Darren Almond — Dark Light

Exposition

Peinture

Darren Almond
Dark Light

Encore 29 jours : 8 avril → 4 juin 2021

La galerie Max Hetzler a le plaisir d’annoncer l’exposition personnelle de Darren Almond, Dark Light, avec des tableaux récents et des œuvres sur papier au 57 rue du Temple, à Paris.

L’artiste britannique Darren Almond travaille une variété de supports, allant de la photographie, la vidéo, l’installation, la sculpture à la peinture. Ses sujets divers traitent d’idées abstraites telles que le temps, l’espace, l’histoire et la mémoire et comment ces concepts sont liés et se recoupent. Déterrant la symbolique et le potentiel émotionnel des objets, des lieux et des situations, l’artiste produit des œuvres chargées d’histoire et d’expériences personnelles.

Pour sa deuxième exposition à la galerie de Paris, Almond présente une sélection de tableaux et d’œuvres sur papier inspirés par la « Grande Conjonction », un rare phénomène astronomique qui s’est produit dans une itération des plus remarquable en décembre 2020. Baigné dans la mythologie, cet événement céleste se produit approximativement tous les vingt ans, quand Jupiter et Saturne apparaissent à leur rapprochement maximal. La nuit de la Grande Conjonction de 2020, les deux planètes ont partagé leur proximité la plus intime depuis 1623, apparaissant unifiées telle une étoile gigantesque et extraordinaire défiant la perception, l’espace et le temps.

Puisant dans cet alignement cosmique et dans l’art des maitres japonais de l’Ukiyo-e, Almond a produit une série de neuf tableaux de grand format, chacun portant l’inscription d’un extrait de chiffres incrustés de métaux et alliages précieux — tous conducteurs de lumière. L’artiste explique, « Toutes les œuvres sont sur toiles à panneaux multiples et dans un format de grille, la grille étant la porte d’entrée vers l’abstrait. Les figures qui errent dans les compositions sont des fractions de chiffres entiers, fragments en base de dix, un langage qui dément la science de la compréhension d’où et qui nous sommes. Notre paysage cosmique et notre constitution biologique réside dans ce langage car il informe de toutes les extrémités, de la description de l’espace-temps jusqu’à sous-tendre le code génétique et l’ingénierie. » Divisées en deux sous-catégories, trois de ses œuvres ont des couleurs pales signifiant l’aube, alors que six autres sont composées dans les tons profonds et ruminants de la tombée de la nuit. A travers ces deux séries de tableaux, le seul chiffre entier est le 0, qu’Almond désigne comme « le jumeau de l’infini », celui-ci incarnant simultanément tout et rien. En aluminium, le 0 apparait dans chaque œuvre comme en transit : la lune en orbite, le soleil levant, un pôle céleste.

Les tableaux sont naturellement activés par la lumière, produisant de subtils changements d’apparence au cours de la journée. Ancrés dans temps, ils existent dans un état de flux permanent, aussi nuancé qu’un cycle du ciel, de l’aube au crépuscule. L’entrée de l’exposition est marquée par des œuvres plus claires, les Kyoto Snows (Neiges de Kyoto). Les alliages de métal, dispersés dans les fragments de chiffres à travers les panneaux émettent une lumière dorée dont émane l’intimité de l’aube. Certains chiffres entiers métalliques sont enterrés sous des touches de couleurs pales, évoquant la douce complexité d’un ciel changeant. Les œuvres sont inspirées de la célèbre gravure de Katsushika Hokusai, Morning Glories and Tree Frog, 1833-1834, dont une copie est accrochée à l’envers dans le studio de Darren Almond. Extraite ainsi de la représentation, la gravure inversée d’Hokusai est rappelée par la palette vive, la planéité ostensible et les formes délicates des Kyoto Snows.

