Esben Klemann — Nicolai Howalt — de travers

Exposition

Photographie, sculpture

Esben Klemann — Nicolai Howalt
de travers

Encore environ 2 mois : 7 novembre 2017 → 6 janvier 2018

“L’assistant me regardait d’un œil amusé et vaguement ironique : ne pas faire vaut mieux que faire, méditer vaut mieux qu’agir, et son astrophysique, seuil de l’Inconnaissable, valait mieux que
ma chimie pétrie de mauvaises odeurs, d’explosions et de petits mystères futiles.”

Primo Levi : Le système périodique, Potassium — Ed. Albin Michel S.A., 1987

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Nicolai Howalt pratique une abstraction concrète, une réalité élargie le plus souvent partant des éléments de la nature, pour tenter de saisir des dimensions moins visibles de notre existence. Esben Klemann interroge de façon ludique et innovante les matières et les formes en défiant les concepts établis. Avec de travers les deux artistes entament un dialogue en investissant l’espace physique de la galerie de façon inhabituelle.

L’exploration de structures fondamentales et des composantes essentielles de l’image (grains, pixels, trames) en lien avec un processus créatif très ouvert constitue le cœur des démarches du photographe Nicolai Howalt et du plasticien Esben Klemann. Nicolai Howalt interroge les notions de vie et de mort (Endings, 2011), la lumière du soleil, comme source de guérison et origine même de la photo (Light Break — 2015-2017) et les élémentaires — des métaux et les élémentaires chimiques — dans l’idée de les rendre visibles, d’en établir une forme de portraits en interaction avec le processus et la matière photographique (série Elements — 2016-2017). Il s’agit de tentatives de percevoir et mettre en perspective la vie humaine dans le monde, notamment les transitions entre différents états. En cela le travail de Nicolai Howalt se situe à la croisée de la science, de la photographie documentaire et de l’art. Esben Klemann est fasciné par la ligne et la grille comme formes neutres et les voit comme composantes fondamentales. Il met en jeu de fines trames de terre pour repousser les limites de la matière céramique, la perturbe en créant une tension ou en lui faisant subir des chocs dans un processus de découverte sans fin. Tel un musicien qui compose et recompose avec les mêmes accords — ici la terre, la terre sèche, la cuisson et l’émail. Parallèlement aux expérimentations avec la terre, il développe une œuvre de sculpture monumentale en plâtre ou en béton coulé — toujours dominée par la ligne qu’il laisse onduler dans des formes surprenantes rappelant par endroits le processus d’une géologie ivre. Son approche très ludique — Esben Klemann revendique le refus de l’ennui et le jeu comme ses motivations initiales — se retrouve dans ses dessins et ses dessins animés : de fascinantes ouvertures sur son processus de travail et les témoignages d’une esthétique affirmée et très personnelle où ligne, avènement de la forme et métamorphose incessante nous entraînent dans un chaos captivant.

Avec de travers Nicolai Howalt et Esben Klemann ont souhaité faire dialoguer leurs fascinations respectives tout en se défiant mutuellement, en mettant sens dessus-dessous les pratiques artistiques courantes. Ainsi le photographe Howalt a pris possession du sol et le plasticien Klemann des murs et du vide : les « grillages » en grès répondent subtilement aux photos des tissages frêles, œuvre d’une mite invisible. Une sculpture monumentale in situ établit un lien tout en imposant une distance, et l’observation d’un cristal de souffre déclinée dans 12 variantes, fruit du hasard et du processus chimique n’est pas sans rappeler les rêves des alchimistes. Affaire à suivre…