abord à des idées fixes dans l’œuvre de Benoît Maire apparaît constamment traversé par une dualité métaphysique — parfois ironique, souvent ludique — et des mouvements perpétuels dans lesquels dialoguent froideurs chirurgicales et sensualités viscérales, monotonies et effusions colorées, sérénité et inquiétante étrangeté, douceur et violence, humour et effroi, le sous-terrain, le terrestre et l’aérien.

À l’image de ses nuages qui sont à la fois motifs récurrents — allant jusqu’à faire signature — et supports infinis de l’imagination en mouvement, l’apparente immobilité des microcosmes composés par Benoît Maire n’est en réalité qu’une parfaite illusion qui vient souligner ce qui demeure de l’ordre de l’insaisissable et faire sans cesse bouger les lignes de la perception. Toute forme de signification se trouve dès lors déstabilisée. Le mystère et l’éternité sont conservés.

C’est ainsi que, en remuant ciel, terre et mer, l’artiste provoque des phénomènes d’inversion presque carnavalesques où la matière devient pensée et la pensée devient matière ; le cheval flotte dans la couleur et les nuages se cristallisent en îles quand le coquillage et le fossile se font les échos d’une énigme suspendue chuchotée au creux de l’oreille et dont le mystère n’a de cesse d’être préservé (Sphinx, 2019).

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PARTENAIRE DE L’EXPOSITION

Avec l’aimable concours de la galerie Meessen De Clercq dans le cadre du prêt de la sculpture Été (2020).

Communiqué de presse de l'exposition / Les Tanneries — CAC, Amilly