La deuxième salle présente les tableaux de la série Night Fall, marquant un changement de ton. Les panneaux de ces œuvres sont de plus grande taille, chacun peint dans des nuances d’indigo. Almond a pris Sudden Shower over Shin-Ohashi Bridge and Atake (1857), d’Utagawa Hiroshige comme source d’inspiration pour ces œuvres, captivé par son ambiguïté temporelle et sa palette ésotérique. Évoquant l’estampe d’Hiroshige, des fragments de chiffres métalliques dispersés sur la surface des tableaux d’Almond, en rayons obliques, perturbent l’ordre des grilles comme des pluies tombantes ou pluies de météorites. Des motifs subtils de constellation sont tracés en graphite, leurs contours visibles uniquement à l’œil nu.

Les tableaux ont été inspirés par la récente visite d’Almond à la villa impériale Katsura à Kyoto, au Japon. Elles s’articulent autour de ses structures architecturales ouvertes, conçues pour encadrer le vaste paysage et le ciel au-delà, et ses panneaux muraux en forme de grille, composés d’indigo et de blanc. Chaque série, sombre et claire, origine de deux plus grands tableaux d’Almond. Également disposés en grille, ils sont basés sur la série Light of Time, 2018, une collection de photos de la galaxie prises au point le plus dégagé sur Terre, au Chili. Constituant ainsi des fragments de paysages, eux-mêmes fragmentés, saisis et encadrés, ces nouveaux tableaux offrent une continuité approfondie des enquêtes de l’artiste sur le cosmos, ainsi que la fascination de l’humain pour le passage du temps.

Cinq œuvres sur papier, de taille plus intime, sont aussi exposées, chacune composée sur du papier Somerset quadrillé. Un lavis translucide d’encre de Chine indigo balaie une constellation de chiffres à moitié formés, juxtaposant la structure mathématique à une créativité sans limite. Intitulées Ephemeris, ces œuvres se rapportent à la trajectoire des objets astronomiques au fil du temps. Rapprochant différentes temporalités, traversant le jour et la nuit, la cosmologie et l’histoire de l’art, l’ordre et le chaos, Dark Light réfléchit aux conjonctions invisibles qui relient l’univers.

« Qu’elles évoquent les cycles du jour et des saisons, les liens qui nous lient à la Terre ou l’exploration du système solaire […] les œuvres de Darren Almond nous situent dans une relation complexe, parfois contradictoire, aux éléments et aux phénomènes qui nous entourent. Une certaine fascination et l’expérience du sublime se conjuguent avec la perception de liens dynamiques et actifs ; notre souhait de comprendre et de maîtriser le monde se mêle à l’impression d’appartenir aux flux qui le traversent. »

Christophe Gallois

Darren Almond (1971, Wigan, Royaume Uni) vit et travaille à Londres. En 2005, il est nommé pour le Turner Prize, et en 1996 il reçoit le prix Art & Innovation de l’Institute of Contemporary Art de Londres. Le travail d’Almond a fait l’objet d’expositions personnelles dans des institutions internationales, notamment Jesus College, Cambridge (2019); Villa Pignatelli-Casa della Fotografia, Naples (2018); Mudam, Luxembourg (2017); Museum Sinclair Haus, Bad Homberg (2016); SCAI the Bathhouse, Tokyo (2016); Kunsthaus Graz, Graz (2015); Domaine de Chaumont-sur-Loire, Chaumont-sur-Loire (2012); Villa Merkel, Esslingen (2011); et le FRAC Haute Normandie, Sotteville-lès-Rouen (2011). Son travail a aussi été présenté dans des expositions de groupe, le plus récemment à la Scottish National Gallery of Modern Art, Edinburgh (2019); Leeds Art Gallery, Leeds (2019); Kunsthaus Zurich, Zurich (2019); Dojima River Biennale, Osaka (2019); The Metropolitan Museum of Art, New York (2019); Centre Pompidou-Metz, Metz (2018); Louisiana Museum of Modern Art, Humblebaek (2018); Schirn Kunsthalle, Frankfurt (2018); Thyssen-Bornemisza Art Contemporary, Vienne (2017); et Royal Academy of Arts, Londres (2015).