Body Language

Exposition

Dessin, photographie, sculpture, vidéo

Body Language

Encore environ 2 mois : 2 juillet → 28 août 2020

Artistes présentés : Christine Crozat, Pierre Gaignard, Hudinilson Jr., Kubra Khademi, Robert Mapplethorpe, ORLAN, Gwendoline Perrigueux, Isabelle Plat, Louis-Cyprien Rials, Miguel Ángel Rojas, Vincent Voillat

Body Language propose d’analyser les liens qui unissent les représentations du corps réalisées par de jeunes artistes que la galerie représente à quelques œuvres qui en constituent le fonds historique ; ou comment des artistes, tous engagés dans les combats sociétaux de leur époque, ont mis en scène au cours des cinquante dernières années, des corps ou des fragments de corps nus, solitaires, immobiles et beaux — souvent les leurs — et ont joué le jeu ambigu du voyeurisme pour transmettre un message militant.

Des onze artistes qui composent Body Language, Robert Mapplethorpe est le premier qui soit entré dans la collection de la galerie. J’avais fait la connaissance de son travail en 1979, à l’occasion d’une de ses premières expositions en Europe, à la galerie Jurka d’Amsterdam.

Son Autoportrait au fouet — dont un tirage y était exposé — concentre toutes les provocations. L’artiste s’y représente avec un fouet fiché dans l’anus, et regarde le spectateur dans les yeux. Cette double frontalité, sexuelle et du regard, a dû être lue par certains comme l’incarnation de la dépravation et de l’insolence. Le fouet évoquant évidemment une queue, l’artiste généralement glabre mais qui arbore ici un bouc ressemble au diable et rajoute ainsi une critique de l’obscurantisme religieux à la revendication de sa liberté à exercer ouvertement sa propre sexualité.

La jeune artiste afghane Kubra Khademi partage avec Robert Mapplethorpe la désinhibition de représenter son propre corps nu exposé au public, dans des postures sexuellement explicites et délibérément provocatrices. Le fait qu’elle se représente en gros plan se masturbant, constitue une « offense » et une provocation aussi grandes à l’égard de la société dont elle est originaire — et qu’elle a dû fuir — qu’a dû l’être L’Autoportrait au fouet « diabolique » de Robert Mapplethorpe dans l’Amérique de 1978. Dans son œuvre en général, Kubra Khademi dénonce autant le patriarcat que l’influence omniprésente de la religion musulmane sur tous les aspects de la vie.

Plus éthérés et ludiques sont les Cosmicoflove de Gwendoline Perrigueux, qui évoquent des corps suspendus et répondent ainsi avec féminité aux photographies crues de bondage, que Robert Mapplethorpe réalise vers 1980 dans le milieu sadomasochiste homosexuel new-yorkais. L’appareillage du corps, crûment exhibé chez le photographe est suggéré avec humour et dérision dans le travail de Gwendoline Perrigueux et ses sculptures, qu’elle invite à toucher, recèlent parfois, dans les plis d’une fourrure ou d’un cuir, des accessoires inattendus et annonciateurs de plaisirs à découvrir.

L’influence que la statuaire classique a eue sur le travail de Robert Mapplethorpe n’apparaissait pas encore littéralement dans ses œuvres de la fin des années 1970, alors qu’ORLAN — avec Collages et images sortant des plis (quatre madones dont une avec deux ailes) — se figurait déjà à la même époque, dépoitraillée, dans un détournement blasphématoire de cette exaltation baroque du Bernin qu’est L’Extase de Sainte Thérèse. Suivant de peu sa célèbre performance Le Baiser de l’artiste, la série de collages dans laquelle l’artiste combine la photocopie (à motif de marbre) à la photographie (ses autoportraits simulant l’extase), ajoute la critique de la répression religieuse, à ses précédentes luttes contre les pressions politique et sociale appliquées au corps de la femme…

Eric Mouchet