Cécile Le Talec — Atlas / Partitions silencieuses

Exhibition

Drawing, graphic design, installation, performance...

Cécile Le Talec
Atlas / Partitions silencieuses

Ends in about 2 months: October 10 → December 13, 2020

Pour son exposition personnelle aux Tanneries, Cécile Le Talec (née en 1962 à Paris, vit et travaille entre la région Centre et Paris) présente dans la Verrière une installation in situ issue d’un travail de recherche au long cours mené entre 2019 et 2020 dans le Haut Atlas marocain autour de différentes formes de langages — écrites, sifflées et tissées. Fragment de désert mélodique où s’écoute le chant du sable, Atlas / Partitions silencieuses (2020) témoigne dans son caractère bipartite — entre création visuelle et sonore — d’un rapport à l’art à la fois tellurique et aérien, matériel et immatériel, ancré et éphémère où se mêlent l’intime et le collectif au travers de réalités et fictions (re)composées.

C’est d’abord la dimension sonore de l’œuvre qui se joue ici. Composé à partir de multiples enregistrements réalisés par Cécile Le Talec au cours de ses derniers voyages et résidences au Maroc, le son d’Atlas / Partitions silencieuses emplit la Verrière qui semble vide, au premier coup d’œil. Traduction immatérielle de l’espace-temps du voyage, entre réalités brutes, souvenirs fragmentaires et prolongements poétiques, cette mélodie dessine les contours d’un territoire, faisant émerger un véritable environnement sonore — au sens propre comme au figuré — auquel le visiteur est invité à prêter tout particulièrement attention, à en parcourir la piste, dans une forme d’exploration auditive singulière.

La recherche sonore étant intrinsèquement liée à la recherche linguistique dans sa démarche, Cécile Le Talec souligne ici cette interrelation fondamentale en en laissant peu à peu apparaître une transcription visuelle. À la manière d’un effet d’optique émanant d’un dispositif travaillé en mise à plat, les mouvements du visiteur créent les conditions du regard et lui permettent de découvrir, au fur et à mesure des changements de points de vue opérés, des écritures au sol, encrées dans le sable, révélant ainsi progressivement toutes les parcelles de l’œuvre.

Les motifs dessinés par Cécile Le Talec au pigment noir de vignes sur ce tapis de sable reconstitué rendent compte — à l’instar de la bande son dont ils sont autant d’échos visuels — d’une tentative de transcription des paroles, discours et autres sonorités entendus lors de ses séjours au Maroc, en un langage énigmatique. Ils rappellent par ailleurs de manière à la fois mimétique et symbolique l’importance au sein de la culture berbère des écritures inscrites dans le sable du désert — à des fins d’orientation — comme de celles tissées dans les tapis par les femmes.

À la faveur d’une esthétique du signe, Cécile Le Talec compose donc une graphie mystérieuse directement reprise ou simplement inspirée du langage secret élaboré par les femmes berbères pour inscrire leur(s) histoire(s) au sein des tapis qu’elles confectionnent et se transmettent, se racontant au fil de leurs productions et des générations.

La bichromie noire et blanche de l’installation vient souligner cette qualité de témoignage, remémorant par là-même celle des tapis berbères comme celle de l’encre sur la feuille de papier. Les signes parsemés dans le sable prennent alors des airs de partitions silencieuses, indéchiffrables. Ces dernières pourraient d’ailleurs être celles de la composition sonore qui les accompagnent tout comme la promesse d’autres figures, de ballet, de notations de pas dansés, de choréologies ou de cinétographies inédites, brouillant ainsi les pistes entremêlées des matières sonores et visuelles, des inspirations artistiques et culturelles, et des langages convoqués*.

Avec Atlas / Partitions silencieuses, Cécile Le Talec signe donc une installation sensible et poétique au caractère instable et éphémère profondément informée par les différents langages qu’elle déploie et (ré)invente. À travers ces associations de motifs, de formes, de couleurs et de sons — qui ne sont pas sans rappeler les recherches des modernistes, des Delaunay à Paul Klee en passant par Wassily Kandinsky –, Cécile Le Talec incarne des récits entrelacés, comme autant de points de vue sur une culture et son territoire d’ancrage. Jouant d’une esthétique de l’inscription et de l’effacement, du fragment et de la composition, elle interroge les rapports entre patrimoine culturel matériel et immatériel, faisant osciller sans cesse l’œuvre entre le continuum de l’Histoire et l’éphémère du quotidien.

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PARTENAIRES DE L’EXPOSITION

Atlas / Partitions silencieuses a bénéficié du soutien de la DRAC Centre-Val de Loire — Ministère de la Culture et de la Région Centre-Val de Loire dans le cadre de leurs dispositifs respectifs d’aide à la création.

Les Tanneries — CAC, Amilly
  • Performance du danseur et chorégraphe David Drouard — Partition dansée Performance Saturday, November 21 3:30 PM → 5:30 PM

    le samedi 21 novembre, à 15h30

    Alors que l’appréhension de l’exposition Atlas / Partitions silencieuses dans ses multiples facettes naît du mouvement du visiteur, son cheminement croisera la performance du danseur et chorégraphe David Drouard (compagnie DADR basée à Laval), spécialement conçue pour l’exposition et intitulée Partition dansée. Sublimant le caractère éphémère de l’œuvre de Cécile Le Talec, la danse de David Drouard viendra en effleurer les signes, les fouetter et les balayer au gré de leurs alignements, dans la multiplication de leurs arabesques, effaçant ainsi les partitions silencieuses au terme de ses échappées. Un enregistrement vidéo de cette disparition — tempête de sable — sera diffusé dans l’espace de la Verrière sur les dernières semaines de l’exposition.