Edward & Nancy Kienholz

Exposition

Installations, techniques mixtes

Edward & Nancy Kienholz

Encore 12 jours : 5 septembre → 31 octobre 2020

Galerie templon paris exposition kienholz 4 1 grid Edward & Nancy Kienholz — Galerie Templon La galerie Templon présente une exposition d’ampleur des Kienholz qui dévoile, dans sa crudité, un œuvre dur et dérangeant né de de... 1 - Pas mal Critique

Fidèle à son ancrage historique, la galerie Templon ouvre la saison 2020-2021 avec une exposition d’envergure consacrée aux Kienholz. Figures clés de l’art américain, pionniers de l’installation art, le duo Edward & Nancy Kienholz s’est rendu célèbre par ses œuvres engagées, d’un radicalisme formel et politique, particulièrement pertinentes aujourd’hui.

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Vue de l’exposition Bertrand Huett

Cette exposition présente une vingtaine d’œuvres, dont certaines sont montrées pour la première fois en Europe, toutes créées entre 1978 et 1994. Installations grandeur-nature, tableaux tridimensionnels ou assemblages d’objets du quotidien, leur travail dépasse les frontières de la sculpture et dessine un univers dérangeant, entre fascination et répulsion. Loin du ready-made ou du pop art traditionnel, leurs étranges scènes mêlent sculptures d’êtres humains et objets manufacturés dans un réalisme ambigu et mystérieux. L’objectif est une dénonciation virulente des travers de la société américaine : outrance consumériste, racisme ordinaire, sexisme, violence institutionnelle, hypocrisie religieuse.

Dans une Amérique célébrant la révolution sexuelle et l’utopie de l’égalité, ils dénoncent sans relâche l’exploitation des femmes et la marchandisation des corps, comme, par exemple, dans « The Rhinestone Beaver Peep Show » (1978) ou « The Pool Hall » (1983).

L’œuvre spectaculaire « Jody, Jody, Jody » (1994) campant une automobile menaçante et une fillette agrippée au grillage, témoigne d’une société désenchantée mais aussi des violences contre les enfants. Comme l’expliquait le critique d’art Germano Celant « Kienholz ne cherchait pas à sublimer la dureté et la tragédie de la vie, ses conditions de solitude et sa banalité, mais au contraire, il les utilisait comme une façon de faire reluire cet univers bas et populaire, dans lequel le rebus et le sale, la dépravation et la crasse représentent une beauté nouvelle et surprenante : un sentiment ou une perception qui stupéfie et excite, impressionne et écœure, mais ne laisse jamais indifférent. »

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Vue de l’exposition Bertrand Huett

Chez eux, l’engagement passe par le choc visuel, et une dénonciation, certes déterminée, mais toujours subtile et élusive. Si certaines œuvres témoignent d’une rage sourde, d’autres moins didactiques, laissent au spectateur une grande liberté d’interprétation. La série des JC par exemple, mystérieux crucifix de bric et de broc, laisse perplexe : dévotion chrétienne dans un monde désabusé ou critique de la bigoterie et du pouvoir religieux ?

Vingt-six ans après la disparition d’Ed Kienholz et un an après celle de Nancy, cette exposition à la galerie Templon, qui représente désormais l’œuvre du duo en Europe, démontre plus que jamais la complexité d’artistes aujourd’hui historiques, mais dont la démarche souvent à contre-courant des mouvements de leur époque, en fait des visionnaires.

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Edward Kienholz est né à Fairfield, dans l’état de Washington, en 1927. Artiste autodidacte, il fonde à Los Angeles, en 1957, la mythique Ferus Gallery avec Walter Hopps. En 1961, après sa première exposition personnelle au Musée de Pasadena en Californie, il est invité, avec d’autres artistes de la côte ouest à participer à l’exposition « The Art of Assemblage » au MoMA de New York. Dans cette exposition qui fera date, ses œuvres sont placées en regard d’œuvres de Picasso, Schwitters, Duchamp ou Cornell. En 1966, son exposition au LACMA de Los Angeles crée le scandale. En 1972, il rencontre Nancy Reddin, née en 1943 à Los Angeles. Ed et Nancy se marient la même année et il s’instaure entre eux une collaboration artistique et intellectuelle intense. En 1973, pour des raisons politiques notamment, le couple quitte Los Angeles pour s’installer à Berlin et partage pendant plus de vingt ans son temps entre la capitale allemande et l’Idaho. Toutes les œuvres seront co-signées par les deux jusqu’à la disparation d’Edward Kienholz en 1994. En France, leur travail a fait l’objet d’une exposition au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris (1970) et d’une importante rétrospective au Centre Georges Pompidou à Paris (1977). Une grande rétrospective a été présentée au Whitney Museum of American Art de New York (1995), puis au Museum of Contemporary Art à Los Angeles et à la Berlinische Galerie à Berlin (1996-1997). Au cours de ces dernières années, leur travail a fait l’objet de nombreuses expositions institutionnelles, notamment à la Fondazione Prada (2016-2017), à la Schirn Kunsthalle à Francfort, au Museum Tinguely à Bâle (2011-2012), au Los Angeles Museum County of Art à Los Angeles, au Louisiana Museum à Humlebaek (2011-2012), et au ICA Miami (2017-2018).