Giulio Paolini

Exposition

Installations, techniques mixtes

Giulio Paolini

Encore environ 2 mois : 15 mars → 11 mai 2019

La Galerie Marian Goodman expose à Paris les nouveaux travaux de Giulio Paolini. Conçue comme une mise en scène minutieuse, l’exposition réunit un ensemble d’œuvres murales, installations en trois dimensions ainsi que des éditions, traduisant son esthétique et sa pensée sur l’art et sa représentation, la figure de l’artiste et le regard du spectateur.

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Pour Giulio Paolini, si l’art est « un itinéraire secret, dénué de destination, de lieu, de date », « l’acte d’exposition » est ce moment où les œuvres en présence constituent une narration visuelle, que sont invités à suivre les visiteurs au même titre que l’artiste lui-même. Composées de matériaux variés et quasi invariables (photographie, moulage en plâtre, papier à dessin, plexiglas, objets), ses œuvres dialoguent avec le Temps et l’Histoire. Chacune possède une structure complexe, incluant des références à l’histoire de l’art ou à la littérature, formant un ensemble cohérent et polysémique construit à partir d’une somme de fragments. L’observation attentive de chaque détail, signifié ou signifiant, donne les clés de lecture à toute la composition, au-delà de ce que l’on peut voir au premier regard.

Dans le synopsis de l’exposition Paolini note : Une même figure, en costume, assume trois rôles différents. Tout d’abord elle est occupée à observer le dos d’un tableau, qui lui révèle la « vérité » de ce qui est hors de sa vue : une rose jaune prend possession de son champ de vision et exclut toutes les autres visions éventuelles. Le même personnage se retrouve ensuite à exposer un « jeu » de surfaces qui lui permettent de cacher sa propre image grâce à la simulation de motifs géométriques et linéaires. Enfin il se précipite dans le vide, jusqu’à l’intersection des diagonales qui déterminent le Disegno geometrico de sa « chute libre. L’homme en queue-de-pie qui occupe les espaces structurés de trois grands polyptiques présentés au rez-dechaussée de la galerie est une personnification de la figure de l’artiste.

Retroscena (Una rosa amarilla) décrit un instant figé dans le temps où, assis dans un fauteuil et vu de dos, le personnage contemple un tableau accroché à l’envers. Surgit alors chez lui une révélation représentée par la rose jaune au premier plan.

La fleur, métonymie d’un court texte de Jorge Luis Borges cher à Paolini, symbolise la « vérité » manifestée soudainement au créateur, à l’instar de celle qu’a connu le poète et protagoniste de Borges à l’article de sa mort. Cette révélation, liée à la vision d’une chose déjà observée mais perçue comme pour la première fois, est concomitante avec la prise de conscience qu’aucune œuvre ne pourra jamais être le reflet fidèle du réel. Dans L’arte di non esserci, celui qui nous fait face, le visage dissimulé par un arceau de feuilles volantes, symbolise l’artiste anonyme, « sujet irremplaçable mais pourtant invisible », qui disparaît derrière ses œuvres. Enfin dans Caduta libera (Suicida felice), l’artiste devient acrobate, se jetant dans le vide sous nos yeux et sous ceux de ses doublures immobiles postés de part et d’autre. L’espace scénique dessiné en perspective est une référence directe à Disegno geometrico, la première œuvre réalisée par Paolini en 1960, des lignes tracées à l’encre sur une toile blanche recouverte de tempéra.

Au centre de la pièce, Scomposizione (2018 -2019) questionne la présence et la visibilité d’une image. La reproduction photographique d’un dessin de grand maître se dédouble, apparaissant sous forme de fragments de papier disposés au sol mais aussi dans le ruban qui relie les quatre petites colonnes de plexiglas délimitant la surface de l’œuvre. L’image « cachée » fait écho à l’idéal de beauté, une image que l’on perçoit mais qui n’est jamais entièrement identifiable.

Au niveau inférieur de la galerie, l’artiste poursuit : Deux autres figures habitent l’espace d’exposition. Deux corps nus, l’un précipité au sol, l’autre projeté vers le haut, tous deux suspendus dans le vertige du vol (du vide), sont les acteurs destinés à interpréter les destins parallèles de deux personnages : Icare et Ganymède, la fin et le début d’une idée de Beauté, de la même figure sans nom. In volo (Icaro e Ganimede) (2019) se compose de multiples éléments, parmi lesquels une copie en plâtre du Ganymède de Benvenuto Cellini, ici privé de ses attributs traditionnels (l’aigle et la grappe de raisin) mais tenant dans une main deux ailes en papier doré. Au sol, une reproduction parcellaire de l’Icare peint par le flamand Jacob Peter Gowy côtoie une cartographie morcelée du ciel, un globe céleste et une lampe de Wood. Les figures de la mythologie grecque, Ganymède, icône de beauté élu de Zeus et enlevé au sommet du Mont Olympe, et Icare, dont les célèbres ailes de cire fondirent au soleil provoquant sa chute fatale, sont deux allégories de l’idéal de beauté, inexorablement insaisissable. Jeu d’homonyme, Ganymède est aussi le nom d’une des planètes en orbite autour de Jupiter, le plus grand satellite naturel du Système solaire.

L’écriture et la lecture accompagnent depuis toujours la pratique de Giulio Paolini, et la Librairie Marian Goodman est le lieu idéal pour exposer deux de ses nouvelles œuvres imprimées. Raymond Queneau Cinque esercizi di stile, un livre d’artiste en tirage limité et signé, rend hommage à Exercices de style paru en 1947. Promemoria se compose de neuf planches illustrées et chacune accompagnée d’un texte écrit par Paolini. Chaque image représente une vue intérieure du Château de Rivoli (Castello di Rivoli) dans laquelle Paolini, grâce à des collages photographiques, transpose librement neuf personnalités (Fernando Pessoa, Italo Calvino, Salvador Dalì, Marcel Duchamp etc.), telles neuf apparitions imaginaires venant visiter l’ancienne résidence de la cour de Savoie transformé en musée depuis 1984.

2 lieux pour cet événement
03 Le Marais
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L’artiste

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