Florence Lazar

Exposition

Photographie, vidéo

Florence Lazar

Dans 5 mois : 12 février → 2 juin 2019

L’exposition que s’apprête à lui consacrer le Jeu de Paume propose une traversée de son œuvre à travers une sélection de films documentaires et de photographies produits entre 2000 et aujourd’hui, dans une perspective qui mêle la chronologie du travail et les différents contextes abordés, en se concentrant plus particulièrement sur ceux des territoires de l’ex-Yougoslavie après la guerre et les enjeux écologiques et post-coloniaux aux Antilles.

Transmission, en actes, et construction de soi permettent de soulever la question de la falsification et de l’omission des faits historiques et politiques.

L’un des enjeux de l’exposition est de rendre perceptible la position minoritaire des récits exposés par l’artiste et leur acuité, aussi bien dans l’urgence de la crise qu’au regard de l’Histoire, notamment dans ses vidéos et ses films : un paysan serbe au sortir de la guerre dans Les Paysans (2000) ; le déni et l’effacement de la mémoire des Bosniaques, comme un prolongement à l’épuration ethnique dans l’actuelle enclave de la République serbe de Bosnie avec Kamen ([Les Pierres], 2014) ; plus récemment la mise en lumière des conséquences de l’utilisation en Martinique et en Guadeloupe du chlordécone, pesticide interdit partout ailleurs, et de la monoculture de la banane ; ou encore le parcours intellectuel et militant à travers les livres qu’un vieil homme ranime en déballant sa bibliothèque (Confession d’un jeune militant, 2008). Il s’agit, en effet, pour Florence Lazar de transmettre, de donner une visibilité, avec une valeur de témoignage, à ce qui n’en avait pas (points de vue, contextes, récits…), de replacer ainsi au centre ce qui en avait été tenu à l’écart, invisibilisé ou oublié. Des voies tendues entre la série de photographies consacrée à Aimé Césaire et celle intitulée Jeune militant (2008) qui, chacune, scandent la temporalité historique à travers les outils d’émancipation et de transmission que sont les revues.

Le groupe de parole des Femmes en noir, vidéo présentant une sorte de hors-champ de la guerre en ex-Yougoslavie affirme ainsi cette voix dissidente, peu audible et féministe.

Tout du long, l’exposition atteint des problématiques assez comparables dans leur résonance —— mais dont l’objet diffère —, et s’achève avec le projet, pour le moment en cours, sur l’emploi du chlordécone dans les bananeraies martiniquaises et guadeloupéennes qui pose aujourd’hui la question du prolongement de l’instrumentalisation des corps à l’œuvre pendant la période coloniale.

Il s’agit aussi de montrer formellement comment les dispositifs visant à faire émerger une parole, souvent attachés au plan fixe issu de la photographie et d’une pratique antérieure du portrait dans le travail de l’artiste, se soustraient et laissent progressivement la place au cheminement, au sens propre et figuré, puis à un montage ciselé. Ce cheminement est aussi en soi une forme de transmission. Il est l’occasion de se rapprocher, de franchir le seuil de l’image pour accompagner ces mouvements, afin de circuler parmi ces récits hétérogènes et tenter de démêler les écheveaux de l’histoire qui s’est jouée ou se joue là, tout près.

L’exposition et le travail de Florence Lazar peuvent aussi s’entendre comme un précis de reconnaissance de ce que nous voyons, une expérience du regard et de l’attention pour parvenir à discerner. Rien n’est donné d’emblée.

Aucune réponse en tant que telle, mais des fragments à assembler et des liens à tisser à partir de faits et de récits subjectifs défiant l’autorité de l’histoire dominante.

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Florence Lazar (née à Paris en 1966) est artiste, cinéaste et photographe. Elle s’attache dans son œuvre à révéler dans un contexte géographique et social précis, l’émergence d’une parole, un témoignage actif. Elle s’intéresse aux conditions du regard, aux stratégies de représentations et aux manières de saisir les objets qui transforment l’acte de parole en action politique. Ses films se situent souvent en des lieux où les conflits ou les crises reconfigurent les récits de chacun. Le recours à l’enquête historique et les processus de transmission de l’histoire sont les vecteurs de son travail qui s’inscrit dans le champ du documentaire.