Éric Baudart

Exhibition

Installation, mixed media

Éric Baudart

Ends in about 2 months: October 5, 2019 → January 5, 2020

Dans le cadre de sa première exposition monographique aux Tanneries, Éric Baudart (né en 1972 à Saint-Cloud, vit et travaille à Paris) présente une vingtaine d’œuvres récentes produites entre 2018 et 2019 (à l’exception de cubiKron0.0 réalisée en 2010) sur l’ensemble des espaces supérieurs de la Grande Halle : Galerie Haute, Verrière et Hall.

Mêlant tableaux et sculptures à Épis (2018), une installation monumentale faite de panneaux de BA13 installés à la verticale qui jalonne la plupart des espaces d’exposition et se meut, çà et là, en élément de scénographie ou en support à part entière, Éric Baudart construit, à partir d’une forme d’hétérogénéité intrinsèque — qui repose sur l’usage qu’il fait d’objets trouvés dans ses (ré)arrangements artistiques — un ensemble à travers lequel il pose et recompose, dans une approche matiériste qui alterne entre réalisme et abstraction, les frontières entre réalité et fiction.

Ceintures de natation désarticulées, (Swimming Belts, 2019), pot de lessive vide et à l’étiquette passée posé sur une vitrine réfrigérée désaffectée (Time’s gone dim, 2019), affichages de ville arrachés et accumulés comme autant de strates d’un passé rénové par l’artiste grâce à l’ajout de peintures pastel et acidulées (série « conCav », 2019), pneu effiloché (Tire, 2019), vieille vitrine contenant des artefacts laissés tels que présentés au moment de son acquisition par l’artiste (Time, Time, Time, 2018), papier millimétré rehaussé de peinture cuivrée, dorée ou argentée (« Papiers millimétrés » — 2018), tous ont un rôle à jouer dans l’entreprise de réactivation, si ce n’est de réhabilitation, voire de réenchantement, mise en place par l’artiste.

En-deçà et au-delà d’un rapport sensible à la matière, dont l’esthétisme puise dans ses accidents ou ses érosions sous l’effet du temps — omniprésent dans le travail de l’artiste –, Éric Baudart introduit les conditions d’une continuité et d’une contiguïté entre réalité et fiction, sans jamais prendre le parti de l’une ou de l’autre. Est-ce la réalité brute des objets qu’Éric Baudart sélectionne et utilise qui, déplacée dans le champ de l’art, active une figure fictionnelle qui fait œuvre ? Est-ce le traitement de ces objets dits « du quotidien » en fictions plus ou moins (dé)colorées qui les réanime en une réalité alternative ? Dans les deux cas, l’émergence d’une œuvre ne peut-elle se faire qu’à travers un passage par la fiction ?

En inscrivant sa pratique dans une oscillation permanente entre immanence et transcendance, Éric Baudart formule l’hypothèse d’une superposition vibrionnante et poétique du réel et de la fiction au sein de laquelle le point de vue et le regard du spectateur trouvent toute leur place.

Commissariat : Éric Degoutte