Celeste Rapone
Si les espaces, dans l’œuvre de Celeste Rapone, peuvent paraître familiers, ils ne relèvent ni de l’intime ni du refuge. Ce qui s’y joue s’apparente plutôt à des matrices de comportement, où les gestes ordinaires révèlent leur charge prescriptive, évoquant les habitus sociaux autant que les formes de domestication et d’assimilation du pouvoir. L’apparat paraît près de déborder face aux attendus d’une société dont chaque inégalité traduit la fragilité. C’est que sa peinture opère comme un champ de forces où le corps n’est plus une figure à représenter, mais une zone de friction.
Ce qui s’y joue relève moins de la narration que de la compression affective. Les formes humaines y apparaissent sous tension, prises dans des configurations instables qui rendent visibles les régimes de contrainte propres au présent. L’espace pictural n’y est jamais neutre. Il agit comme une architecture normative à laquelle les corps doivent se plier pour exister. Les postures improbables ne signalent pas l’excès mais l’ajustement forcé, une manière de tenir malgré l’inadéquation. La surface devient ainsi le lieu d’un conflit discret entre maintien et désagrégation, entre exposition et retrait. Tout procède par saturation et déformation successive, par accumulation de signes qui finissent par produire un état, une atmosphère de fatigue lucide et de désir différé. L’édification des figures et des intrigues opère à rebours, comme portant en elle la trace d’une spontanéité assumée, où le sujet du tableau se confond, car il en procède, avec le motif.
La toile conserve la mémoire de ces décisions minuscules, non comme un aveu, mais comme un mode de pensée en acte. L’autobiographique s’y dissout dans une économie plus large de tensions partagées, où l’expérience individuelle devient structure et transparaît dans les tonalités qui témoignent d’une absorption, pour ne pas dire assimilation, des contradictions. Ce qui se joue n’est pas une esthétique du silence, mais une mise à nu des conditions mêmes de visibilité.
Formée aux États Unis et établie à Chicago, Celeste Rapone naît en 1985 dans le New Jersey. Elle est diplômée du Rhode Island School of Design (2007) et titulaire d’un master de la School of the Art Institute of Chicago (2013), où elle a également enseigné jusqu’en 2023. Elle vit et travaille à Chicago. Lauréate d’une bourse de la Pollock-Krasner Foundation en 2018 et nommée pour la Joan Mitchell Fellowship en 2024, elle présente sa première exposition personnelle à la galerie Esther Schipper, qui la représente, à Berlin lors du Gallery Weekend Berlin au printemps 2026. Ses œuvres figurent dans plusieurs collections institutionnelles internationales, dont le Hammer Museum (Los Angeles), l’Institute of Contemporary Art (Boston), le Speed Art Museum (Louisville), le M Woods Museum (Pékin), le START Museum (Shanghai) et le Xiao Museum of Contemporary Art (Rizhao).
Celeste Rapone
Contemporain
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Celeste Rapone, Rose Court, 2024
Floor Models, 2023
Catch, 2023

