Des attentions

Exposition

Film, installations, techniques mixtes, vidéo

Des attentions

Encore 7 jours : 18 janvier → 31 mars 2019

Credac exposition ivry 11 1 grid Des attentions — Le Crédac, Ivry Le Crédac propose une fois de plus, avec Des attentions, une exposition tout en subtilité qui nous projette, à travers des thématiques variées surgissant au détour d’un regard, d’une plongée succincte au cœur de dispositifs, dans des enjeux essentiels d’une société où le virtuel se fait l’écho secret de tendances qui nous modèlent.

Parmi les foules affairées dépeintes dans certains tableaux renaissants, des figures immobiles adressent au spectateur un regard complice, pointant de leur index le cœur trépidant de la scène. Le geste interpelle, redirige et renforce notre attention, égarée peut-être par l’agitation ou la subtilité de la situation. Dessinée dans les marges de manuscrits anciens puis transformée en signe typographique, la petite main à l’index tendu (manicule ou digit) sert aussi à désigner un passage dont la lecture mérite une attention particulière. Récurrente dans la réclame, elle vient ensuite flécher des annonces commerciales, avant de signaler sur nos écrans le survol de liens hypertextes. L’index pointe alors un contenu ou une fonction qu’il est possible d’activer par la pression d’un clic. Puis, notre propre main s’est finalement substituée à l’icône, caressant directement l’écran tactile pour y suivre des pistes, dont l’historique de navigation révélera les chasses, les trophées, et parfois les errances. En témoignent les traces de doigts scannées par Nicolás Lamas sur des Ipads éteints (Blind gestures). Ces multiples frayages dessinent des cheminements guidés par l’intérêt ou l’étonnement, et dérivant vers une flânerie parfois fertile.

Dans la lignée d’une « écologie de l’attention » définie par Yves Citton en 2014, l’exposition des attentions s’interroge : « que laissons-nous passer (ou pas) à travers nous » au sein de l’environnement numérisé dans lequel nous évoluons ? Émancipés des impératifs d’une communication marchande qui exigerait de leurs œuvres une lisibilité sans équivoque, les dix artistes rassemblés pour cette exposition mobilisent une attention fluctuante et vagabonde, affranchie d’un déterminisme technologique comme d’une standardisation capitalisable. Plutôt qu’un état d’alerte permanent exigeant d’être immédiatement réceptif et réactif, ils optent pour une veille furtive et modulable. Ainsi, face aux hologrammes (2013) de Daniel Steegmann Mangrané, il faut être patient en même temps que mobile pour y déceler finalement la présence d’insectes camouflés dans les branchages : embrasser leur stratégie de clandestinité et de discrétion, ne pas sacrifier le fond à la figure, ni l’arrière-plan au premier-plan. En somme, se rendre attentif au contexte et au milieu ; à l’environnement plutôt qu’au signal.

L’économie capitaliste, les neurosciences, les médias, le marketing cherchent d’abord à évaluer et quantifier l’attention en terme de performance ou de ressource ; notamment celle du « temps de cerveau humain disponible » qu’il est possible d’asservir aux flux d’informations, de divertissements et de consommation. Inexploitable, l’inattention est reléguée du côté de la pathologie ou de la défaillance. Le champ de l’art œuvre en revanche à qualifier, exercer et sensibiliser la perception par des jeux de recadrage, de focalisation et de résolution ; et ce à des fins parfois critiques, comme dans la vidéo Slogans (1987) d’Antoni Muntadas, où se désagrègent progressivement des messages publicitaires tels que « nous vous promettons une audience captive ». À rebours de cette emprise, Raymond Hains assume pleinement une « distraction émancipatrice » et exploratoire, musardant de coïncidences en coïncidences, de polysémies en homophonies, de lectures annotées en objets trouvés, tissant « une sorte de Web » personnel. Dès 1998, il photographie la mosaïque des fenêtres ouvertes sur son écran d’ordinateur, faisant se côtoyer figures, lieux et livres réunis par le biais d’associations, glissements de sens et jeux de mots (Macintoshages). Cette attention flottante, naviguant selon des liens souterrains et une logique parfois cabalistique, hante également les œuvres de Susan Hiller et de Suzanne Treister, qui évoluent dans le domaine du rêve et de l’hallucination.

De plus jeunes artistes comme Laurence Cathala et Fouad Bouchoucha interrogent la refonte linguistique qu’opèrent la communication numérique et ses outils, propices à l’hypertextualité, à la polyphonie et à la génération infinie de commentaires, comme au réencodage des échanges quotidiens. Le film de Daria Martin Soft Materials offre un contrepoint à cet ordre du discours, enregistrant la chorégraphie muette qui se joue entre des danseurs et des machines, improvisant dans un laboratoire d’intelligence artificielle des duos guidés par le mimétisme et l’apprentissage automatique. Face aux capteurs des machines, les perceptions du corps humain rejouent une histoire de la sensibilité prise dans un tournant. L’attention apportée au corps, à son soin comme à sa survie, est au cœur d’une nouvelle installation de Batia Suter, invitée à produire une œuvre inédite.

