Carolee Schneemann

Exposition

Collage, peinture, performance

Carolee Schneemann

Dans 24 jours : 13 septembre → 9 novembre 2019

Carolee Schneemann (1939-2019) est peintre… aussi ! Tout au long de sa carrière, elle n’a eu de cesse de rappeler que les performances, les films, les images, les textes, sont pour elle des supports de peinture.

Si son travail interpelle par l’omniprésence du corps nu féminin, traité bien souvent violemment, c’est pour mieux déjouer les tabous de l’époque :

« En tant que peintre, je n’ai jamais accepté les tabous visuels et les interdits concernant certaines parties spécifiques du corps »1.

En maltraitant son corps, Carolee Schneemann se le réapproprie. Loin de la réification du nu féminin opérée dans l’art classique, le corps de l’artiste est sujet, souffrant, vivant, sacrifié parfois.

Pionnière du Féminisme, elle utilise son corps comme outil de revendication et s’éloigne ainsi de la représentation traditionnelle du modèle. La question que pose Carolee Schneemann est de savoir si le corps féminin peut être à la fois image et faiseur d’image; dans un monde où les modèles à suivre sont rares : « Je décidai qu’une peintre du nom de « Cézanne » serait ma mascotte : je supposais que Cézanne était indubitablement une femme — après tout, le « Anne » de son nom était féminin. Les baigneuses que j’étudiais en reproduction étaient-elles étranges parce qu’elles étaient peintes par une femme ? Mais « elle » était célèbre et respectée. Si Cézanne avait pu le faire, je pouvais le faire. »2

De même que le corps est poussé au-delà de ses limites, l’image produite par Schneemann, dans ses films, photographies ou performances est ensuite transformée, voire détruite au moyen de la peinture.

Rompant avec des siècles d’histoire de l’art, sa peinture détruit l’image au lieu de la créer. En ce sens, elle se positionne dans la continuité du mouvement expressionniste abstrait, par l’utilisation, entre autres, du dripping, mettant en scène le corps peignant de l’artiste. Toutefois, ce corps peignant — et comment ne pas penser aussi à Yves Klein — vient détruire ou tout au moins souiller, déformer, abîmer l’image même du corps. Cette mise en abyme de l’image est la signature même de son travail.3

Fuses, son film iconique de 1965, dans lequel ses ébats sont perçus depuis l’œil placide de son chat, fait l’objet d’une riche déclinaison : la pellicule est agrandie, imprimée, peinte, couverte d’acide, colorée. Cette œuvre est le point de départ d’une série de «  peintures  » construites suivant un principe récurrent qu’elle met alors en place : les images sont juxtaposées pour créer une forme de narration, puis sont modifiées, recollées et repeintes.

Le point de vue narratif se veut neutre, sans jugement. Le regard posé sur l’action qui se déroule est celui que le chat pose sur l’artiste et son compagnon de l’époque, James Tenney. C’est un corps libre qu’elle nous présente, affranchi des tabous de son temps. Avec cette œuvre, Carolee Schneemann brise les chaînes qui enferment le corps, plus particulièrement le corps féminin. Fuses est une pièce centrale car elle concentre tous les thèmes propres au travail de Schneemann. C’est à la fois un point de départ mais aussi un manifeste.

Dans ses installations, les images utilisées par Carolee Schneemann ne proviennent qu’en partie de la documentation de ses performances. Fille de médecin, dont elle dira qu’il s’occupait autant des corps vivants que des corps morts, elle utilise à la fois sa propre image, mais aussi celles issues de la documentation médicale.

Dans la série Hallucinating (2002), elle emploie aussi des images de guerre, dupliquées, découpées et collées bout à bout pour donner une impression de déflagration.

Elle tire aussi ses images de films pornographiques, comme dans Ask the Goddess II (1988-2006) où se côtoient diverses visions des sexes féminin et masculin à travers l’histoire, la mythologie et la fiction.

A l’instar de Robert Rauschenberg, qu’elle a fréquenté au sein du Judson Dance Theater, l’artiste assemble ces différents fragments d’images, qu’elle vient colorer et marquer de son propre corps. De même que Fuses est un film à partir duquel Schneemann peint, Devour/Goya (2006) est au départ une installation vidéo projetée sur plusieurs écrans, collage d’images sur lequel des modifications sont appliquées, utilisant ainsi différents médias qui se répondent et se complètent.

Connue comme performeuse, dans son œuvre Forbidden Actions-Museum (1979), Carolee Schneemann lie la performance et la peinture. Elle utilise ces images personnelles qu’elle peint, qu’elle agrandit, qu’elle déforme et qui caractérisent son travail.

La plasticité du rapport de la créatrice aux différents supports permet à son travail de conserver intacte la pertinence de ses débuts : outre son statut de pionnière de la performance féministe, elle est parvenue, jusqu’à nous, à insuffler une réflexion sur la narration séquencée, la peinture et le cinéma.

1 Carolee Schneemann, Imaging her erotics, MIT Press, 2002 : « As a painter I had never accepted the visual and tactile taboos concerning specific parts of the body ».

2 Livre d’artiste de Carolee Schneemann, Cezanne, She was a Great Painter, trois éditions en 1974, 1975 et 1976.

3 Carolee Schneemann, « Radicalize Your Own Images and Sensations, Carolee Schneemann and Heide Hatry in conversation with Thyrza Nichols Goodeve », The Brooklyn Rail, 2013.

  • Vernissage Jeudi 12 septembre 18:00 → 21:00

    A 19h30 le soir du vernissage : conférence d’Émilie Bouvard, directrice scientifique de la Fondation Giacometti.