Marcel Storr — Oeuvres choisies

Exhibition

Drawing

Marcel Storr
Oeuvres choisies

In about 1 month: May 15 → 29, 2021

Savante ou non, toute œuvre géniale au premier abord nous paraît unique, inclassable, et nous éprouvons un choc à la voir pour la première fois. Comme les grands inspirés, réformateurs ou inventeurs de mondes, Storr, le balayeur du bois de Boulogne, était un génie visionnaire, et il savait.

Laurent Danchin

Marcel Storr naît en 1911 à Paris. Abandonné par sa mère à l’âge de trois ans, il est placé par l’Assistance publique comme garçon de ferme, puis passe son adolescence entre familles d’accueil et sanatoriums, souffrant de surdité et subissant des sévices physiques et psychologiques. Passé sa majorité, Storr effectue divers métiers tout en commençant à dessiner dans le plus grand secret. Un rapport de 1946 d’un inspecteur de l’Assistance publique signale son don certain pour le dessin.

Au début des années 1960, sa future épouse, Marthe, est embauchée comme gardienne de l’école de la rue Milton dans le IXe arrondissement de Paris. Peu de temps après, il trouve un emploi plus stable auprès de la Ville de Paris, balayeur de feuilles mortes au bois de Boulogne. Sans éducation artistique, Storr a créé en plus de quarante ans un ensemble hors du commun d’une soixantaine de dessins d’architectures imaginaires, sur de grandes feuilles de papier à dessin, aux détails scrupuleux, aux couleurs chatoyantes et aux proportions immenses.

Galerie loevenbruck marcel storr artiste cathedrale dessin paris exposition 13 1 medium
Marcel Storr, Sans titre, 1968 Crayon, encres de couleur et vernis sur papier Canson — 49,2 × 60,5 cm © Photo Bertrand Kempf, Fonds Marcel Storr, courtesy Loevenbruck, Paris

En 1971, Liliane Kempf, présidente d’une association de parents d’élèves, découvre les dessins de Marcel Storr grâce à l’insistance de sa femme. Storr noue alors des liens avec le couple Kempf, qui se resserrent après la mort de son épouse, en 1972, et prennent la forme d’une aide matérielle et morale. Les années qui précédent le décès de Storr, en 1976, sont marquées par les hospitalisations. On lui diagnostique un délire de persécution et une mégalomanie. Le couple Kempf exécute la volonté de l’artiste après sa mort, en assurant d’abord la conservation de son œuvre, puis sa diffusion, et ce, depuis près de quarante ans.

« On ne sait de quoi s’étonner le plus, de l’exécution parfaitement maîtrisée d’un dessin dont les complexités perspectives sont résolues avec une confondante adresse ou des harmonies chromatiques qui appelleraient des comparaisons avec Monet et Bonnard. Marcel Storr est un grand peintre, en effet. Des notions du genre “art brut” ou “art des fous” avouent leur indigence devant de tels travaux » (Philippe Dagen).

La production de Storr fait se succéder deux temps forts : un premier consacré aux édifices religieux (églises, cathédrales et basiliques), tous représentés frontalement avec des façades plates telles des décors de carton-pâte ; un second dédié aux mégalopoles, cités futuristes, architectures gigantesques et utopiques, fruit de sa fascination pour les tours, notamment celles qui surgissent au moment de la construction du quartier de La Défense, à Paris, quartier d’affaires que l’artiste voit sortir de terre de ses propres yeux, tous les jours durant des années, alors qu’il travaille sur les pelouses de Bagatelle, au bois de Boulogne.

Son œuvre est dominé par des bâtiments atypiques tout droits sortis de son imagination, qui s’élèvent vers le ciel dans une féerie de couleurs vives. En 1964, Storr élabore ses vingt-cinq édifices religieux inventés, des églises semblables à des arbres ou à des fruits exotiques. Un an après, l’artiste abandonne les églises pour se consacrer définitivement aux mégalopoles, cités lacustres et autres temples fictionnels. Ces dessins de grand format sont exécutés à la mine graphite puis colorés à l’encre. Perdu dans l’infinité de détails de ces panoramas, notre œil oscille constamment entre deux échelles opposées, monumentale et minuscule.

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Marcel Storr, Sans titre, 1937 Mine graphite, crayon et encres de couleur sur papier filigrané Canson — 64 × 49 cm © Photo Bertrand Kempf, Fonds Marcel Storr, courtesy Loevenbruck, Paris.

L’espèce humaine apparaît comme écrasée par les constructions : des foules de personnages miniatures se pressent aux pieds des tours pareilles à des colonnes de fourmis, grouillant entre des véhicules futuristes, des drakkars et des arbres. Il faudrait s’armer d’une loupe et s’agenouiller plusieurs heures pour les déceler encore et encore.

Storr n’a jamais accepté que ses tableaux soient montrés de son vivant. Son besoin de créer était de l’ordre de l’obsession. Il reprenait son ouvrage chaque soir après sa journée de travail, avant de dissimuler ses dessins sous la toile cirée de la cuisine de la loge. Marcel Storr s’est considéré sa vie durant comme un génie absolu, envisageant sa postérité comme un succès. Il était convaincu que Paris serait détruit et que le président des États-Unis serait amené à emprunter ses dessins pour le reconstruire. Son œuvre formule donc une réponse architecturale pour reconstruire la ville dans l’éventualité d’une attaque.

À l’occasion de l’exposition « Marcel Storr. Œuvres choisies », la galerie Loevenbruck est heureuse d’annoncer la représentation internationale de l’œuvre de Marcel Storr, en collaboration avec Charles Geoffrion, gérant du fonds Marcel Storr, et la famille Kempf, propriétaire de l’œuvre.

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6, rue Jacques Callot

75006 Paris

T. 01 53 10 85 68 — F. 01 53 10 89 72

www.loevenbruck.com

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Tuesday – Saturday, 11 AM – 7 PM
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