Conjointement à l’exposition, les commissaires ont conçu la 10e édition de Royal Garden, avec la complicité de l’artiste Laurence Cathala et du designer graphique Vincent Maillard pour le développement du site. Nommé côté jardin, cet espace éditorial en ligne exerce nos habitudes de navigation Internet à d’autres gymnastiques, proposant à l’internaute d’expérimenter différents modes de lectures s’inspirant des roues à livres inventées par l’ingénieur italien Agostino Ramelli au XVIe siècle, et des possibilités offertes par la « lecture machinique » (terme développé par la chercheuse Katherine Hayles pour désigner l’appréhension de texte médiatisé numériquement). Le site côté jardin propose de « tirer le hasard » pour rejouer sans cesse, à l’aide d’un système d’indexation, la combinaison de contenus dérivant de l’exposition. Textes, images, sons et animations repensent les œuvres de l’exposition sur le mode de la version, de l’association, du souvenir, de l’interprétation ou de l’écho. Il sera possible de consulter le site côté jardin comme une « tireuse de cartes », et d’éditer, depuis chez soi ou depuis le Crédac, chaque tirage unique dans une édition A4.

Les commissaires

Après avoir collaboré à plusieurs reprises autour de l’idée de la formation, de la formalisation et de la transmission des savoirs, Brice Domingues, Catherine Guiral et Hélène Meisel se rejoignent pour signer conjointement l’exposition Des attentions et la 10e édition de Royal Garden.

Hélène Meisel est historienne et critique d’art, et a consacré une thèse à « La subsistance subjective. Problématiques romantiques dans l’art conceptuel » (Sorbonne — Paris IV, 2016). Elle est chargée de recherches et d’exposition au Centre Pompidou-Metz, où elle a contribué aux expositions Sublime. Les tremblements du monde (cur. Hélène Guenin, 2016) et Jardin infini. De Giverny à l’Amazonie (cur. Emma Lavigne et Hélène Meisel, 2017). Elle contribue et a contribué à différentes revues (20/27, Les Cahiers du Musée d’art moderne, 02), ainsi qu’à des ouvrages et catalogues d’exposition (Chaosmose, INDEX 1987- 2017 30 ans du Crédac…)

Depuis 2008, Catherine Guiral et Brice Domingues forment le studio de design graphique officeabc, et contribuent, depuis 2010, à l’agence du doute aux côtés de Jérôme Dupeyrat (éditions, performances, commissariats, conférences). Ils ont été invités à participer à l’exposition collective France Électronique, Printemps de Septembre, Toulouse, (cur. Jill Gasparina, 2018), et ont été récemment les commissaires de l’exposition Pierre Faucheux. Espaces de lecture, lecture d’espaces au Signe à Chaumont (2018). Ils ont également réalisé la direction artistique de l’ouvrage monographique de l’artiste Lisa Beck, The Middle of Everywhere (La Salle de bains, Galerie Samy Abraham, Centre d’art Circuit, 2015), de l’ouvrage Variations Claude Imbert (T&P Publishing, 2018) et du livre d’artiste Simple Gift avec Florent Dubois (Tombolo Presses, 2017).

Catherine Guiral enseigne le design graphique à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Elle mène en parallèle une thèse de doctorat consacrée au typographe français Pierre Faucheux (Royal College of Art, Londres). Brice Domingues enseigne le design graphique à l’École supérieure d’art et de design de Reims, et a animé de 2014 à 2018 l’atelier de recherche et de création en design graphique lecture(s) de forme, forme(s) de lecture à l’École nationale supérieure d’art de de design de Nancy.

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Toute la Programmation

Brice Domingues, Catherine Guiral, Hélène Meisel
  • TaxiTram Visite Samedi 30 mars

    Le parcours en bus commence à la maison des arts — centre d’art contemporain de Malakoff par la visite de l’exposition « Où est la maison de mon ami ? » un regard sur la scène contemporaine syrienne. Il se poursuit au Crédac avec l’exposition des attentions présentée par deux de ses commissaires Brice Domingues et Hélène Meisel. Il se termine au Cneai avec la découverte de l’exposition GESTE.

    Infos et réservations auprès de Tram : 01 53 34 64 43 / taxitram@tram-idf.fr

94 Val-de-Marne Zoom in 94 Val-de-Marne Zoom out

La Manufacture des Œillets,
1 Place Pierre Gosnat

94200 Ivry s/ Seine

T. 01 49 60 25 06

www.credac.fr

Mairie d'Ivry

Horaires

Du mercredi au vendredi de 14h à 18h
Samedi et dimanche de 14h à 19h
Et sur rendez-vous Fermé les jours feriés

Tarifs

Accès libre

Programme de ce lieu

Les artistes

  • Raymond Hains
  • Batia Suter
  • Fouad Bouchoucha
  • Suzanne Treister
  • Antoni Muntadas
  • Susan Hiller
  • Daria Martin
  • Daniel Steegmann Mangrané
  • Laurence Cathala
  • Nicolás Lamas

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